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Trois jeunes Bruxellois(es) lancent une plate-forme d'économie collaborative pour mettre en relation des parents d'enfants handicapés et des aidants qui peuvent leur apporter un peu de répit en jouant occasionnellement les "handi-sitters".

C'est une demande souvent entendue chez les parents dont un enfant est atteint d'un handicap : pouvoir souffler. Souffler ou à tout moins bénéficier d'un soutien lors de certaines activités.

Une réalité à laquelle a souvent été confrontée Marine de Beaudignies. « C'est une thématique à laquelle je suis sensible parce que j'ai un cousin qui est dans cette situation et dont je suis très proche. Après mes études en communication, j'ai travaillé dans plusieurs centres d'accueil pour personnes handicapées et j'ai remarqué la charge qui pesait sur ces familles. D'autant que les places manquent dans ces centres et qu'il y a des listes d'attente de plusieurs années parfois », explique-t-elle.

Avec deux de ses amis proches, Solange et Quentin, le jeune femme travaille depuis de longs mois au moyen d'apporter une réponse à ce besoin de répit. Une solution qui se présente sous la forme d'une plate-forme en ligne baptisée HandyFriend.

Le principe de celle-ci est relativement simple, explique Marine. « C'est un service qui permet de mettre en relation des familles dont un membre est atteint d'un handicap ­ mental ou physique chez une personne mineure ou majeure - avec des aidants. Nous ciblons principalement des étudiants ou des diplômés dans le domaine social, médical ou paramédical, mais ce n'est pas exclusif. Nous sommes vraiment ouverts à toute personne qui a la motivation de participer à un projet social. Il ne faut pas obligatoirement une expérience dans le domaine du handicap, c'est la motivation qui compte.»

Créer un esprit de communauté

Si le rôle de HandyFriend est en quelque sorte d'être la passerelle permettant cette mise en relation, certaines balises encadreront néanmoins le choix des aidants, complète sa complice Solange de Theux. « Nous aurons une rencontre préalable avec eux afin de voir s'ils s'inscrivent bien dans la philosophie de cette communauté HandyFriend. Et ils devront également signer une charte des aidants qui comprend notamment un engagement de confidentialité vis-à-vis des personnes dont ils seront amenés à s'occuper.»

En pratique, les familles intéressées devront s'inscrire sur le site et remplir un document assez fouillé. Baptisé le « passeport », celui-ci permet de rassembler un maximum d'informations utiles (personne concernée, type de handicap, besoins spécifiques…) afin de pouvoir offrir le service le plus adapté aux attentes et de faciliter la suite des opérations. C'est la partie la plus fastidieuse et la plus administrative du processus, soulignent nos deux interlocutrices.

Une fois cette étape franchie, la famille peut envoyer sa demande de prestation qui sera réceptionnée par les administratrices de HandyFriend. « Sur base de cette demande, nous allons rédiger une fiche d'information que nous communiquerons à la communauté des aidants via un groupe fermé sur Facebook. Celle-ci reprendra des éléments comme le type de profil de la personne dont il faut s'occuper, la date et l'horaire souhaité, s'il s'agit d'un service récurrent, etc. Une fois que les aidants intéressés et disponibles se sont manifestés, on choisit celui qui nous semble le mieux convenir à la demande, puis nous lui communiquons de façon anonymisée le « passeport » rempli par le demandeur. Ce n'est qu'une fois que l'aidant nous a confirmé qu'il se sent en confiance et apte à rendre ce service que nous le présentons à la famille ». Dans tous les cas, les deux parties conservent la possibilité de refuser la prestation si d'aventure le courant ne passe pas. « De notre côté, nous leur ferons un feed-back après coup, afin d'évaluer comment les choses se sont passées et de voir comment adapter les services offerts », ajoute Solange de Theux.

Sous le signe de l'économie collaborative

Le tarif n'est pas encore totalement défini, mais il devrait tourner aux alentours de celui demandé pour du baby-sitting. « Nous visons un prix viable pour tout le monde et nous fonctionnerons sous le régime de l'économie collaborative », soulignent les deux fondatrices. « De cette manière, l'aidant peut conserver son statut, qu'il soit étudiant ou chercheur d'emploi, à condition de ne pas gagner plus de 5100 euros bruts par an. Dix pour cent des montants gagnés en effectuant ces prestations iront aux impôts ; 10 à 15 % reviendront à HandyFriend et le reste à l'aidant. Il ne faut pas que cela devienne un job en tant que tel, mais qu'ils s'engagent dans la communauté avec une implication personnelle. Et cette formule a l'avantage de ne pas être trop contraignante. »

Une liberté qui est également laissée quant au choix des services rendus : pour une soirée, un week-end entier, le temps d'un accompagnement en vacances, une heure chaque jour… « Nous ne mettons pas de freins. Les filtres se feront d'eux-mêmes si une demande ne rencontre aucune disponibilité », concluent Marine et Solange en se réjouissant de l'accueil enthousiaste reçu du côté des associations et des familles à qui elle ont soumis leur projet. Celui-ci devrait démarrer en mars.