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"Il faut fermer le delphinarium de Boudewijn Sea Park." C’est avec ce slogan que les activistes de Bite Back se sont rassemblés, dimanche, devant le parc d’attractions de Bruges. Ce qui les choque : entre autres, les conditions de vie "dans cette prison pour dauphins", qu’est le Boudewijn Sea Park. "Les dauphins manquent de place. En mer, ils peuvent nager sur des centaines de kilomètres, énumère Benjamin Loison, de Bite Back. En plus, les dauphins, à Bruges, se trouvent dans un espace clos : ils ne sont jamais à l’air libre. Sans oublier les spectacles : ces animaux très intelligents sont considérés comme des animaux de cirque ! En delphinariums, ces animaux qui ont une vie sociale très élaborée dépriment parce qu’ils s’ennuient à mort. Parfois littéralement ! Si les gens veulent vraiment voir la majestuosité des dauphins, ils doivent aller les voir en pleine mer…" Mais si Bite Back est "contre toute captivité et tout esclavage animal", il ne demande pas la fermeture du parc en lui-même, seulement du delphinarium. "La Belgique, en interdisant les delphinariums, ne serait pas le premier pays. La Suisse a fermé son dernier. L’Inde les a interdit aussi…" Le parc brugeois accueille six dauphins. C’est l’unique et dernier delphinarium de Belgique.

"Nous ne fermerons pas le delphinarium, prévient Geertrui Quaghebeur, commercial manager. C’est notre première attraction, les gens viennent pour cela. On reçoit 350000 visiteurs par an, et il y a l’emploi aussi ! De plus, fermer le bassin reviendrait à tuer nos dauphins. Ils ne survivraient pas dans la nature. Une partie est née en captivité, d’autres viennent d’autres parcs." En outre, insiste-t-elle, le delphinarium a réussi le test de l’European Association of Aquatic Mammals et respecte la "très stricte" loi belge en la matière, relative aux zoos. Celle-ci précise certaines normes à respecter, pour la grandeur des bassins ou l’obligation d’un programme éducatif, scientifique et d’élevage. Pour Bite Back, et d’autres défenseurs des animaux, ce programme n’est pas sérieux.

Etudes contradictoires

Ce que le responsable zoologique du parc, Sander van der Heul, réfute. Outre un programme d’élevage, le site a participé à plusieurs études. "L’une d’elles visait par exemple à ce que les dauphins, dans la nature, évitent d’être blessés par les filets de pêche." Quant au comportement des dauphins à Bruges, il prouve leur bien-être : "Ils ne sont presque jamais malades, leur âge moyen (22 ans) est plus élevé que celui dans la nature (10-15), ils se reproduisent… Des universitaires ont mené une étude indépendante, et ont observé les animaux. Rien ne montrait que le bien-être n’était pas OK." Des études, réalisées dans le cadre d’une commission fédérale sur le bien-être animal en delphinarium (lire par ailleurs) sont contradictoires. L’une d’elles, réalisée par une spécialiste mondiale des dauphins en milieu naturel, conclut à des problèmes d’infrastructures. L’étude n’a pas été reprise dans le rapport final. Selon une autre, "le bien-être animal ne pose pas de problème" au parc brugeois. Un spécialiste reconnaît qu’on pourrait améliorer la situation. En agrandissant les bassins, et en enrichissant le décor pour stimuler les dauphins. Même si cela existe déjà. Et l’espace clos (pourvu de fenêtre) ? "Mettre les dauphins à l’air libre permettrait les contacts avec les oiseaux, qui sont un vecteur de maladie." Sophie Devillers