Planète

Fabien Rodhain milite pour une agriculture responsable et signe "Les Seigneurs de la terre" une bande dessinée sur la transformation d'une exploitation vers le bio. Rencontre.

Fabien Rodhain, milite pour une agriculture responsable. Ses valeurs et cet engagement, il les transmet au travers de conférences et d'essais mais aussi par la fiction. Sa pièce, "Des semences et des hommes", est à l'affiche du Théâtre du Nord Ouest à Paris jusqu'au 14 novembre. Pour la première fois, il signe une bande dessinée dont deux tomes ont paru, "Les Seigneurs de la terre", illustrée par Luca Malisan. Avec l'histoire de Florian, jeune avocat qui décide de changer de vie pour reprendre l'exploitation agricole de son père et la transformer en bio, Fabien Rodhain évoque la nécessité de se nourrir en conscience.

Pourquoi recourir à la fiction pour partager vos idées?

Si l'on veut changer, il faut se mobiliser. Et on agit seulement parce que notre coeur est touché, pas notre cerveau. Les histoires vraies ou inspirées de la réalité ont la capacité d'émouvoir. Le modèle de notre société aujourd’hui, c'est celui de l'American way of life. Dans l'après-guerre, on a laissé entrer la culture américaine en Europe notamment via les images. Le cinéma a joué un rôle important. Les films montrent de beaux couples avec deux voitures et un frigo américain. On a ainsi imprimé la société de consommation dans l'imaginaire. Les Américains ne sont pas responsables de tout mais ceux qui ont voulu créer cette société de consommation, aujourd'hui dépassée puisqu'on est dans la société du jetable et de la prédation, nous ont imprimé des images. Ils n'ont pas déployé de raisonnements logiques mais ont réussi à susciter l'envie de possession par la fiction.

Il faut donc utiliser les mêmes outils pour se construire l'image d'un avenir durable et soutenable. Si on dit simplement : « On ne peut pas continuer comme ça sinon dans 30 ans il n'y aura pas d'humanité", je ne crois pas que cela donne envie de se mobiliser. Il faut construire l'image d'un monde différent pour se rendre compte qu'on sera plus heureux si on arrête de courir comme des poulets sans tête.

Dans la bande dessinée "Les Seigneurs de la terre", vous expliquez comment est née l'agriculture intensive. Rappeler le contexte est important ?

Oui, j'ai envie d'expliquer comment on en est arrivé là et comment on pourrait faire autrement. On a toutes les informations aujourd'hui, donc nous savons que les alternatives peuvent être mises en œuvre. Mais je ne veux pas être manichéen et dresser les gens les uns contre les autres. La génération de mes parents qui a porté l'agriculture productiviste n'a pas voulu nous empoisonner, ils ont répondu à un besoin de l'époque : aller vers l'autosuffisance. Les agriculteurs répondaient à un besoin, on a eu faim en France pendant la guerre. Ils ne connaissaient pas les méfaits de la chimie sur nos terres. Aujourd'hui, ceux qui agissent le font en conscience et sont donc responsables.

Vous racontez aussi la difficulté de transformer une exploitation en bio...

C'est courageux. Les agriculteurs aujourd'hui ne veulent plus d'une vie à part, ils ont besoin de vacances et de week-ends. La vie de paysan demande plus d'efforts psychologiquement qu'il y a cent ans. Ne pas dégainer un bidon d'insecticides ou de désherbant au moindre problème c'est compliqué. Les citoyens ont bien sûr leur part de responsabilité. Si les agriculteurs produisent c'est parce qu'on achète à bas prix au supermarché.

Vous évoquez aussi les liens étroits tissés entre certains agriculteurs et des multinationales qui vent à la fois les semences et les traitements. Comment sortir de ce cercle infernal ?

Monsanto est l’une des firmes qui applique cette logique redoutable. La plupart des OGM sont faits pour générer des plantes génétiquement modifiées. Deux catégories de plantes ont été fabriquées, la première pour être regorgée de pesticides et ne pas en souffrir, la deuxième est faite pour contenir elle-même un insecticide. Dans les deux cas, le consommateur mange un maximum de pesticides. Trois millions de personnes sont intoxiquées chaque année. Les plantes que vend Monsanto ne peuvent absorber qu’un seul pesticide, le leur, pas les autres qui risqueraient d’attaquer les cultures. En prime, la plupart du temps les plantes ne repoussent pas, il faut les racheter chaque année. Il existe des alternatives, il faut agir.

Vous rappelez également qu’il faut 15500 litres d’eau et la quantité de céréales qui nourrirait une personne pendant un mois pour produire un kilo de steack…

Et on ose nous dire que l’agriculture intensive permet de nourrir la planète? Ce n'est pas la bonne solution.

Fabien Rodhain, Les Seigneurs de la terre, Glénat.