Inspire Ces copains d’unif se jetteront à l’eau ce vendredi à minuit à Folkestone, sur la côte anglaise. Pour arriver samedi soir à Calais.


Lire aussi "Un symbole fort pour Yegor"

Traverser la Manche à la nage, c’est le défi sportif un peu fou que se sont lancé quatre jeunes Belges avec un objectif précis  : récolter des fonds pour l’association Refugees Welcome, plateforme citoyenne de soutien aux migrants qui débarquent au cœur de la capitale européenne. Nom de code de l’opération :Carpe marem” (“Profite de la mer”, traduction – libre – du latin).

Maxime Defour (doctorant en chimie des matériaux), Martin Discors (ingénieur en sécurité informatique), Maxime Ronsmans (étudiant en droit) et Yegor Tarelkin (doctorant en foresterie tropicale), quatre amis d’université âgés entre 27 et 32 ans, vont se jeter à l’eau vendredi à minuit – la marée sera haute – à Folkestone, sur la côte anglaise. De là, ils rejoindront la France, à Calais, ou un peu plus au sud, vers Wuissant, si la traversée devait prendre plus de temps que prévu…

En principe, chacun d’eux devra nager 4 à 5 heures; l’arrivée est prévue en début de soirée, samedi 15 juillet, après un périple qui devrait durer 16 à 20 heures. A moins que la météo en décide autrement et que l’assaut du canal doive être reporté d’un jour ou deux.

“Notre meilleure mauvaise idée”

C’est “notre meilleure mauvaise idée”, clament les quatre jeunes, rebaptisés respectivement Planckton, Espathon, MobbyDickton et Thonthon pour l’occasion. Pas question d’improviser et d’aborder la mer tête baissée. La liaison entre la Grande-Bretagne et la France, c’est près de 40 kilomètres dans une eau dont la température est inférieure à 18 degrés.

La traversée de la Manche à la nage, régulée et encadrée par la Channel Swimming Association depuis 1927, exige un certain nombre de règles strictes  : seul un maillot, un bonnet et des lunettes sont autorisés. On ne peut pas porter de combinaison. L’ordre de la rotation du relais ne peut pas être changé; chaque membre de l’équipe doit nager au moins une heure une fois rentré dans l’eau.

Les sportifs sont suivis par un bateau de la CSA, à bord duquel les relayeurs se ravitaillent, se reposent et coachent le camarade en train de fendre les flots à la brasse ou au crawl. Une balise lumineuse permet de repérer les nageurs dans les eaux tumultueuses du canal.

Une revanche à prendre

Avant le grand plongeon, le quatuor a rallié la pointe sud de la Bretagne, à 15 minutes de Pont L’Abbé, pour une dernière semaine d’entraînement intensif. “Lundi, on a nagé une première fois entre trois heures et demie et quatre heures. C’est parfait comme endroit : ça se rapproche des conditions qu’on va rencontrer dans la Manche”, expliquait mardi, par téléphone, Maxime Ronsmans, alias MobyDickton. Les aventuriers de la mer sont retournés à l’eau à 23 heures pendant 15 minutes “pour se préparer mentalement à nager pendant la nuit”.

Le plus dur, ce sont les vagues, affirme Maxime. Il sait de quoi il parle : il y a deux ans, Mobbydickton a déjà tenté l’expérience, sans y réussir. “J’avais une revanche à prendre sur La Manche”.

Ce qui fait échouer beaucoup de candidats au passage, c’est le mal de mer. “C’est encore pire dans l’eau que sur le bateau”, témoigne-t-il. Le froid de l’eau, qui entraîne hypothermie et crampes, provoque aussi de nombreux abandons. Et les méduses  ? “C’est désagréable et ça fait sursauter mais c’est juste comme des grosses orties”.

Une opération déjà réussie

Les quatre nageurs de “Carpe marem” veulent en tout cas joindre la France, quitte à sortir un des participants plus tôt de l’eau en cas de souci. L’idée, c’est de réussir la traversée –  et tant pis si on ne décroche pas le certificat CSA.

La récolte de fonds pour Refugees Welcome ajoute à la motivation des quatre copains. Les nageurs vont parcourir à rebours le trajet emprunté par les migrants, qui cherchent tous les jours à gagner l’Angleterre depuis Calais. “Quitte à dépenser autant d’énergie pour l’exploit sportif, autant que cela serve à une belle cause. Ca donne une envergure plus grande au projet”, relève Maxime Ronsmans. Sur le site, le compteur* de dons affichait mercredi pile 10 000  €. “C’est déjà réussi, même si on échoue”.

Les nageurs ont rendu visite à l’association qu’ils soutiennent. “On a vraiment apprécié leur travail, au quotidien, pour permettre aux réfugiés de reconstruire une vie dans leur pays d’accueil”. Les dons serviront à l’achat de fournitures scolaires pour enfants et adultes, mais aussi à payer la traduction de documents ou de tests ADN nécessaires pour certaines démarches administratives, comme la reconnaissance de lien de parenté.

*La récolte de dons continuera jusqu’en septembre.