Hollande verdit le cap

Bernard Delattre Publié le - Mis à jour le

Planète Correspondant permanent à Paris

Des priorités, des moyens, et un calendrier. C’est ce qui était attendu de la "Conférence environnementale" qui, après deux jours de débats, s’est clôturée samedi à Paris. François Hollande voulait qu’elle soit un marqueur fort de son début de mandat. Et a dit sa conviction qu’une vaste concertation de ce type (entre autorités, partenaires sociaux et tissu associatif) constitue "le meilleur chemin pour conduire à l’excellence environnementale" , qu’il promet à la France.

Plus prosaïquement, avec cet exercice, le chef de l’Etat poursuivait deux objectifs autres. D’une part, resserrer les liens avec ses alliés écologistes. Auxquels, en quatre mois, il a fait avaler pas mal de couleuvres : autorisation de forages pétroliers au large de la Guyane, déclarations ministérielles pro-nucléaires, flottement sur les gaz de schiste, etc. Au point que la chef de file des Verts au gouvernement, Cécile Duflot, alla jusqu’à publiquement se plaindre qu’on lui ait imposé le port d’"une muselière" . Cette câlinothérapie des Ecolos est très intéressée : le PS veut les amadouer en prévision du vote parlementaire sur le traité budgétaire européen, qui n’enchante pas les Verts. D’autre part, seconde visée de l’Elysée avec cette conférence : densifier la stature de décideur du chef de l’Etat, poursuivre le travail de recentrage d’image qu’a entrepris François Hollande, pour réagir à des sondages post-vacanciers peu favorables.

D’entrée de jeu, dès lors, l’hôte de l’Elysée a pris soin de s’afficher comme l’homme qui, sans coup férir, fixe "le cap" . Et, qui loin d’être mou et fuyant, comme ses adversaires le dépeignent, sait trancher dans le vif des différends environnementaux du moment.

Ainsi, François Hollande a confirmé la fermeture, très controversée, de la plus vieille centrale nucléaire de France : Fessenheim, en Alsace. Et, pour la première fois, il a daté cette fermeture : avant la fin 2016. Le chef de l’Etat a aussi fermé la porte, pendant cinq ans, à toute exploitation des gaz de schiste par la technique de fracturation hydraulique. Lui, puis son Premier ministre Jean-Marc Ayrault, ont aussi réitéré leur volonté de diminuer la part du nucléaire (de 75 % à 50 %, d’ici à 2025) dans la production d’électricité. Ils ont promis une grande Agence nationale de la biodiversité. Et ont fait miroiter la rénovation thermique d’un million de logements. En outre, les pistes d’une nouvelle fiscalité verte ont été tracées. Un appel d’offres a été annoncé pour la création d’un parc éolien maritime. Et a été confirmé le maintien du moratoire national sur la mise en culture de semences OGM autorisées au niveau européen.

A l’image de Cécile Duflot, "émue" quasiment aux larmes, les Verts ont applaudi à tant de bonnes intentions. Tout comme, globalement, les associations environnementales, même si elles ont pointé des manques. Y compris l’ex-animateur de télé Nicolas Hulot, très critique envers le monde politique depuis son échec à l’investiture écologiste pour la présidentielle, a salué une "vraie rupture" de ton du pouvoir, envers les enjeux environnementaux. Du côté syndical et patronal, en revanche, "des réserves" ont été émises : sur l’impact de ces ambitions sur l’emploi, la compétitivité ou l’assainissement budgétaire.

Les actes, et les budgets, suivront-ils les grands discours ? En 2007, Nicolas Sarkozy avait entamé son mandat par une démarche similaire : le "Grenelle de l’Environnement". Dont le bilan, cinq ans plus tard, est très mitigé. D’incontestables réussites (bâtiments passifs, déchets, etc.), certes. Mais aussi des échecs notoires (pesticides, part du bio dans l’agriculture, etc.). Et des engagements qui tardent à se concrétiser (énergies renouvelables).

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