Inspire

Ancien « business analyst », Martin Ophoven a changé de vie. Dans une société de plus en plus déboussolée et déboussolante, il nous invite à laisser la place à l'imprévu pour - paradoxalement - mieux reprendre le contrôle de nos existences. "Notre devoir est d'obéir à notre nature, d'honorer nos rêves et de contribuer à ceux des autres."

Rencontre

Comment le définir ? Un peu écrivain, un peu acteur, un peu consultant… « Je me considère plutôt comme un chercheur, un facilitateur », préfère-t-il.

Alors commençons plutôt par ce qu'il n'est plus : un « business analyst », comme on dit dans le jargon des entreprises. « Je n'ai jamais vraiment compris ce que cela signifiait », sourit Martin Ophoven.

Agé d'une quarantaine d'années, ce diplômé en sciences économiques appliquées a travaillé pendant plusieurs années dans l'industrie, pour une grande entreprise verrière notamment, mais aussi dans la communication. Un parcours classique somme toute, qui l'a progressivement amené, comme beaucoup, à s'interroger sur le sens de ce qu'il faisait. «Tu es bien payé et tu ne te poses pas trop de questions. Puis à un moment donné, des attentes plus essentielles te poussent à te remettre en question », résume-t-il.

Pour Martin, ce changement se fera par petites touches au début, par une série de petites évolutions en interne chez son employeur.

Mais c'est la découverte de la satisfaction que lui apporte l'improvisation théâtrale – qu'il pratique d'abord comme un simple hobby – qui va véritablement marquer un tournant. « Je travaillais dans une entreprise de communication qui défendait certains critères éthiques et petit à petit, alors que l'improvisation prenait toujours plus de place dans ma vie, je me suis dit que la communication, c'est surtout être avec les gens et se montrer créatif. En trouvant l'équilibre entre mon plaisir et les valeurs que je porte – l'écologie et les questions de résilience, entre autres -, j'ai fini par en faire un métier.»

Accepter l'imprévu

Aujourd'hui, Martin Ophoven œuvre donc comme « facilitateur » en s'appuyant sur les outils de l'improvisation. Il organise des animations au sein d'entreprises, d'associations ou encore de contrats de quartier pour favoriser la réflexion collective et aider les participants à faire émerger des solutions en commun.

« On perçoit dans la société une prise de conscience que quelque chose est en train de basculer et que changer les choses est possible. Mais dans plein de cas, on s'interdit encore d'essayer. Nous sommes dans une société du 'oui, mais...' qui est en fait une sorte de 'non' masqué. L'improvisateur est là pour apprendre à dire 'oui' sans forcément savoir où cela va nous mener, mais avec la conviction que cela va nous amener à un autre point que ce qui semblait prévu. Et qui est souvent mieux. L'improvisation permet de révéler les blocages et les frustrations. Elle aide à décoincer les choses en montrant que l'on peut fonctionner ensemble.»

Le plaisir, moteur de changement

Un travail d'autant plus utile que de nombreuses structures restent régies par un système hiérarchique qui est « par nature hermétique à l'innovation », observe-t-il. « En disant qu'improviser ne mène nulle part, on se ferme beaucoup de possibilités. »

Aider à retrouver confiance en soi et dans les autres, faire rejaillir la notion de plaisir -­ « un curseur qui est un petit peu refoulé chez les écolos » - et montrer que le changement n'est pas forcément douloureux font aussi partie des clefs de cette dynamique.

Mais s'il n'y a pas d'obligation de résultats, l'improvisation, nécessite que l'on se donne un cadre, insiste Martin. Improviser, c'est s'autoriser à passer à l'action avec les moyens et les compétences dont on dispose et à s'adapter pour arriver à quelque chose. C'est un apprentissage où l'on ne cherche pas la perfection à tout prix.

Une réflexion qu'il a choisi de coucher sur papier et de diffuser dans un livre édité à compte d'auteur. Parfois déroutant, « Improviser va sauver l'humanité » n'est pas un mode d'emploi, mais plutôt un carnet de bord racontant son cheminement personnel. Un plaidoyer invitant à laisser une petite place à l'imprévu, à suivre l'intuitif plutôt que le rationnel.
On y croise « Mr Sabotage », incarnation de ces petites et grosses angoisses qui nous poussent à l'immobilisme et un appel au lâcher prise pour repousser nos limites dans une société où l'on a atteint « des degrés d'étouffement aberrants ».

Contact :

http://www.martinophoven.pro/

"Improviser va sauver l'humanité" - 18€ aux éditions "Les soupes aux lettres"