Inspire Acheter les notes d'une partition inédite pour permettre l'intégration de migrants par la musique, c'est le projet que lance un journaliste belge avec "Imagine Home".

Pour l'instant, la composition réalisée par des réfugiés en Belgique et des musiciens irakiens est faite de sons épars. Certaines notes sont blanches et audibles. D'autres à demi effacées et en sourdine. Toutes dansent sur les portées, prête à se faire entendre... pour autant qu'on y mette le prix !

Rudi Vranckx, journaliste belge spécialiste du Moyen-Orient, croit fermement en le pouvoir de la musique. Il en a fait le constat à Mossoul, d'abord. La ville irakienne est alors depuis deux ans sous occupation du groupe Etat islamique. Celui-ci proscrit la musique, qu'il considère comme "diabolique", explique Nabeel Atraqchi. Tout ceux qui se risque à en jouer "courent une peine de 40 coups de fouet, voire la peine de mort", raconte le directeur d'une école locale de musique détruite par l'EI.

En reportage à Mossoul lors de sa libération, en octobre 2016, Rudi Vranckx constate les dégats : "L'école était couverte d'impacts de balles. Les instruments étaient détruits, les cordes avaient été utilisées pour la fabrication d'engins explosifs." Seule une guitare avait survécu. Et celle-ci illustre tout l'espoir qui animait encore les victimes de l'EI. "Nabeel m'a joué 'Imagine' de Johne Lennon", se souvient-il. C'est ce morceau, "si puissant dans un tel contexte", qui donnera son nom au projet lancé par le reporter à son retour en Belgique : "Imagine Mossoul", une collecte d'instruments qui parviendront sur les rives du Tigres par le biais de l'armée belge. "Ca a été un succès incroyable, les Belges donnant des instruments qui avaient de la valeur à leurs yeux, qui avaient appartenu à leurs grands parents pendant la guerre", faisant de ces instruments des passeurs d'histoires.

De Mossoul à Bruxelles

La composition réalisée raconte l'histoire de Nabeel et le parcours migratoire des réfugiés. A l'image de ce périple musical, le projet a lui aussi voyagé.

Parce qu'il considère que la musique est "porteuse d'espoir" et est la seule véritable "langue universelle", le journaliste ne s'est pas arrêté aux frontières irakiennes. Avec "Imagine Home", il lui donne une dimension sociale : celle de participer à l'intégration des réfugiés, notamment irakiens, en Belgique. "La musique leur a été volée par la guerre. Nous voulons la ramener dans leur vie alors qu'ils essaient de la reconstruire ici", explique Rudi Vranckx. Les notes achetées financeront ainsi cours et instruments dans des écoles de musique belges (l'entièreté des bénéfices étant gérée par "The sound of home").

"C'est une goute dans l'océan... mais c'est une goute contre la polarisation et la haine. La musique ne distingue ni les couleurs de peaux ni les visages. Ce sont des mains pour jouer, des bouches pour chanter", ponctue Rudi Vranckx.


Pour en savoir plus sur "Imagine Home" : https://imaginehome.canvas.be/en