Il faut sauver le soldat Kyoto

Gilles Toussaint Publié le - Mis à jour le

Planète

Les négociations vont véritablement entrer dans le vif du sujet ce lundi à Durban (Afrique du Sud), les experts passant la main aux responsables politiques qui vont progressivement rejoindre la 17e Conférence des Nations unies sur les changements climatiques. Si le sommet qui s’est tenu au Mexique l’an dernier a rendu un peu de souffle au processus multilatéral mis à mal après l’échec de Copenhague, il est indispensable d’engranger de nouveaux progrès plus consistants. Sur fond de crise économique et avec la campagne présidentielle américaine à l’horizon, le contexte est cependant peu propice aux grandes ambitions. L’accent sera donc une nouvelle fois mis sur la poursuite d’une stratégie "des petits pas" afin de maintenir le processus onusien sur les rails, dans la perspective d’aboutir à terme à un nouvel accord international à la hauteur des problèmes climatiques.

1Les enjeux. Le sommet de Durban doit essayer de rendre opérationnels une série d’engagements pris à Cancun. Il s’agit notamment d’arrêter les structures de fonctionnement du "Fonds vert" qui, à partir de 2020, doit être alimenté par les pays développés à hauteur de 100 milliards de dollars par an pour aider les pays du Sud à s’adapter aux conséquences du réchauffement et à réduire leurs propres émissions. Quels seront ses statuts ? Qui le gérera ? Quelles sont les conditions pour y accéder ? Autant de questions qui doivent être tranchées. Certains blocages sont apparus ces derniers jours, les Etats-Unis et l’Arabie Saoudite refusant d’entériner le projet élaboré par un comité de travail. De leur côté, certains pays en développement s’opposent au rôle que pourrait y jouer la Banque mondiale, jugée trop proche de Washington. La manière dont ce fonds sera alimenté (via des financements privés et publics, ) ne devrait dans tous les cas pas trouver de réponse à Durban. Les discussions porteront également sur la question des transferts de technologies au regard des droits de propriété intellectuelle, ou encore sur les systèmes d’évaluation et de monitoring des politiques nationales de lutte contre le réchauffement. Les négociateurs se penchent aussi sur les projets pilotes mis en place dans le cadre du programme Redd+ visant à endiguer la déforestation. L’idée est de récompenser financièrement les pays en développement qui protègent leurs forêts, mais de sérieuses difficultés se posent sur la manière d’évaluer les bénéfices de cette non-déforestation et de les financer en évitant des effets pervers.

2 Les sujets qui fâchent. Le débat le plus sensible porte sur l’avenir du protocole de Kyoto. Pour rappel, celui-ci fixe de manière contraignante des objectifs de réductions de CO 2 aux pays industrialisés, à l’exception des Etats-Unis qui ne l’ont jamais ratifié. La première phase du protocole arrivera à terme le 31 décembre 2012 et les pays en développement font de sa reconduction une condition préalable à la poursuite des discussions sur un accord élargi qui les engagerait également. Outre les Etats-Unis - qui préfèrent un système non contraignant où chaque pays se fixe ses propres objectifs climatiques -, le Japon, le Canada et la Russie ont annoncé qu’ils ne voulaient pas poursuivre l’"aventure Kyoto". Un échec sur ce point risque de mener à une dangereuse impasse. Par ailleurs, les débats sur l’argent risquent eux aussi de faire grincer les dents. Les pays industrialisés semblent en effet avoir beaucoup de mal à tenir les promesses faites dans le cadre du "Fast Start", une aide financière d’urgence qui prévoit le versement de 30 milliards de dollars aux pays pauvres d’ici à la fin 2012.

3 Les acteurs . Sur fond de rivalité économique, Etats-Unis et Chine continuent à se regarder en chiens de faïence. Plusieurs observateurs notent néanmoins des signaux d’ouverture venus de Pékin, qui donnent à penser que la Chine ne serait pas opposée à assumer davantage d’obligations après 2020, une fois que le pays aura atteint un niveau de développement jugé satisfaisant. Le Brésil et l’Afrique du Sud semblent également se montrer plus conciliants, tandis que l’Inde fait pour sa part preuve de davantage d’intransigeance. Les Russes de leur côté vont batailler pour conserver les montagnes de quotas CO 2 héritées de l’ère soviétique. Plusieurs scénarios sont toutefois sur la table pour contourner cet écueil. Ils souhaiteraient également voir reconnu au-delà de 2012 leur statut d’économie en transition qui leur confère certains avantages par rapport aux autres pays industrialisés. Malgré certaines dissensions internes, les Européens se disent prêts à s’engager dans une seconde phase de Kyoto, mais sous certaines conditions. Ils entendent notamment que la réunion de Durban définisse une feuille de route qui aurait pour but d’aboutir en 2015 (pour entrer en vigueur en 2020) à un nouveau traité imposant des objectifs de réduction d’émissions de gaz à effet de serre à tous les pays. Selon une source interne à la Commission, cette proposition rencontre un soutien grandissant, même si elle a suscité de grandes réserves côtés chinois et américain.

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