Durban : une conférence pour quoi faire ?

Entretien : Jean-Paul Duchâteau Publié le - Mis à jour le

Planète

A votre sens, la conférence de Durban peut-elle accoucher de nouveaux consensus ?

La question n’est pas de savoir si elle peut : elle doit le faire ! A Durban, il faut qu’on ait une meilleure idée de l’agenda pour les prochaines années en vue d’arriver à un accord climatique international pour 2015. Pour parvenir à cela, la première chose à faire est de prolonger le protocole de Kyoto, qui se termine fin 2012.

Mais certains pays, en Amérique du Nord notamment, ne sont pas preneurs d’un tel consensus…

Exactement. C’est pour cela que, de manière réaliste, on ne peut pas espérer avoir l’accord final dont on rêve. On doit essayer tout de même d’obtenir, de la part des Etats-Unis, une ouverture pour accepter un accord contraignant le plus tôt possible. Cela dépend grandement de la politique interne des Etats-Unis et des élections de novembre 2012 qui seront fondamentales pour la suite des négociations. En tout cas, le blocage des Etats-Unis ne peut pas être une excuse pour les autres Etats, et je pense principalement à l’Europe, pour ne pas aller plus loin.

Qu’est-ce qui bloque particulièrement ?

C’est le fait qu’il n’y a pas de conscience au sein des politiques de l’urgence véritable. Il y a une différenciation qui est faite entre la crise économique dans laquelle l’Europe se débat et la crise climatique que le monde traverse. Si nous ne résolvons pas cette dernière, nous nous assurons d’avoir des crises économiques encore plus graves à moyen terme. Les deux sont interconnectées.

Est-ce que ce genre de grand-messe est utile ?

Elles sont fondamentales et malheureusement nécessaires parce que le changement climatique est un problème global - en gros, si j’émets du CO2 en Belgique, il a des conséquences en Afrique et partout dans le monde - et qu’il faut donc une solution globale. Or, le seul endroit où on peut régler une problématique globale de manière plus ou moins démocratique, cela reste les Nations unies.

Quelles sont les mesures les plus urgentes à prendre ?

La première, c’est de réduire les émissions. L’année passée, les Etats se sont engagés à limiter l’augmentation de la température à plus deux degrés. Or, les promesses de réduction des gaz à effets de serre sont largement insuffisantes et nous amènent à une augmentation de la température de quatre degrés. On voit donc qu’il y a un gros écart entre ce qui est promis et ce qui est effectivement fait. Le but de cette négociation est de combler ce gap. Deuxième chose, ce sont les financements. On sait que les pays du Sud ont besoin des finances du Nord pour pouvoir s’adapter au changement climatique dont ils sont les victimes mais pour pouvoir aussi se développer d’une manière qui ne pollue pas.

Etes-vous satisfait de l’application du protocole de Kyoto ?

Il a montré ses limites, mais à l’heure actuelle, c’est le seul instrument international, juridiquement contraignant, qui fixe des objectifs de réduction des gaz à effets de serre pour les pays industrialisés. En ce sens, il est important de le garder. Si on le jette à la poubelle, nous aurons perdu des années d’efforts.

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