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Chaque année, l’ONG Global Footprint Network détermine le jour du dépassement « Earth Overshoot Day », c’est-à-dire la date à laquelle la consommation des ressources naturelles par les êtres humains dépasse ce que la Terre peut produire en une année.

Le calcul tombe cette année le 1er août. Ce qui implique que ce mercredi, « nous aurons utilisé plus d’arbres, d’eau, de sols fertiles et de poissons que ce que la Terre peut nous fournir en un an pour nous alimenter, nous loger et nous déplacer et émis plus de carbone que les océans et les forêts peuvent absorber”, explique Valérie Gramond du WWF, partenaire du Global Footprint Network. “Il nous faudrait aujourd’hui l’équivalent de 1,7 Terre pour subvenir à nos besoins », poursuit le WWF Belgique dans un communiqué. L’Humanité vivra désormais à crédit pendant cinq mois. Mais cette évolution n'est pas une fatalité.


Comment donner un peu de répit à la terre ?

En dépit de ce bilan alarmant et du mur au pied duquel se trouve l'Humanité, « des solutions existent pour inverser la tendance », souligne le WWF. Mettant l'accent sur le volontarisme tant les « ressources des hommes sont infinies, contrairement à celles de la planète », l'ONG a identifié quatre domaines clés qui définissent la tendance à long terme. Tous « sont déterminés par nos choix individuels et collectifs », souligne le réseau.

1. Aménager nos villes durablement

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« La lutte globale pour la durabilité sera gagnée ou perdue dans les villes », prédit le Global Footprint Network. Et pour cause : il estime qu'entre 70 % et 80 % de la population mondiale vivra en milieu urbain d'ici 2050. Il est dès lors primordial de revoir la façon dont sont pensées les villes. Le Global Footprint Network appelle à la construction de « villes intelligentes », veillant à ce que leurs demandes en termes d'énergie n'excèdent pas les ressources disponibles.

Elles devraient pour cela être « intégrées, compactes et durables », avance le Global Footprint Network. Parmi la liste non-exhaustive des mesures suggérées par le WWF Belgique, sa porte-parole Cynthia Bashizi cite « l'aménagement de rues végétalisées :qui est un projet à réaliser en étroite collaboration avec les citoyens, ou encore la promotion d’une agriculture urbaine de proximité. Au-delà des potagers communautaires, des vergers, il faudrait développer davantage de fermes urbaines pédagogiques ou de fermes mobiles pour sensibiliser à l’importance d’une agriculture respectueuse de l’environnement.»

Et que soit développée dans nos villes « une infrastructure qui facilite une mobilité durable », ajoute Sofie Luyten, directrice Affaires publiques au WWF-Belgique. Offrir un réseau de transports en commun permettant de réduire drastiquement les déplacements motorisés individuels est une absolue nécessité : ces déplacements valent en effet pour 14 % de l'empreinte carbone. Le Global Footprint Network estime que « si l'on réduit nos déplacements en voiture de 50 % et que l'on veille à ce qu'un tiers de ceux-ci soient remplacés par des transports publics et le reste par le vélo ou la marche, nous reculerons le jour de dépassement de 12 jours ».


2. Modifier les sources d'énergie

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Les émissions de gaz à effet de serre constituent la plus grande part - 60 % actuellement - de notre empreinte écologique. La décarbonisation de nos sociétés est dès lors une priorité. « C'est non seulement notre meilleure chance de combattre le réchauffement climatique, mais cela améliorerait aussi largement l'équilibre entre l'empreinte écologique et le renouvellement des ressources naturelles de la planète », analyse le Global Footprint Network. Il y a 150 ans, cette empreinte carbone était, dit-il, proche de zéro. Il faudrait redescendre à ce seuil avant 2050 si l'on veut répondre aux engagements pris à Paris en 2015.

Pour y parvenir, il faudrait « développer, privilégier et investir massivement dans les énergies renouvelables, rendant nos bâtiments neutres en CO2 ; et que l'on élimine progressivement les combustibles fossiles », explique Sofie Luyten.

Les bénéfices sur les plans environnementaux et financiers seraient immédiatement perceptibles, avance encore le Global Footprint Network. Il prévoit qu'en diminuant de moitié la composante carbone de l'empreinte écologique humaine, le jour de dépassement serait reporté de 93 jours, soit plus de trois mois. En d'autres termes, plutôt que d'avoir besoin de l’équivalent de 1,7 fois la Terre, nous nous satisferions de 1,2 fois la Planète bleue.


3. Changer de régime alimentaire et lutter contre le gaspillage

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La demande en nourriture compte pour 26 % de l'empreinte écologique mondiale. Une tendance qui s'est accélérée «à cause de la surconsommation et du gaspillage », explique Valérie Gramond de WWF France à nos confrères du Courrier International. On estime qu'un tiers de la nourriture produite pour la consommation humaine – 1,3 milliard de tonnes chaque année- est perdue ou jetée. Cela équivaut à 9 % de notre empreinte écologique. Favoriser une consommation responsable, locale, les circuits courts, mais aussi passer à « une économie circulaire basée sur le recyclage et la réutilisation et diminuer les emballages » permet de réduire cet impact, appuie Sofie Luyten. Le Global Footprint Network a fait les comptes : « En réduisant de 50 % le gaspillage alimentaire, la date du dépassement peut être repoussée de 11 jours ».

« Il est également important d'encourager l'industrie et les consommateurs à opter pour plus de produits végétaux », avance encore Sofie Luyten. En effet, la surconsommation de viande est néfaste pour l'environnement. Au contraire, « si l'on réduit notre consommation de viande de moitié et qu'on remplace ces protéines par un régime végétarien, on retarde le jour de dépassement de cinq jours », a calculé le Global Footprint Network. « Il est important de faire en sorte que la population comprenne le lien qui existe entre la consommation locale et l'impact global sur l'environnement », insiste le Global Footprint Network. « Bien que le consommateur soit le dernier maillon de la chaîne alimentaire, il peut participer à travers un changement de comportement, à la protection de l’environnement », renchérit Cynthia Bashizi, porte-parole du WWF-Belgique.

Par ailleurs, « l’arrêt de la déforestation pour la conversion en terres agricoles présente un potentiel important avec 17,2 jours », ajoute le WWF Belgique.


4. Limiter l'expansion démographique

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« Plus nombreux nous sommes, moins de planète il y a pour chacun ». Ce constat dressé par le Global Footprint Network ne souffre aucune contestation. Dès lors, il estime que si « une famille sur deux avait un enfant en moins, la date du dépassement serait repoussée de 30 jours en 2050 ».

Mais ce n'est pas seulement l'expansion démographique que pointe l'organisation. Selon elle, l'éducation et l'autonomisation des femmes conduisent à des familles plus petites et dont les membres sont en meilleure santé. « C'est essentiel pour la durabilité : au plus les femmes sont respectées comme des partenaires égales dans le foyer familial, au travail et au sein de leur communauté, meilleurs sont les résultats pour les familles d'un point de vue social ». Investir dans l'autonomisation des femmes constitue de ce fait « le meilleur investissement pour le bien-être de la prochaine génération ».

Avec une note d'espoir, le Global Footprint Network insiste sur le fait que « le passé ne détermine pas nécessairement le futur. Nos choix actuels, bien. Grâce à des décisions judicieuses et tournées vers l'avenir, nous pouvons inverser la tendance : diminuer la consommation des ressources naturelles tout en améliorant la qualité de vie de tous », ponctue le réseau. « La transformation vers un monde durable et neutre en carbone réussira si nous appliquons les plus grandes forces de l'Humanité: la prévoyance, l'innovation et l'attention mutuelle. Cette transformation est non seulement technologiquement possible, elle est également économiquement bénéfique et constitue notre meilleure chance pour un avenir prospère. »