Inspire Avec la plateforme "Füdo", les agriculteurs et les particuliers pourront vendre en ligne leurs légumes.


« Moi, je suis un gars de la campagne !, lâche Rémy Bouckaert. J'ai grandi en contact avec le monde agricole, en allant à la ferme, en conduisant le tracteur, en voyant d'où vient le lait. » On comprend mieux d'où vient la passion de ce jeune Mouscronnois de 23 ans pour l'agriculture.

Etudiant en dernière année de marketing à l'Ephec, Rémy a commencé à concrétiser un projet auquel il pense depuis un petit temps déjà. Celui-ci s'appelle « Füdo » (nom tiré d'un mot japonais reliant la nature à l'homme) : une plate-forme de vente et d'achat en ligne dont l'originalité est d'être spécifiquement dédiée aux surplus de potagers et de productions agricoles issues de fermes wallonnes et bruxelloises.

Les pieds sur terre, Rémy Bouckaert a « l'esprit logique » : « Je constatais à la fois une perte de lien entre le producteur et le consommateur, mais aussi l'absurdité du système agroalimentaire. Songez aux distances parcourues par les aliments alors qu'on les produit chez nous », explique-t-il. Créer du lien entre le producteur et le consommateur devient le « leitmotiv » de son projet, au même titre que les circuits courts. « Les agriculteurs ont un tas d'histoires à raconter... Nous voulons les mettre en valeur. De cette manière, les consommateurs savent comment les légumes qu'ils achètent ont été produits et d'où ils proviennent », avance-t-il.

L'origine est sans conteste une variable essentielle dans le modèle imaginé par Rémy Bouckaert. Füdo se revendique belgo-belge sur toute la ligne et fait sienne l’antienne « produire local, manger local ». Dans un tel système, nul besoin de multiplier les intermédiaires. Füdo fera le lien entre les produits et ceux qui les achètent, favorisant de ce fait les circuits courts. « Les agriculteurs s'inscrivent sur la plate-forme, pour 50 euros par mois. Leurs produits, dont ils fixent les prix, les volumes et le moyen de livraison, sont proposés aux consommateurs », explique Rémy Bouckaert.

Füdo majore le prix de 15%, financé par le consommateur pour rémunérer la plate-forme. Quant aux particuliers, ils peuvent y proposer, gratuitement, les surplus de leur potager. Dans ce cas, la plate-forme facture 30% supplémentaires à charge de l'acheteur. Dans un premier temps, pour des raisons logistiques, ce deuxième pan du projet ne sera appliqué qu'en Région bruxelloise. Ces produits sont ensuite livrés en vélo, par un sous-traitant de Füdo « n'utilisant que des salariés à la différence d'autres sociétés bien connues de livreurs ». « En même temps, ces livreurs reprennent les déchets organiques. Nous en faisons du compost qui sera livré aux agriculteurs ». Cela participe à la circularité d'un modèle « global » dans lequel le souci environnemental est central.

Des prix justes

En fixant les prix eux-mêmes, les agriculteurs redeviennent maître de leur production, à l'heure même où nombreux sont ceux qui connaissent de grandes difficultés à maintenir à flot leur exploitation. Rémy Bouckaert étaye cette observation par ce chiffre : « 63% des exploitations agricoles ont disparu en l’espace de moins de 30 ans en Belgique », s'inquiète-t-il. « Avec Füdo, les prix seront respectables tant pour le producteur que pour le consommateur, avec l'avantage de la qualité des produits». Celle-ci est favorisée par la volonté de Füdo de soulager autant que possible les agriculteurs des tâches administratives afin qu'ils « se concentrent sur leur 'core business': faire de la nourriture de qualité ».

« Les agriculteurs consultés en amont ont majoritairement adhéré à cette alternative », se réjouit Rémy Bouckaert, alors qu'un nombre important de consommateurs a déjà montré leur intérêt pour le projet. Pour être viable, il compte sur une trentaine de producteurs lors de l'année de lancement. « L'objectif n'est pas de devenir riche, mais d'être rentable », souligne le jeune entrepreneur.

Avec ce projet, Rémy Bouckaert estime « faire un pari sur l'avenir », misant sur le changement des mentalités et des comportements, mais aussi sur l'évolution de l'agriculture urbaine et péri-urbaine. « Presque un Bruxellois sur quatre cultive... il y a donc clairement un marché à exploiter », illustre-t-il. Le lancement de Füdo est planifié pour la fin du mois de juin, « juste à temps pour les beaux jours ».


Pour concrétiser leur projet, Rémy Bouckaert et Geoffrey Storm mènent une campagne de financement participatif. Les fonds ainsi levés leur permettront de développer un site Internet sur mesure.