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Les membres de la commission Environnement et Santé du Parlement européen ont voté jeudi une résolution demandant à l'exécutif européen de retirer sa proposition en faveur d'un renouvellement de la licence du glyphosate, appelant à une disparition progressive de la substance dans les trois prochaines années.

La résolution, adoptée à une large majorité (39 pour, 9 contre et 10 abstentions), doit maintenant être soumise au vote en séance plénière du Parlement mardi à Strasbourg, à la veille du scrutin prévu au sein du comité d'experts chargé du dossier en vue d'autoriser pour 10 ans supplémentaires l'utilisation de l'herbicide controversé.

La résolution du Parlement n'est juridiquement pas contraignante mais vise à mettre la pression sur la Commission européenne et les Etats membres, qui prennent part à ce comité.

"La Commission fait fi de la réalité", a lancé l'eurodéputé Pavel Poc (socialiste), l'un des rapporteurs de la résolution, qui souligne "l'échec" de l'exécutif européen "à appliquer le principe de précaution".

La résolution revient sur la controverse scientifique qui agite le débat sur le glyphosate, et s'appuie sur l'étude du Centre international de recherche sur le cancer, un organe de l'OMS, qui l'a classé "cancérogène probable" en 2015, contrairement aux agences européennes, l'Efsa (sécurité des aliments) et l'Echa (produits chimiques).

Elle met également en avant les développement judiciaires aux Etats-Unis, où des centaines de personnes ont porté plainte contre le géant de l'agrochimie Monsanto, un des principaux producteurs de glyphosate et propriétaire du pesticide RoundUp. Selon eux, l'exposition à l'herbicide a provoqué des cancers.

La divulgation de courriels et de documents internes du géant américain de l'agrochimie remettant en cause la "crédibilité" d'études scientifiques publiées ou sponsorisées par Monsanto doit aussi être prise en compte, selon la résolution.

Les eurodéputés demandent également à la Commission "d'adopter les mesures nécessaires pour éliminer" le glyphosate du territoire de l'UE avant "au plus tard le 15 décembre 2020", et de "proposer des mesures de transition adéquates au secteur agricole", alors que le glyphosate reste l'herbicide le plus utilisé au monde, privilégié pour son faible coût et son efficacité.

Enfin, ils souhaitent que l'exécutif européen accorde à l'Efsa et l'Echa les "ressources nécessaires" pour que les deux agences puissent commander des études "indépendantes", et révise leur fonctionnement en écartant de leur évaluation des études non publiées ou commandées par l'industrie phytosanitaire.