Inspire

"Bras dessus Bras dessous" et le centre de jour pour personnes âgées "Miro" ont uni leurs forces. A Forest, "La Caravane" s'installe au carrefour des chemins et des générations.

La porte de la voiture s’ouvre. "C’est Janine !" se réjouissent Céline et Aurélie. Janine, dame d'un certain âge, s’extirpe avec hésitation du siège passager, aidée par Julie et Concetta. Elles, sont plus jeunes. Toutes les trois se connaissent bien : les secondes visitent Janine régulièrement, dans le cadre des échanges intergénérationnels suscités par le projet "Bras dessus Bras dessous" (BdBd). Ce vendredi du mois d’août, le trio a décidé de venir faire un tour à la Caravane de Miro. Les trois femmes s’assoient autour d’une des tables colorées et discutent avec complicité. Rapidement, d’autres habitants les rejoignent.

Ambulante et sédentaire

Installée pendant cinq jour sur une place de la commune bruxelloise de Forest, la caravane verte attire l’attention des habitants du quartier. Françoise, notamment, se demande depuis quelques jours ce qui s’y trame. "Dans un premier temps, je n’avais pas vu les affiches. Je viens justement de m’inscrire chez Bras dessus bras dessous comme visiteuse", explique la jeune femme. A quelques tables d’elle, un groupe de personnages âgées habituées à fréquenter le centre de jour "Miro" se livrent avec quelques jeunes une intense bataille de "Rummikub". Cécile mène la danse. En face d’elle, Salvatore en prend pour son grade ! "Cécile, c’est la meneuse de la bande", s’amuse l’une des accompagnatrices du centre de jour. "Je vis ici depuis 80 ans et je fais la brocante tous les ans", dit la plus âgée pour justifier sa popularité.

Louise les regarde, intéressée. Elle vient tous les jours depuis que la caravane s’est installée à deux pas de chez elle. "C’est d'ailleurs là que nous allons chercher l’eau pour le thé et le café, explique Aurélie Grimard. On lui demande la permission d’entrer, elle est maître des clés… et ça lui plaît, d’être dans un rôle d’acteur et de se rendre compte qu'elle a encore des choses à offrir", se réjouit la coordinatrice de projet chez BdBd. "Se sentir utile, cela la valorise aussi", analyse Françoise, cachée derrière de grandes lunettes rondes à travers desquelles elle "aime observer".

Le jour précédent, des habitants du quartier rencontrés à la Caravane avaient donné un coup de main à Louise pour tailler ses haies. Le courant, c'est l'épicerie d'à côté qui le fournit gratuitement. "En voyant le monde qui va et vient et l'implication de chacun, on peut faire le constat que les gens sont en demande de ces liens qui tendent à disparaitre", poursuit Françoise après avoir été chercher dardar quelques chaises pour satisfaire le nombre croissant d'habitants venus sur la place.

"Moi, j'adore babeler"

C’est justement à cela que sert cette caravane. « Sa présence renforce la cohésion sociale dans les quartiers », remarque Céline Rémy, fondatrice de Bras dessus Bras dessous. Ici comme au Parc Marconi, où la caravane a fait des petits. Anouk, membre de l'association comme « électron-libre », a continué à s’installer sur un banc, invitant les passants à s’asseoir à côté d’elle. « Moi, j’adore babeler », s’enthousiasme la dame, tantôt visitée tantôt visiteuse.

En créant un lieu propice à la rencontre, Miro et BdBd « poursuivent la sensibilisation à l'isolement des aînés", explique Céline Rémy. Autour d’un café, un thé et quelques biscuits, les générations se mélangent, se parlent et apprennent à se connaître. "Notre présence crée une certaine dynamique dans le quartier, poursuit-elle. Parfois, la démarche prend du temps. Certains scrutent, hésitent, puis viennent et s'installent... souvent plus longtemps que prévu ! D'autres arrivent avec des tartes faites maison à partager. D’autres encore amènent des amis ». C’est le cas de Godelive. "Voici Lisette. C’est la dame speedée dont je vous ai parlé", dit-elle avec humour. Dans leur quartier, regrette-t-elle, les rues se vident et les liens s'étiolent.

Après de chaleureuses présentations, les deux aînées s'installent alors que le groupe s'étoffe et se rassemble autour d'un accordéoniste venu ponctuer la semaine. Des enfants, leurs parents et les aînés chantonnent en choeur. "Je ne me souviens plus bien des paroles, mais ça va revenir!", murmure l'une à sa voisine, qui n'en fait pas grand cas. Elle aussi, doute un peu. "On aurait dû faire des carnets avec les paroles", avance-t-elle. "Toi tu ne connais pas, tu es trop jeune", nous glisse une autre.

Impliquer les bénévoles

"Nous voulions nous adresser à un public plus jeune ou touché par la fracture numérique, et ainsi élargir notre cercle de voisins", explique Aurélie Grimard. C'est aussi l'occasion pour les professionnels travaillant dans le quartier de passer se présenter et parler de leur projet. "Les personnes âgées ne sont pas toujours au courant de ce qui existe pour les aider", commente à cet égard Céline Rémy.

"Cette caravane est enfin un moyen de rapprocher tous les bénévoles de BdBd", se réjouit Aurélie Grimard. Aujourd’hui, l’association compte environ 150 voisins (visiteurs et visités) et entend grandir pour répondre à la demande, tout en continuant à "faire de la dentelle", ces relations "précieuses" et minutieusement tissées entre les générations.


La Caravane de Miro s'installera avenue du Domaine, du 10 au14 septembre et sur la Place Saint Denis du 24 au 28 septembre.

Bras dessus Bras dessous ouvrira une nouvelle antenne à Uccle dès le mois de septembre. Pour plus d'informations : https://www.brasdessusbrasdessous.be/