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En organisant des récoltes de fruits chez les particuliers, FruitCollect lutte contre le gaspillage alimentaire. Les récoltes permettent les rencontres de publics éloignés les uns des autres. Les denrées, ainsi valorisées, sont précieuses pour les publics fragilisés qui en bénéficient.

« Les fruits sont les denrées alimentaires que l’on gaspille le plus, fait remarquer Maxime Niego. Selon la FAO, 45% de la production valse à la poubelle », soulève-t-il alors qu’en Europe, ce sont 90 tonnes que les citoyens jettent tous les ans. Et ce faisant, c’est aussi l’eau et l’énergie utilisées pour les produire que l’on gaspille allègrement. Une aberration. Maxime Niego, fondateur de FruitCollect, le constate d’abord à plus petite échelle : « Dans mon voisinage, on ne consommait pas les fruits des arbres », se souvient-il. Ces fruits qui jonchent le sol plutôt que d’être consommés le « dégoûtent » et l’amèneront à réfléchir à une manière de contrer le phénomène.

Maxime Niego a alors 24 ans. Diplôme de marketing en poche, il a l’esprit d’entreprise et est bien décidé à avancer dans ce projet, qui grandira au fil de ses idées. FruitCollect naît comme une entreprise anti-gaspillage alimentaire. « C’est notre mission principale », commente le fondateur de la jeune association. Comptant sur l’engagement citoyen et bénévole, il se rend chez les particuliers, essentiellement du Brabant wallon et flamand et de Bruxelles, et collecte les fruits non-consommés. Ils en récoltent 2 tonnes. « Un pommier produit sept fois plus de fruits que peut en consommer une famille en un an », continue d’étayer, chiffres l’appui, le jeune entrepreneur. La marge de progression est encore grande et la saison suivante le démontre. Ils récoltent jusqu’à 6 tonnes de fruits. Avant de connaitre, l’année suivante, une baisse de régime due à une météo peu favorable.

Rencontre et inclusion sociale

« Si le gaspillage est notre raison d’être, ce n’est pas la seule », poursuit Maxime Niego. Dès sa deuxième année d’existence, FruitCollect s’est attaché un objet social : la mixité et l’intégration de publics « dans le besoin », « financier mais pas seulement » : fragilisés par la vie, la violence, le handicap. Ce sont ces personnes qui bénéficient du fruit des récoltes. FruitCollect s’est lié à une dizaine d’associations partenaires actives auprès de publics précarisés. C’est par leur biais que les fruits leur sont distribués. « Certaines personnes ont trop et d’autres pas assez », soulève Maxime Niego. Sa tâche est de rétablir un relatif équilibre. « Il ne s’agit pas uniquement de leur donner les fruits, mais aussi de faire de l’éducation à la nourriture saine via des ateliers de cuisine notamment, afin qu’ils s’approprient ces denrées, qu’ils se rendent compte que, même moche, un fruit a de la valeur, souligne Maxime Niego. L’accès à l’information est primordiale », insiste celui qui, jusqu'à sa sortie du cocon familial, n'avait que peu conscience de ces enjeux.

Une partie des fruits est par ailleurs revendue au prix coûtant aux épiceries sociales. « On souhaite aller vers le don et se positionner comme une banque alimentaire de produits de qualité », précise Maxime Niego. Actuellement une petite dizaine de frigo solidaire en bénéficient également.

Enfin, afin d'assurer des rentrées financières, une certaine quantité de fruits est transformée et destinée à être commercialisée dans des « structures de changement » actives dans la réinsertion professionnelle et sociale que sont les magasins Färm, The Barn, BeesCoop.

© FruitCollect

« Nous souhaitons que les bénéficiaires -ils sont 2500 à peu près- soient aussi acteurs », insiste Maxime Niego. C’est ainsi que FruitCollect les associe à ses récoltes. « Ce sont ces rencontres provoquées entre des gens qui autrement, ne se rencontreraient pas, qui nous intéressent. FruitCollect permet de rassembler les 150 bénévoles, les 70 propriétaires et les bénéficiaires autour de valeurs commune d’échange et de solidarité », se réjouit ce macon bétonneur, passé par Les Petits Riens avant de fonder sa propre entreprise.

Entreprise sociale et viable

FruitCollect s’inscrit résolument dans l’entrepreneuriat social : une structure à la foi viable économiquement dont l’objet valorise l’humain et oeuvre au progrès social voire sociétal. Maxime Niego se donne un an pour être en mesure de rémunérer quelques unes des huit personnes (dont lui-même) s’impliquant actuellement bénévolement dans l’association.

« Qui n’avance pas recule », semble faire partie des mantras du jeune homme de 27 ans. Pour pérenniser l’activité de FruitCollect, l’association vient de nouer un partenariat avec un agriculteur bio. Elle bénéficiera par ce biais de une à trois tonnes d’invendus par semaine, achetés à un « prix raisonnable pour l’agriculteur comme pour FruitCollect ». « Nous sommes bien reçus par le monde agricole, qui est, lui aussi, scandalisé par tout ce gaspillage », tient à préciser Maxime Niego. Cet accord conclu, « il a fallu trouver des lieux où écouler ces denrées de manière structurelle et en grande quantité », raconte Maxime Niego. Il espère convaincre des écoles bruxelloises de rentrer dans la danse. Il y voit par ailleurs « un formidable moyen de conscientiser les enfants au gaspillage alimentaire, à l’alimentation saine et durable », rêve-t-il alors qu’un projet de verger éducatif dans l’une d’elles est déjà bien avancé. Cette initiative reflète le souhait de FruitCollect de « fruitaliser » la capitale, s’amuse-t-il. Et d’imaginer former les employers communaux et d’inscrire la thématique dans de nouvelles dynamiques globales.

Certes, « une pomme ne révolutionne pas le monde », admet Maxime Niego, mais cela ne l’arrête pas. FruitCollect a ainsi récemment lancé une campagne de financement participatif afin d'acquérir une camionnette réfrigérée. Cette « FruitMobile » devrait lui permettre d’agrandir le poids de ses récoltes. Pour cela, la jeune entreprise pourra compter sur le travail de cartographie et d’inventaire des jardins disposant d’arbres fruitiers réalisé à Bruxelles. Cela annonce de beaux jours… pour autant que la météo ne se fasse pas trop capricieuse.​