Planète

Vous, dans votre module, vous aurez de la place ! Dans le vaisseau Soyouz (qui emmène les astronautes vers la station spatiale) , on est collés l’un contre l’autre pendant deux jours”, mime en riant Frank De Winne, face aux sept jeunes astronautes de la mission “UCL to Mars”, des étudiants de l'UCL qui vont bientôt vivre une mission de simulation martienne dans le désert américain. Ceux-ci sont venus recueillir les conseils de l'astronaute, le "parrain" de la mission.  Frank De Winne amène les jeunes dans une réplique de l’aire de vie de la station spatiale internationale, gros cylindre blanc installé dans l’immense hall destiné aux entraînements des astronautes. “Voilà, là, c’est le seul endroit d’intimité que l’on peut avoir, dit-il, désignant un espace fermé grand comme une cabine de douche, où pend un sac de couchage, car les astronautes “dorment debout”... Ce qui vous manque le plus dans l’ISS, ce sont les contacts humains, mais je suis parti une fois 6 mois et une fois 11 jours. Là, c’est comme partir en vacances, la maison n’a pas le temps de manquer...”



Frank De Winne fait visiter l'aire de vie de la station spatiale internationale. Lui-même a vécu  dans cette station en orbite autour de la Terre deux missions en tant qu'astronaute, en 2002 et 2009.


A présent qu’il est revenu sur Terre, Frank De Winne dirige ce centre de l’Agence spatiale européenne où les astronautes du monde entier viennent s’entraîner. Par exemple dans ce module, où ils apprenent à installer les expériences comme sur l’ISS - in fine cela doit ressembler à des étagères remplies de câbles. Ou cette piscine à l’eau bien bleue à côté du hall, où l’on peut immerger des sortes de tanks où les astronautes s’exerceront aux sorties extra-véhiculaires. “Cela simule l’apesanteur”, précise Frank De Winne aux jeunes. A qui il conseille aussi de “profiter” de leur future expérience, même “si il y aura des difficultés. Gardez à l’esprit le but final : apprendre des choses.

Les astronautes en entraînement au centre de l'ESA à Cologne, centre dirigé par Frank De Winne.

“Il y a 30 ans, c’était pour dans 15 ans”

Mais même si Frank De Winne salue leur motivation il n’hésite pas à leur dire que la mission habitée pour Mars n’est pas pour tout de suite. Bien que la Nasa en prévoie une pour 2030. “Depuis 30 ans, la Nasa dit que c’est pour dans 15 ans. Même quand j’étais petit : c’est toujours dans 15 ans! , ironise-t-il, ajoutant qu’il voit trois obstacles techniques au voyage sur Mars (lire ci-contre). Pour aller sur Mars, il faudra procéder graduellement.” En clair, d’abord se rendre sur la Lune pour se préparer.“A l’agence spatiale européenne, nous pensons que le prochain pas sera la Lune plutôt que Mars. Tout ce qu’on doit développer pour aller sur Mars est encore trop difficile et coûtera beaucoup trop d’argent. Aucune autorité politique ne va débloquer les moyens nécessaires pour aller sur Mars. On peut y aller dans 15 ans, sans doute. Pour planter un drapeau et dire : “on est les premiers”, mais ça n’apporte rien à l’humanité ! Le but est d’avoir une exploration soutenable, pour apprendre et découvrir des choses. Il faut aller plus graduellement, par la Lune, car c’est accessible. Les budgets sont encore grands, mais si on fait cela avec les Russes, les Chinois, les Américains, c’est gérable, et on peut avoir des résultats à relativement court terme.”

Frank De Winne et les "astronautes" de l'UCL.

En vue de ces missions, les “analogues”, ces structures simulées telle la base martienne de l’Utah, jouent un rôle “de plus en plus important, pour tester les technologies, les opérations ici sur Terre”, note Frank De Winne, en désignant par la fenêtre une aile du centre : “on va y construire un analogue lunaire, avec une surface de régolite (poussière lunaire) , et on va tester les technologies pour utiliser les ressources sur place. Car il va falloir construire des choses sur place, avec les ressources sur place.”

Frank De Winne explique aux étudiants les priorités de l'Agence spatiale européenne en matière d'exploration spatiale et évoque aussi les projets d'Elon Musk. Pour Frank De Winne, Mars n'est pas pour tout de suite...