Planète Entre octobre et décembre 2017, Gaia a filmé en caméra cachée les conditions de vie des poulets dits "de chair" dans six élevages flamands. Voici le constat que l'ASBL dénonce : animaux à l'agonie, boiteux et déformés ; brûlures de la plante des pattes et de la peau (dermatites) ; ascite (accumulation de liquide dans l'abdomen)... Des conditions de vie "infernales et indignes", selon l'association de défense des animaux.

"Si les images prouvent une chose, c'est que la viande de poulet est bon marché parce que ce sont les animaux qui en paient le prix", condamne Michel Vandenbosch, le président de Gaia. "Gaia a également constaté que les normes minimales légales n'étaient même pas respectées dans les entreprises visitées. C'est cependant l'ensemble du système cruel d'exploitation intensive des poulets que nous dénonçons."


Plus concrètement, l'association a enregistré les conditions de vie industrielles des poulets peu après leur arrivée dans les élevages, jusqu'à peu avant leur transport vers l'abattoir. "A mesure que les jours passent dans les hangars, la souffrance s'intensifie", accuse l'organisation. "Les oiseaux peuvent à peine se déplacer, à cause des malformations des pattes et des boiteries. Ils doivent grossir si vite que leurs pattes ne soutiennent plus le poids de leur corps. Beaucoup ne parviennent plus à marcher, et se déplacent péniblement en rampant et en battant des ailes. Les poulets finissent par passer la majorité de leur temps en position allongée, dans leurs propres excréments. La litière souillée et humide dégage de l'ammoniac en forte concentration, qui provoque des brûlures et des ampoules aux pattes et au bréchet. Pour beaucoup, l'accès à l'eau et à la nourriture devient impossible. Un nombre incalculable de poulets agonisent, couchés sur le dos, à bout de souffle. D'autres grossissent jusqu'à tomber morts. Les cadavres jonchent le sol, parmi les "survivants". Pour s'assurer qu'un nombre suffisant de poulets tiennent jusqu'à l'abattoir, les éleveurs administrent des antibiotiques."

De 50 grammes à deux kilos en 42 jours

Afin de produire un maximum de chair en un minimum de temps, le secteur utilise une race spécifique de poulets, sélectionnée pour grossir rapidement. Les oiseaux se trouvent dans des hangars "surpeuplés" : de 15 à 23 poulets (voire plus, dans certains cas) par mètre carré, soit un poulet pour une surface équivalente à celle d'une feuille A4. En l'espace de 42 jours maximum, les oiseaux passent d'un poids corporel de 50 g à plus de 2 kg en moyenne (entre 1,7 et 2,8 kg, soit une augmentation de 4500 % de leur poids initial). "Dans les années 50, les poulets n'atteignaient ce poids qu'après 120 jours", affirme Gaia.

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"Les supermarchés sont en grande partie responsables"

Après six semaines, les poulets sont envoyés à l'abattoir, découpés, et vendus à bas prix dans les rayons des grandes surfaces, dénonce encore Gaia. "A cet âge, ils ne sont encore que des poussins au corps hypergonflé. Les supermarchés sont en grande partie responsables de cette situation. En proposant au consommateur de la viande de poulet à un prix ridiculement bas, ils se font les acteurs d'une souffrance animale organisée et à grande échelle. Il ne faut pas se faire d'illusion : ces images ne sont pas une exception. Elles sont représentatives de l'ensemble du secteur. C'est le poulet qui paie le prix."

L'association appelle donc les chaînes de supermarchés à prendre leurs responsabilités. "Elles doivent cesser de vendre de la viande de poulet issue d'exploitations qui font autant souffrir les animaux, et se fournir auprès d'élevages qui leur offrent une meilleure qualité de vie. Autrement, les supermarchés continueront à entretenir une intolérable cruauté envers les animaux."

Concrètement, Gaia exige au minimum l'utilisation de races à croissance plus lente, des concentrations plus basse en élevage – sans dérogation –, un sol-litière sec et suffisamment absorbant, et l'accès à un parcours extérieur couvert.

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Selon les chiffres du SPF Economie, 300 millions de poulets ont été élevés et abattus en Belgique en 2017. Dans notre pays, 90 % des éleveurs de poulets sont affiliés à Belplume, un label belge de qualité. "L'un des quatre points principaux de son cahier des charges est  le souci de la santé et du bien-être des animaux. Une chose est claire en voyant les images : dans la pratique, les règles de Belplume sont une plaisanterie", accuse encore Michel Vandenbosch, président de Gaia. "Dans ces conditions, il est indécent de parler de bien-être animal."

Gaia invite les consommateurs à écrire à leur supermarché via le site web www.pouletbiendecheznous.be afin d'exiger que la viande de poulet qui y soit vendue provienne exclusivement d'élevages qui accordent un meilleur respect au bien-être des animaux.

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