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PhiTech propose aux agriculteurs de les accompagner dans la mise en place de cultures énergétiques à l'échelle locale. 

Reportage

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Comment mieux valoriser certaines cultures énergétiques ? Comment permettre aux agriculteurs de gagner décemment leur vie, tout en ayant une démarche respectueuse de l'environnement ? L'équation n'est pas simple à résoudre, mais PhiTech a choisi de s'y attaquer.

Créée par deux agronomes, Olivier Poncin, Julien Oversteyns, et un économiste, Arnaud Brohé, cette petite entreprise wallonne s'est donnée pour objectif d'orienter et conseiller les agriculteurs dans le choix de cultures énergétiques les plus adaptées à leurs besoins (le saule et le miscanthus, essentiellement) , mais aussi d'encadrer des projets d'installation de chaudières biomasse. Elle propose ainsi un service de plantation et de récolte, avec les machines adaptées.

Cette idée de faire la promotion des taillis à très courte rotation de saules a germé dans la tête des deux agronomes il y a trois ans. «Nous avons toujours voulu lancer des projets en rapport avec la terre, la biodiversité. Nous avons examiné les projets belges de biomasse d'il y a 20 ans. Beaucoup ont échoué et nous avons cherché à savoir pourquoi», explique Olivier Poncin.

Pour ne pas répéter ces erreurs, ils se sont donc tournés vers les pays voisins. Direction la France, l'Allemagne et le Danemark où la biomasse est bien mieux implantée, afin de s'inspirer de leurs bonnes pratiques. Le duo d'agronomes en est revenu avec des idées plus précises sur la meilleure façon de procéder.

Une production rapide et durable

Les activités de PhiTech ont débuté l'an dernier. Des pousses de quatre variétés de saule (celles principalement utilisées pour la biomasse) ont été plantées sur deux parcelles témoins, dont une de 20 ares à Temploux. «Les parcelles sont notre showroom. Elles servent à montrer à nos clients que le saule peut produire une quantité importante et rentable de biomasse. Les variétés sélectionnées sont notamment résistantes aux ravageurs. Les plants ont un mois et mesurent 20 centimètres. Mais, dès cet hiver, ils auront atteint entre 1m50 et 1m70. Un an plus tard, ils feront de 2 à 2m50 et si vous revenez dans deux ou trois ans, ce sera une forêt de 6 mètres de haut», explique Olivier Poncin. Aucun fertilisant ni pesticide n'a été et ne sera répandu sur les plantations.

La récolte se fait tous les deux ans. «La première coupe sera la moins bonne récolte de toutes mais, une fois que la culture a bien démarré, le régime de production est intensif. Une parcelle peut être exploitée pendant 20 ans, puis réutilisée en repartant de zéro», précise l'agronome. La suite : le bois de saule est transformé en copeaux qui serviront de combustible. «La biomasse, c'est de la chaleur durable. Pour produire avec du mazout de l'énergie équivalente à 1000 kw/h, on va émettre 264 kg de CO2. Avec la biomasse, les émissions sont de l'ordre de 20 à 40 kg. Un hectare de saule va permettre de produire l'équivalent de l'énergie fournie par de 5000 à 8000 litres de mazout», précise le cofondateur de PhiTech. Quant aux particules fines émises à la combustion : «les chaudières qui vont valoriser le saule chauffent, pendant 1 à 3 heures par jour, à très haute température, ce qui détruit l'immense majorité de ces particules», argumente-t-il.

PhiTech va plus loin dans son approche écologique et économique en adoptant un ancrage local. «Nous voulons vendre en circuit court, afin d'éviter le transport polluant par camion. Et sous-traiter l'installation des chaudières à des professionnels de la région.» Le saule présente aussi des propriétés environnementalement intéressantes : l'absorption des nitrates, la dynamisation de la biodiversité, la lutte contre l'érosion du sol et les coulées de boue.

La jeune entreprise ne vise pas les petits particuliers comme clientèle. «Plutôt des consommateurs de plus de 6000 litres de mazout par an comme dans un habitat groupé, des gens qui rénovent un château, possèdent un gros corps de ferme, un poulailler, des horticulteurs...», détaille Olivier Poncin. Une présentation de leur projet à été faite à des agriculteurs affiliés au syndicat FWA. «Les retours étaient très positifs, on nous a posé beaucoup de questions. Nous avons des contacts avec des agriculteurs dont un est prêt à se lancer dans la culture du saule.»

Pour l'instant, les fondateurs de PhiTech ne gagnent pas leur vie avec cette activité. «On fait ça par passion, parce qu'on a 30 ans et qu'on veut changer les choses. Nous nous donnons encore deux ans pour être rentable», conclut le jeune agronome.

Des subsides en guise de coup de pouce

La biomasse reste un moyen de chauffage encore très marginal en Belgique. Que faudrait-il faire, de la part des pouvoirs publics, pour l'encourager ? «Tout ce qui est nouveau fait peur donc, là où les pouvoirs publics pourraient faire levier, c'est via des subsides qui seraient octroyés aux premiers projets, histoire de montrer que cela fonctionne et faire effet boule de neige. Puis se retirer progressivement», déclare Olivier Poncin. «Des aides existent, de l'ordre de 16 à 30 % pour l'installation d'une chaudière. Des aides à la plantation également, mais elles sont très pointues. Il y a aussi des aides indirectes pour les agriculteurs, puisque les plantations de saules peuvent être reconnues comme surfaces d'intérêt écologique», ajoute-t-il.