Durban en stage d’attente

Gilles Toussaint Publié le - Mis à jour le

Planète Envoyé spécial à Durban

Les rounds de négociation sur le changement climatique tiennent tout à la fois de la cuisine de campagne et du jeu de stratégie. Côté fourneaux, tout l’art consiste à porter l’eau à ébullition sans pour autant laisser déborder la casserole. Côté stratégie, tout est affaire de posture : jouer au gentil ou montrer les dents, selon le timing. Chacun doit donc se positionner, histoire de renvoyer la pression sur ses partenaires. Ainsi peut-on décrypter le message sibyllin balancé lundi soir par la commissaire européenne au Climat, Connie Hedegaard, sur son compte Twitter : "Parfois, les messages sont plus progressistes en conférence de presse que dans les salles de négociation." Le délégué chinois appréciera, même s’il n’est sans doute pas le seul visé.

Le sommet qui se tient à Durban depuis une dizaine de jours ne déroge donc pas à la règle et l’on a senti lundi et mardi que les positions commencent doucement à se cristalliser. "Logique", explique un négociateur belge. "Avant de passer la main aux ministres qui vont devoir faire les choix politiques, les techniciens qui préparent le terrain font le forcing pour introduire un maximum de leurs exigences respectives dans les textes." "Ça grenouille, commente plus prosaïquement un autre vieux briscard de ces débats, mais, à ce stade, c’est normal."

Pas de panique donc, la semaine est encore longue et les déclarations des uns et des autres vont être scrutées attentivement pour tenter d’y déceler leurs vraies intentions qui ne se révéleront sans doute que dans les dernières heures de discussion durant la nuit de vendredi à samedi. On peut donc s’attendre à un coup de bluff par-ci, un coup de théâtre par-là. Sans exclure un coup de gueule.

Premier symptôme de ce léger refroidissement, la crispation soudaine du groupe du G77 - qui rassemble les pays en développement et leurs grands frères émergents - autour des débats où se discute notamment la proposition européenne de définir un nouveau mandat pour aboutir, d’ici à 2015, à un accord qui fixerait des objectifs de réduction de CO2 contraignants à tous les grands pays émetteurs, en ce compris les Etats-Unis et les économies émergentes. Une façon de rappeler ce que les pays du Sud attendent du groupe des pays industrialisés qui discutent de la suite du protocole de Kyoto, mais aussi de manifester leur mécontentement par rapport aux maigres avancées engrangées dans les discussions sur le volet financier. "On a trouvé un mode de gouvernance possible pour le Fonds vert, mais, par contre, rien ne se dessine concernant les flux qui doivent l’alimenter", commente un autre expert belge. Et d’enchaîner : "Le G77 pinaille donc, parfois sur des points de détail, dans les autres groupes de travail où l’on discute des transferts de technologies, de l’adaptation, etc. C’est du donnant-donnant, si on n’est pas satisfait sur tel point dans tel dossier, on bloque sur un autre. Les Etats-Unis ne sont d’ailleurs pas les derniers dans ce petit jeu."

De leur côté, les ministres de l’Environnement ont entamé leurs premières rencontres bi- et multilatérales. Dans l’après-midi, cinquante-deux d’entre eux, représentatifs des différentes forces en présence, ont été invités par la présidence sud-africaine à une première "indaba" -­ un terme zoulou désignant les palabres pour tenter de faire émerger une solution. Une réunion au cours de laquelle le pays hôte de la conférence a exposé ses vues sur les orientations possibles d’un hypothétique "accord de Durban", résumées dans un document de travail de deux pages.

Côté européen, tant la commissaire Hedegaard que le ministre polonais Marcin Korolec, qui tient le rôle de négociateur en chef des Vingt-sept, ont réaffirmé la détermination de l’UE d’aboutir à un résultat ambitieux. Plusieurs observateurs soulignaient toutefois l’attitude extrêmement rigide et peu ouverte au compromis de ce dernier. Il est vrai que la Pologne, à l’instar de la Commission et de certains autres Etats membres, n’est guère enthousiaste sur la stratégie volontariste de l’Union, estimant que celle-ci a suffisamment joué les bons élèves. Le bloc européen va donc devoir affronter ses divisions internes. Mais ça, ce n’est plus vraiment une surprise.

S’exprimant lors de l’ouverture de la session ministérielle, le secrétaire général de l’Onu Ban Ki-moon a estimé qu’il fallait avoir des attentes "réalistes" sur les progrès qui pourraient être accomplis à Durban, soulignant néanmoins que la situation était grave et que "l’avenir de notre planète est en jeu". On saura samedi s’il a été entendu.

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