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Pendant une semaine, début novembre, des adolescents de 14 à 18 ans et d'origines diverses ont imaginé et construit cinq "objets intelligents" pour faciliter la vie des Bruxellois. Une initiative du Bozar Lab, de l'ASBL Gluon et de l'Erasmus Hogeschool.

Reportage : Alain Lorfèvre

Début novembre, une vingtaine d'adolescents bruxellois de toutes origines ont imaginé et fabriqué les prototypes d'objets intelligents et connectés, destinés à rendre la vie urbaine plus "smart" : un casque de cycliste avec feux de signalisation intégrés, une poubelle qui signale son niveau de remplissage, un "treemometer" (ou "arbromètre") qui mesure la qualité de l'air à domicile ou encore un senseur qui régule les feux en fonction du nombre de piétons en attente de traverser...

Il leur aura fallu à peine une semaine pour les imaginer, les concevoir et en fabriquer un prototype fonctionnel. Les cinq projets seront présentés à Bozar ce dimanche 19 novembre, et exposés jusqu'au 3 décembre.

Inventer des solutions pour Bruxelles et créer une "smart city" avec les adultes de demain : telle est l'intention de "Generation Z - Hacktivate the City", un atelier (ou Fab Lab) initié par l'Erasmus Hogeschool de Bruxelles, l'ASBL Gluon, le collectif artistique Crew et le tout nouveau Bozar Lab.

La Génération Z est la génération des "digital natives", les enfants nés après la généralisation d'Internet et la création des téléphones portables. Une génération qui arrive déjà en âge de voter et de travailler. Mais qui, si elle sait utiliser les nouvelles technologies intuitivement, ne sait pas forcément comment créer avec ou à partir de celle-ci.

Generation Z suit deux objectifs :

  1. Faire découvrir et expérimenter à des jeunes, de manière ludique et collaborative, des technologies et outils numériques.
  2. Briser les barrières entre jeunes issus de milieux culturels et économiques différents.
© LLB

"La fracture économique et technologique est une réalité, ce n'est un secret pour personne", souligne Christophe De Jaeger, responsable du Bozar Lab. "A Bruxelles, près de 38% des jeunes vivent dans la pauvreté. Et il ne faut pas s'en cacher : il existe deux catégories de jeunes qui ne se rencontrent pratiquement jamais. Ils n'ont pas les mêmes ressources et les mêmes opportunités. Avec "Generation Z", nous cherchons à les faire se rencontrer et les faire réfléchir ensemble sur des questions qui les concernent."

"Comme institution culturelle, poursuit Christophe De Jaeger, Bozar s'interroge sur son rôle dans la ville et sur la manière de toucher un jeune public qui ne vient pas chez nous."

Le Bozar Lab a été créé pour favoriser la collaboration entre scientifiques, artistes et chercheurs. Avec "Generation Z", l'objectif se double de la volonté de faire découvrir aux jeunes des technologies numériques, des outils de programmation et des méthodologies de travail et de création.

Cela rejoint la vocation de Gluon. "Gluon est une ASBL bruxelloise qui encourage la collaboration entre chercheurs, ingénieurs et artistes", précise Ilse Raps, coordinatrice de projets. "Nous organisons des 'art and research lab' pour les amener à créer des projets de sensibilisation à des questions environnementales ou sociétales. Le but est de les inciter à utiliser des nouvelles technologies dans le cadre de projets innovants."

Après une première expérience en 2016, le premier vrai atelier Generation Z s'est tenu durant la première semaine de novembre. Vingt adolescents de 14 à 18 ans étaient réunis : des Flamands et des francophones, des gamins du Nord et du Sud du "canal" - une frontière géographique, sociale et communautaire plus que symbolique à Bruxelles.

© Alain Lorf�vre

Des problèmes, des solutions pratiques

Le matin, les participants ont fait une balade dans le centre-ville, encadrés par des animateurs qui ont attiré leur regard sur certains problèmes. On leur rappelle l'origine de certains lieux et comment ils ont été réaffectés selon de nouveaux besoins. Le groupe est bilingue mais le flamand domine. Parce que la sensibilisation est plus grande au Nord ?

L'après-midi, débat collectif : que pourrait-on imaginer pour améliorer le quotidien ? Les idées sont jetées. Les animateurs n'excluent rien mais insistent sur les aspects pratiques et notent les propositions sur un tableau. Des groupes de travail sont formés. Les animateurs veillent à mélanger les origines, les sexes, les tempéraments. Le but de l'atelier est aussi de dépasser les barrières.

© Alain Lorf�vre

Elliot, Imane, Samuel, Salma (16 ans), Louis (15) et Sinem (14) ont été frappés par la quantité de déchets jonchant les rues et par le nombre de poubelles pleines. Emrys et Kerel (14 ans) constatent, eux, qu'à certains carrefours, le temps d'attente des piétons est long, alors que le trafic est peu dense : ne pourrait-on trouver un système plus dynamique de gestions des feux, s'interrogent-ils. Anton (15), Bryan (17), Hugo, Kasper et Maxence (14) notent de leur côté que si le nombre de cyclistes est en augmentation permanente, la circulation demeure compliquée pour eux, dans une ville encore peu "bike-friendly". Pourquoi ne disposeraient-ils pas de phares de signalisation comme les automobilistes ?

Chaque groupe s'empare d'une idée et commence à imaginer comment la réaliser. On dessine et note les idées sur de grandes feuilles. Les premières ébauches de prototypes prennent forme. Chaque groupe présente ensuite son idée. Les animateurs posent les questions pratiques : à quel public-cible le projet s'adresse-t-il ? Comment le réaliser ? Quelles doivent être ses fonctions pratiques ? Quelle serait la forme idéale ? Les "apprentis ingénieurs" ont ensuite trois jours pour réaliser un prototype, avec à leur disposition tous les outils du Lab d'Erasmus.

© Alain Lorf�vre

Arts, sciences et technologies

Christophe Benoit, senior researcher et startup coach à l'Erasmus Hogeschool, en profite pour donner un petit exposé - passionnant et limpide - sur le "business model prototyping", ou l'art de concevoir un produit et le penser pour le marché. Cela répond-il à une demande réelle ? Le coût de réalisation est-il réaliste ? Qui peut commercialiser ou diffuser le projet ? Comment le présenter au public ? Une première introduction pour ces adolescents à une réalité professionnelle, qui pourrait bien leur ouvrir des perspectives. L'attention de certains était manifeste durant les explications de M. Benoit.

"Comme haute école, notre vocation est d'améliorer la vie de nos concitoyens et de contribuer à développer des projets qui bénéficient à la ville", explique-t-il. "Mais de manière ludique nous voulons aussi préparer ces jeunes aux futures formations STEM" prisées par les entreprises."

© Alain Lorf�vre

STEM est l'acronyme anglais pour "Science, Technology, Engineering and Mathematics". "Nous y ajoutons un "A" pour "Arts, explique Ilse Raps, et cela devient STEAM" - la vapeur, en anglais, première source d'énergie de la Révolution industrielle au XIXe siècle. "Scientifiques, ingénieurs et artistes sont encore souvent des communautés qui ne travaillent pas ensemble. Nous pensons que les artistes peuvent apporter un regard différent, critique même, sur l'utilisation de technologies et de nouveaux outils."

"Les artistes sont les antennes de la société, note Christophe De Jaeger. Ils peuvent apporter un regard critique ou poétique sur les nouvelles technologies, notamment celles en cours de développement." Au sein de "Generation Z", "ils aident aussi les jeunes à porter un regard différent et plus réflexif sur la société, peut-être plus humain. Et eux-mêmes apportent leur propre réflexion, un regard différent de celui des adultes". Dernier voeu du responsable de Bozar Lab : "En exposant les projets réalisés au sein du Lab, nous espérons aussi donner à ces jeunes une autre vision d'eux-mêmes, les rendre fiers de leur travail et leur montrer que les portes d'institutions comme Bozar leur sont aussi ouvertes."

© Alain Lorf�vre

Les 4 projets 2017 de Generation Z

1. Feux de vélos

Afin de renforcer la sécurité des cyclistes, pourquoi ne pas les équiper avec des phares de signalisation comme les voitures : clignotants et phare d'arrêt. Deux équipements sont imaginés : un casque avec feux intégrés pour les enfants et un boîtier fixable pour les adultes.

© Bozar Lab / Gluon

2. La poubelle intelligente

Pour encourager à plus de propreté dans les rues, cette poubelle joue de la musique quand on y jette ses détritus. Une jauge lumineuse indique la quantité de déchets qui s'y trouve. La poubelle pourrait envoyer un signal au département compétent quand son niveau maximum est atteint. Les adolescents ont aussi imaginé un système d'incitation, par exemple par un système de crédit de data wifi que l'on reçoit chaque fois que l'on jette quelque chose dans la poubelle.

© Bozar Lab / Gluon

3. Le feu rouge dynamique

Un système de senseur pourrait permettre d'identifier le nombre de piétons en attente de traverser à un carrefour, éventuellement à croiser avec le volume de trafic automobile. La signalisation serait dynamique et la circulation des uns et des autres plus fluide.

4. Le "treemometer" ou arbromètre

Un arbre artificiel dont la couleur change en fonction de l'humidité, de la température et de la qualité de l'air à domicile - voire dans les rues.

© Bozar Lab / Gluon

Les prototypes de Generation Z seront exposés à Bozar du 19 novembre au 3 décembre.

www.bozar.be/fr/homepages/129187-lab

http://gluon.be/fr/