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Wallonie, Flandre et Bruxelles se sont associées pour développer un outil qui permet d'évaluer globalement le bilan écologique des bâtiments. Elles l'ont présenté à l'occasion du salon Batibouw.

Comment rendre la construction plus vertueuse? Comment évaluer de façon globale le caractère durable, "écologique", d'un bâtiment ? Présenté ce jeudi à l'occasion de Batibouw, l'application Totem permettra désormais aux professionnels de la construction en Belgique, de calculer cet impact environnemental. Bien que la consommation énergétique liée aux constructions soit déjà calculée depuis dix ans, d'autres notions plus compliquées doivent être prises en compte, dont les matériaux. Ces paramètres doivent être compilés pour avoir une indication plus juste et plus précise de l'impact environnemental global d'un immeuble, ainsi que sa confection/rénovation.

Jusqu'à maintenant, il n'y avait pas de point de référence. C'est pourquoi, les trois Régions ont réuni autour d'une table les professionnels des différents secteurs de la construction pour élaborer ensemble une application accessible. Un travail qui a duré cinq ans.

Contrer le "greenwashing"

Le but est de "permettre à toutes les personnes d'avoir à disposition un outil où l'on a recensé tous les matériaux ainsi que leur impact environnemental afin de pouvoir les comparer objectivement" explique Christian Bayet, architecte spécialisé dans la construction durable. Pour ce faire, la base de données doit être alimentée par les fournisseurs de matériaux. L'outil se veut une solution face au "greenwashing", qui utilise l'argument écologique à mauvais escient. "Les consommateurs n'ont pas toujours les éléments en mains pour savoir quel matériau est plus écolo qu'un autre. Ils se basent alors sur des indicateurs parfois étrangers et donc peu fiables parce qu'inadaptés à la Belgique", poursuit notre interlocuteur. En effet, certains matériaux sont recyclables dans un pays et pas dans l'autre.

Totem est censé rendre plus justifiables les paramètres environnementaux en prenant en compte plusieurs éléments comme l'emballage, le transport, la durée de vie du matériau, le recyclage, etc. Un exemple ? L'utilisation du bois ne suffit pas pour parler d'un bon impact environnemental. Il faut voir d'où celui-ci provient et comment il est arrivé chez nous. "Il faut la participation de tous les acteurs pour avoir des idées claires". Cet outil vise plutôt les professionnels parce qu'il demande certaines connaissances.

Pas d'obligation dans l'immédiat

L'utilisation de Totem se fera sur base volontaire. En entrant les données concernant les matériaux et d'autres paramètres dans l'application, l'utilisateur obtient la valeur monétarisée de l'impact environnemental du bâtiment. Celle-ci représente le coût financier qu’engendrerait la "réparation" des dommages causés sur l’environnement, les coûts qui sont indirectement répercutés sur la société (par exemple, les effets néfastes sur la biodiversité). "La valeur de l'argent, on la connaît, alors que l'impact des matériaux sur la planète est difficilement quantifiable", explique encore Christian Bayet. Pour encoder une maison de manière complète et fiable, cela prend en moyenne un petite journée de travail. Et le faire à moitié ne sert à rien, "c'est tout ou rien". Le but sur le long terme est de rendre la démarche contraignante.

Pour l'instant, les outils sont indiqués seulement par défaut dans la base de données. Les secteurs des fabricants et des importateurs devront compléter ces informations dans la base de données, justement pour éviter ce "par défaut". "Ainsi, ils donneront de la valeur à leur produit et on aura un vrai point de comparaison." Cela devrait être fait dans le courant de l'année 2018. Totem va donc se développer progressivement.

A la fin de cette année, il devrait offrir une véritable base de données complète des matériaux proposés en Belgique. Il est prêt à être utilisé pour les bâtiments neufs, en ce qui concerne la rénovation, le programme devra encore être adapté. Une évolution qui figure au programme des prochains mois.