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Pour Frédérique Lecomte, fondatrice de "Théâtre & Réconciliation", le théâtre peut être moteur de changements, d'engagement citoyen, de résistance et de désobéissance civile.

"Réveillez-vous ! Debout !", harangue une Indienne en jupe courte avec un net accent néerlandophone. Un appel auquel le chœur qui lui fait face répond par un « cocorico » enthousiaste. Voila comment commence l'une des scènes de la nouvelle création de « Théâtre & Réconciliation » de Frédérique Lecomte. Le message est simple, optimiste, engagé. En un peu plus d'une heure, les 40 comédiens de "A vos scalps!" chuchotent, crient, chantent, déclarent, dénoncent, constatent... Tout au long des scènes, qui s'imbriquent à la meilleure convenance de la cheffe d'orchestre, ces comédiens s'attachent à favoriser l'engagement, la résistance et la désobéissance civile. Car c'est là-même l'essence du théâtre réconciliation : un théâtre qui se veut moteur de changements.

« Je pourrais prendre le risque de me faire confiance », déclare ainsi un protagoniste sur fond d'une mélodie, pour une fois plus mélancolique, jouée en directe. « Il faut parler avec le cœur, pas avec la tête », dirige Frédérique Lecomte lorsque ses comédiens hésitent. Normal : si les scènes sont construites, elles le sont sur base d'improvisations dans lesquelles chacun a mis un peu de son propre vécu, et qui ne font que donner un canevas au jeu. « Parfois, ça frissonne », explique la metteuse en scène. Justement parce que les thématiques renvoient chacun à son histoire, son rapport au réel.

Rassemblements inattendus

Amateurs et professionnels, le groupe ainsi composé est fort de sa diversité. « La méthode a toujours ce point commun qu'elle rassemble ceux qui ne se rencontreraient pas : victime et bourreau lorsque l'on travaille dans la région des Grands Lacs ; demandeurs d'asile, réfugiés, Belges d'origine sociale, économique et culturelle différentes, présentant un handicap physique ou des problèmes psychologiques dans ce cas-ci ». C'est de ce « partage » inattendu que naîtra une première conscience citoyenne : « la capacité à être et à créer ensemble ». Que ce soit dans des situations de post-conflit dans la région des Grands Lacs ou en Belgique dans le cadre de projets favorisant la cohésion sociale, la méthode est la même. Et pour cause, « les gens sont les mêmes partout », commente le plus simplement du monde la metteuse en scène.

Dénoncer les crises... avec le sourire

Il n'est pas clairement annoncé que le théâtre est là pour amorcer des changements. « Les vertus curatives sous tendent le projet », commente Frédérique Lecomte. Nul besoin d'arriver avec ses gros sabots et d'appuyer frontalement là où ça fait mal. « Ce sont des pièces joyeuses, légère, douces », dit-elle. La joie de la forme - des comédiens tout sourire, des musiques joyeuses, des traits d'humour fréquents - contraste cependant avec la dureté réaliste et frontale des propos. Cette fausse naïveté fait d'autant plus ressortir un discours qui pose question, engage à la réflexion. « Le théâtre permet de libérer la parole... et l'écoute », fait remarquer la sociologue. Dans la lignée du Théâtre action, la méthode entend dégager « des perspectives d'une nouvelle société. » « On n'en sort pas démoralisé, mais avec l'envie de bouger ! ».

"A vos scalps!" se jouera à le 20/12 à De Kriekelaar à 20H, 21 et 22 /12 à Globe Aroma à 19H. Pour plus d'infos : https://www.theatrereconciliation.org