Planète

Pour la mission Ares III du film "Seul sur Mars" qui se déroule en 2035, le voyage vers Mars semble presque devenu une formalité. Dans la réalité, la Nasa espère envoyer les premiers hommes sur la planète rouge à la fin des années 2030. Mais au niveau technologique, même si toutes les agences spatiales travaillent à "l’objectif Mars", plusieurs problèmes fondamentaux ne disposent pas encore de leur réponse technique adéquate.

1 La propulsion. Un des soucis principaux pour se rendre sur Mars est la longueur du voyage, admet Vladimir Pletser, ingénieur au centre technique de l’Agence spatiale européenne. La première possibilité serait de faire le voyage en donnant une impulsion au vaisseau au début du voyage et en le laissant ensuite aller. Avantage : on peut emporter peu de carburant et utiliser les moteurs à propulsion chimique classique actuels. Désavantage : un temps de voyage plus long avec les problèmes d’apesanteur qui en découlent. La seconde possibilité est de faire le voyage de façon accélérée; le voyage sera alors beaucoup plus court (entre deux et quatre mois) et créerait une pesanteur artificielle constante. A l’inverse, il faudrait emporter beaucoup de carburant avec des moteurs chimiques classiques. Résultat : cela demanderait un vaisseau de taille gigantesque et coûterait très cher. La Nasa est donc en train d’étudier un autre type de propulsion : le moteur ionique ou à plasma. Celui-ci utiliserait un gaz rare auquel on arrache ses électrons et qui passent à travers un champ magnétique, connaissant ainsi une accélération. Le système permettra de réduire le voyage jusqu’à trois mois. Mais la technologie n’est pas encore au point…

2 L’absence de pesanteur. Se retrouver en apesanteur pendant les six à huit mois du voyage est néfaste pour le corps humain. Les effets de la déminéralisation osseuse se constatent déjà fortement après un à deux mois. "Si même les astronautes arrivaient sur Mars, dès qu’ils mettraient un pied sur la planète, ils souffriraient de fractures multiples , souligne Vladimir Pletser. Il faut donc des contre-mesures et on n’a pas encore assez de savoir-faire dans les contre-mesures." Dans la station spatiale internationale, les astronautes font du sport deux heures par jour sur des tapis roulant, "attirés" vers le sol par un harnachement spécifique. Mais on imagine mal, un tel système volumineux où plusieurs personnes devraient se relayer.

3 Les radiations. L’atmosphère de Mars étant très fine et le champ magnétique très faible, les astronautes ne seront pas protégés, contrairement à sur Terre, des radiations solaires. Ils ont donc une probabilité plus haute de développer des cancers. Mais les scientifiques ont découvert que le sol martien pouvait protéger des radiations. Il faut donc enterrer les astronautes. L’idée investiguée actuellement serait donc de placer une base martienne… dans une grotte. En matière de ressources alimentaires sur place, on y travaille aussi sans que ce soit vraiment abouti (lire par ailleurs). Pour l’eau, il "suffit" de forer pour trouver de la glace. Le choix du mode d’atterrissage n’est pas déterminé non plus. On pourrait utiliser un parachute ou s’inspirer des airbags des robots Opportunity et Spirit. Le système de redécollage serait similaire à celui d’Apollo.

4 La politique de financement. Mais, malgré tout cela, "on pourrait partir pour Mars maintenant", estime Vladimir Pletser, même si les technologies sont balbutiantes et qu’on ne maîtrise pas tout. On en connaît bien plus sur la planète Mars que sur la Lune avant de s’y rendre. Mais l’opération va coûter beaucoup d’argent. Probablement des milliers de milliards de dollars. Ce sera une coopération mondiale, et il faudra une décision d’ensemble. Ce n’est pas pour bientôt.


Les quatre scènes

© century fox

La tempête

Au début de “Seul sur Mars”, une gigantesque tempête force l’équipe à quitter Mars, laissant Mark derrière elle. Les scientifiques l’assurent : c’est invraisemblable ! Une telle tempête destructrice ne peut arriver sur Mars. Les vents peuvent aller, comme sur Terre, jusqu’à 300 km/h mais leurs effets seraient comparables à une simple brise terrestre, résume Vladimir Pletser, ingénieur à l’ESA. C’est dû à l’atmosphère de Mars, extrêmement ténue, la pression atmosphérique étant approximativement 150 fois moindre que sur Terre.

© century fox

Les paysages

Construits à partir d’images de Mars fournies par la Nasa – des robots et des sondes lancés depuis les années 60 nous en ont appris beaucoup sur l’apparence précise de la planète rouge – et de déserts jordaniens, les paysages martiens sont extrêmement réalistes, de l’avis d’Ozgur Karatekin, planétologue à l’ORB. Aridité, rochers, poussière, tout y est… “Et évidemment ce côté rouge de Mars, dû à la présence de fer oxydé.” Le spectateur a aussi droit aux couchers et aux levers de soleil, une journée (un Sol) durant environ 24 h et 40 minutes.

© century fox

La base

Pour Pierre-Emmanuel Paulis, membre de l’Euro Space Center et président de la Mars Society Belgium, la base martienne où vivent les astronautes du film est très réaliste. Le réalisateur a en effet travaillé avec la Nasa. Et celle-ci réfléchit déjà à une telle base sur Mars : des équipes s’entraînent à des missions spatiales de longue durée dans le Hera. Cet habitat de deux étages comprend des quartiers de vie, de travail, un module d’hygiène et un sas. On voit aussi ici les panneaux solaires qui seront effectivement une source importante d’énergie;  il faudra toutefois les nettoyer régulièrement car la poussière est très abrasive et importante sur Mars.

© century fox

La nourriture

L’astronaute doit pour survivre cultiver des pommes de terre dans une serre. Impossible d’apporter toute la nourriture nécessaire sur Mars. Il faudra en effet y cultiver. Soit dans des serres à l’extérieur soit dans la base de vie. Cela se fera entre autres grâce aux déchets humains ! Qui doivent avant d’être utilisés, d’abord passer par une étape compostage pour tuer les bactéries nocives, ce que semble avoir oublié Mark. Agences spatiales et universités travaillent aussi à adapter les plantes aux conditions martiennes : pression, atmosphère, sol, exposition au soleil différents de la Terre. On trouve là-bas beaucoup de CO2 et d’azote, mais pas d’oxygène. Et les scientifiques recherchent surtout à faire pousser des sources de protéines. Des salades, on en cultive déjà sur l’ISS !


© Johanna de Tessières

Bradley Moore : "Oui, je suis prêt à mourir sur Mars"

Bradley Moore ira voir le film "Seul sur Mars" dès ce soir. Pas seulement parce que cet Anversois de 43 ans est fan d’astronomie, mais surtout parce qu’il compte bien finir sa vie sur la planète rouge. "Mars sera ma maison. Oui, je suis prêt à mourir là-bas et non sur Terre." Ce psychologue de formation, enseignant d’anglais, s’est inscrit comme l’un des 165 000 candidats à Mars One, ce projet néerlandais qui vise à envoyer une colonie humaine permanente sur Mars, pour 2026. Sans billet de retour."Oui, c’est un voyage sans retour. Mais chaque vie est un voyage sans retour , sourit-il, attablé à un café du centre-ville anversois. J’aime autant avoir à faire quelque chose de signifiant avant de mourir. En quelque sorte, j’aurai comblé ma vie si j’y vais, même si je ne base pas ma vie entière sur ce projet."

Parmi cent élus

A ce stade, cet Américain né à Detroit mais résidant en Belgique depuis douze ans a déjà passé deux des quatre étapes de sélection. Il fait donc partie des 100 élus choisis par Mars One. Ils seront 24 à la fin. "Je veux allers sur Mars parce que je pense que c’est un défi, une aventure qui peut aussi apporter un bénéfice. C’est une excellente manière de contribuer à la société, à l’humanité, au progrès, de faire avancer les choses, d’aller plus loin…" Il n’est pas scientifique : "C’est une chose que j’aime dans Mars One, il ne faut pas avoir une éducation particulière… Moi, je crois que j’ai été choisi entre autres pour ma capacité à construire des liens entre les gens."

Et sa famille, ses amis, soutiennent son projet, assure-t-il. "Je connais pas mal de gens qui ont abandonné Mars One, parce que leurs proches s’y opposaient. Mais on emmènera un peu nos proches avec nous, car on pourra communiquer avec eux" , continue le quadragénaire qui n’est pas marié et n’a pas d’enfants. Il assure en tout cas qu’il "n’a pas peur". "De quoi ? Mais peut-être que je devrais , lance-t-il dans un grand éclat de rire. C’est vrai que je pense parfois à la possibilité de certaines situations problématiques… Mais on sera entraînés, pendant six à huit ans. Nous passerons du temps isolés lors de simulation pour construire une communauté… On se préparera au point de vue technique, à utiliser l’équipement, aux situations auxquelles on pourrait faire face…" Il admet : "N’importe quoi peut mal tourner… Pendant le vol (sept mois), l’entrée, l’atterrissage… On est des humains, on fait des erreurs…"

"Non, ce n’est pas une arnaque"

Quid de la technologie à utiliser vers et sur Mars ? Selon les scientifiques, elle est balbutiante. "Des technologies existent déjà et on peut les utiliser , rétorque le candidat. On a la technologie des navettes, des fusées, on va depuis des années dans la station spatiale internationale… Mars One enverra à huit reprises une capsule sur Mars avec tout le matériel et les ressources nécessaire, avant les humains, ce qui permettra aussi de la tester. Pour Mars One, nous avons besoin d’argent… Mais je suis sûr que l’on récoltera la somme nécessaire." Six milliards d’euros, selon les promoteurs, qui cherchent des mécènes privés. La communauté scientifique et spatiale est très critique par rapport au projet Mars One, qu’elle qualifie d’aberrant, de non-éthique, ou même carrément d’arnaque. "L’initiateur va récolter l’argent et se tirer" , nous dit un observateur averti. "J’ai pu rencontrer les managers, assure Brad Moore , pour moi ce n’est pas une arnaque, c’est réel. Les scientifiques qui critiquent le projet ne le connaissent pas. Et je me pose la question de leur allégeance : Mars One n’est pas financé par les gouvernements, mais par des privés… En fait, la science derrière Mars One est fondée, et ce sont sur les mêmes choses que Mars One et les gouvernements travaillent…"

Il défend encore une fois le côté sans retour : "C’est un peu comme nos ancêtres qui ont quitté leur pays pour un autre. Sauf qu’ici, c’est une planète. Ne pas revenir, c’est aussi moins cher et moins compliqué techniquement. Et cela force les gens à faire tout ce qu’ils peuvent, pour que sur place, ça marche…"