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L'ASBL Terre ouvre une grande surface de prêt-à-porter de deuxième main à bas prix. Objectif : concurrencer les enseignes de low cost.

L'économie sociale et circulaire aurait-elle le vent en poupe à Bruxelles ? C'est en tout cas le tournant que l'ASBL Terre voudrait voir amorcer dans la Région-capitale. Pour participer à l'émergence d'un modèle alternatif, l'association a choisi de cibler le secteur du textile, en valorisant les vêtements qu'elle récolte et en les revendant dans ses magasins de seconde main. S'il se développe, ce créneau reste en effet encore marginal à Bruxelles, se contentant de remplir les étagères de petits commerces. Depuis le 1er août, le « Factory shopping » propose de passer à la vitesse supérieure en propulsant les vêtements de seconde main à l'échelle d'une grande surface.

Du 2e main de qualité à bas prix

Après Seraing, Jemappes, Waremme et Charleroi, c'est à Anderlecht que débarque le concept. Un modèle de magasin se rapprochant de celui de la grande distribution, par la surface qu'il dédie à une grande diversité de produits. Sauf que ces derniers ne sont pas neufs, mais de récup'. « Nous concurrençons ainsi les chaînes low cost en offrant aux citoyens une alternative privilégiant la qualité et la réutilisation », argumente Christian Dessart, Président de Terre ASBL. Pour des prix similaires, ces magasins proposent d'inscrire les achats dans une dynamique locale de réutilisation presque sans fin plutôt que d' « économie kleenex » de consommation linéaire dans laquelle le déchet n'a aucune valeur.

Aujourd'hui, 2600 bulles ont été installées en Wallonie et à Bruxelles. En 2016, on y a collecté quelque 17 000 tonnes de vêtements, dont presque 700 à Bruxelles. Après triage (60 tonnes journalières à l'échelle de la Belgique francophone), le magasin d'Anderlecht permettrait de valoriser, au niveau local, 30 tonnes de vêtements par an, soit 5 % du gisement total. Le reste est recyclé, envoyé à l'étranger ou jeté faute d'être utilisable. « La marge de progrès est grande... », relève notre interlocuteur. D'autant plus que c'est aussi à la source que l'ensemble des entreprises actives dans le secteur veulent agir. « Avec un million d'habitants, la collecte à Bruxelles pourrait atteindre 10 000 tonnes par an », souligne Franck Kerckhof, vice-président du réseau Ressources.

Pour que cela fonctionne, encore faut-il que le « regard du consommateur sur les produits de seconde main change », pointe pour sa part le ministre bruxellois de l'Economie, Didier Gosuin. « Nous n'avons pas encore énormément de monde », reconnaît d'ailleurs une responsable du magasin. Les habitudes de consommation sont tenaces et Christian Dessart en est bien conscient : « Le pas ne se franchit pas du jour au lendemain. On se donne une année pour voir comment cela fonctionne. »

Coup de pousse politique

Ouvrir une telle surface commerciale à Bruxelles représente un coût considérable. Lauréat de l'appel à projets « Be circular », destiné à orienter et soutenir les projets d’entreprises vers les modèles de l’économie circulaire, Terre a pu compter sur un soutien de la Région à hauteur de 90 000 euros. Son « Plan régional en Economie Circulaire » (12 millions d'euros annuels) sert notamment à donner un coup de pouce aux acteurs de terrain, à ceux qui innovent pour « faire naître un nouveau modèle économique », appuie avec ambition Didier Gosuin.

« L'aspect circulaire est primordial à Bruxelles, où il faut repenser l'impact de la consommation sur l'environnement, valoriser le déchet pour qu'il devienne une ressource, renchérit sa collègue Céline Frémault, en charge de l'Environnement. "Ces projets sont pérennes et pertinents par rapport à l'économie bruxelloise dans son ensemble », poursuit-elle . « L'objet est certes social, mais ce n'est plus un système à la marge. C'est une vraie économie créatrice d'emplois », souligne encore le ministre de l'Economie.

Le magasin anderlechtois a en effet permis d'engager quatre personnes à temps plein. Et comme l'ambition est d'ouvrir quatre autres magasins en autant d'années, les perspectives de mise à l'emploi se verraient elles aussi multipliées par quatre. Au total, l'ASBL emploie 221 personnes. Une priorité pour Terre, dont l'objectif est, à travers de la récupération, la collecte, le tri et la vente des textiles usagers, de réintégrer sur le marché de l'emploi des personnes peu ou pas qualifiées, en renforçant par la même occasion leurs capacités par des formations.

Un réseau solidaire

Terre est loin d'être seul dans le bateau de la valorisation du textile et les collaborations avec d'autres acteurs de l'économie sociale et solidaire sont aussi nombreuses que possible. « Nous ne nous inscrivons pas dans un système concurrentiel qui n'aurait aucun sens alors même que l'on essaie de mettre en place un modèle économique différent basé sur la solidarité », commente logiquement Christian Dessart. Enfin, si le circuit court est privilégié, des liens existent également à l'échelle européenne.