Planète

Fly me to the moon… OK !" C’est en ces termes, sur Twitter, que l’homme d’affaires Elon Musk, patron de la société spatiale SpaceX, a annoncé lundi soir son intention d’envoyer vers la Lune deux particuliers qui lui en ont fait la demande, et ce pour fin 2018. Du tourisme spatial lunaire, dans moins de deux ans, donc.


Aucune mission habitée n’est retournée dans l’orbite lunaire depuis la mission Apollo XVII de la Nasa en décembre 1972. La société SpaceX est loin d’être inconnue : elle réalise déjà des tâches pour le compte de la Nasa, comme le ravitaillement de la Station spatiale internationale, avec le vaisseau Dragon.

Au moins un ou deux ans de plus

SpaceX compte d’ailleurs utiliser une version de ce vaisseau Dragon, mais destinée au transport des astronautes et mise au point dans le cadre d’un partenariat entre l’agence spatiale américaine et le privé. Dragon 2 sera lancée par une version de la fusée Falcon 9 de SpaceX, le Falcon Heavy en cours de développement, et dont le premier vol d’essai est prévu cet été.


L'intérieur de Dragon 2

Cet "objectif Lune" est-il réaliste ? Oui et non. Car c’est techniquement réalisable, mais pas dans les timings annoncés, selon les experts que nous avons interrogés. "Sans aucune hésitation, c’est techniquement faisable, mais il faudrait à Musk au moins un ou deux ans en plus, estime Gregor Rauw, spécialiste de l’exploration spatiale à l’université de Liège. Le timing est très très optimiste : la fusée Falcon Heavy n’aura son premier vol de test que dans quelques mois. Et la capsule qui doit aller vers la Lune et qui doit aussi servir à la Nasa pour emmener 7 astronautes en orbite basse jusqu’à la station spatiale, a son premier vol prévu en 2018. Si on compare avec le programme Apollo, c’est extrêmement serré. Entre le discours de Kennedy et l’alunissage, il y a eu 7 ans et demi".

Automatisation, la condition sine qua non

Un obstacle en particulier : la capsule Dragon, où voyageront les deux "touristes", doit être complètement automatisée, ce qui a priori demandera une adaptation et une mécanique poussée. "C’est la condition sine qua non pour envoyer uniquement deux touristes car, pour Apollo, tous les passagers étaient des pilotes de l’armée, rappelle Gregor Rauw. Ici, aucun des deux, n’a, a priori, de formation, ni n’est super-entraîné. Il ne faudrait pas qu’il y ait trop de pannes à bord ! Il y a deux phases critiques : à l’aller, lorsqu’on quitte l’orbite terrestre, et puis au retour, où l’entrée dans l’atmosphère doit se faire sous un angle précis, sous peine de destruction de l’appareil. Durant ces deux moments, il faut être certain que le véhicule autonome fonctionne parfaitement !"


Le vaisseau Dragon de l'extérieur


La construction de la fusée, en revanche, ne devrait pas poser de problèmes. Ingénieux, Musk a eu l’idée de combiner plusieurs éléments préexistants pour arriver à une fusée plus puissante, ce qui lui permet entre autres de contourner des phases de test plus contraignantes.

La fusée Falcon Heavy


Compétition intense

Si le projet en lui-même est plus réaliste que le timing, les annonces un peu prématurées font partie de la stratégie d’Elon Musk pour faire parler de SpaceX : "Ici, en plus, il y a une coïncidence de calendrier, puisqu’il y a peu, la Nasa a communiqué à propos de la capsule Orion, qui doit aussi aller autour de la Lune, afin de tester les performances d’un tel vaisseau. Même chose que Dragon !, relève l’expert. Et le secteur spatial américain est dans un moment d’incertitude. Du côté de la Nasa, il y a l’absence d’objectifs à long terme clairement définis, suite, d’une part, à l’abandon des navettes spatiales, après les accidents de Columbia et Challenger. Et puis, d’autre part, le nouveau Président [des Etats-Unis] n’a pas encore défini ce qu’il voulait pour la Nasa. Du coup, les acteurs privés essayent tous de montrer qu’ils peuvent faire des choses extraordinaires, de se positionner comme partenaires privilégiés de la Nasa pour les années à venir".

Elon Musk a d’ailleurs dit qu’il laisserait la Nasa utiliser son propre vaisseau si elle souhaitait être la première à orbiter autour de la Lune…