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Rassemblant des représentants de la Ville, d'entreprises locales et de citoyens, la formule inédite de la coopérative mouscronoise « Coopem » veut faciliter l'accès aux panneaux photovoltaïques.

A Mouscron, l’énergie solaire a le vent en poupe. Depuis le mois de mai 2017, de nombreux toits se sont habillés de panneaux photovoltaïques. « Le projet est né au départ du Plan d'Action Energie Durable (PAED) de la Ville », explique Emmanuel Fontaine. Responsable de la cellule Energie de l'administration locale, ce Mouscronois est aux premières loges de la « Coopem », dont il est un des membres fondateurs, mais aussi un bénéficiaire. A lui seul, il incarne une coopérative à la composition inédite. Initiée par la ville, ce projet rassemble un acteur public (la Ville de Mouscron), deux entreprises et une centaine de citoyens coopérateurs. « C’est une première en Région wallonne », précise notre interlocuteur. Un caractère novateur qui explique le temps qu'il a fallu (cinq ans) pour mettre la structure sur pied.

Il n’a par contre pas fallu trois mois pour que les 1000 premières parts, bénéficiant du « tax-shelter », trouvent preneurs. « C’est un investissement comme un autre », justifie Emmanuel Fontaine. Mais aussi une manière de promouvoir l’énergie renouvelable, de sensibiliser les citoyens à ces enjeux et de s’inscrire dans un projet porteur localement. « Le but est de créer une coopérative par et pour les Mouscronois », commente-t-il. En plus d’employer un installateur de la région, le caractère local permet de « créer du lien » dans la commune.

Préfinancement de la prime

« Nous avons l’ambition de rendre l’énergie renouvelable accessible à tous », poursuit-il. L’incitant, pour les bénéficiaires, est financier. Depuis la fin du système des « certificats verts », la Région wallonne verse une prime incitative (« Qualiwatt ») annuelle aux personnes qui choississent d'investir dans le photovoltaïque. Un montant qui s'élève actuellement à 444 euros par an, durant cinq ans, et qui peut cependant varier en fonction des prix de l’électricité et du coût de l’installation. La Coopem a donc décidé d’une part de garantir la stabilité de celle-ci, d’autre part de prendre à sa charge son versement dès l’entame de l’installation. « Les bénéficiaires voient en fait la facture de l’installation amputée de la totalité de la prime, soit près de 2000 euros », explique Emmanuel Fontaine. Au lieu de leur coûter près de 6000 euros, une installation moyenne d’une douzaine de panneaux revient ainsi à 4000 euros environ.

Faire tourner l'économie locale

La formule proposée par la Coopem a déjà bénéficié à trente ménages alors qu’un nombre équivalent est en attente d’installation, se réjouit Emmanuel Fontaine. Une satisfaction partagée par Hubert Courcelles, l'installateur qui a remporté l'appel d'offres lancé par la coopérative. « Depuis l’initiative de la Coopem, on constate que beaucoup de ménages s’intéressent au photovoltaïque", souligne ce dernier. "La formule proposée est intéressante pour les installations privées. Les motivations sont écologiques et économiques. La pose de panneaux allège, voire supprime, la facture d’électricité.»

La coopérative prend en outre en charge l'intégralité du processus, de la première visite de faisabilité à la vérification du fonctionnement de l'installation dont les bénéfices sont rapidement visibles. « Dès que les panneaux sont branchés sur le compteur (cela ne nécessite qu’une journée, NdlR), celui-ci tourne à l’envers. On voit instantanément l’absence de consommation et les économies qui en découlent. Les gens constatent directement la rentabilité », argumente Emmanuel Fontaine, arguant par ailleurs que l’autonomie énergétique est sans nul doute recherchée par les bénéficiaires.

Prime à la trappe

« Nous avons encore des visites prévues… avant que les primes passent aux oubliettes ! », fait toutefois remarquer notre guide. Le gouvernement wallon a en effet décidé de précipiter la fin du système "Qualiwatt". Sans la prime, qui disparaîtra au mois de juin prochain, « l’amortissement de l’installation passera de cinq à six voire sept ans », estime Hubert Courcelles, qui s'attend à une probable « baisse de la demande ». « Quand un incitant s’arrête, les gens perdent confiance. Il faut du temps pour les convaincre de la rentabilité de la technologie », ponctue l’installateur, qui se montre confiant dans l'avenir.