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Un groupe d'entrepreneurs bruxellois a créé un nouvel instrument de financement participatif pour soutenir les projets d'économie circulaire et collaborative.

Transformer l'économie pour la rendre moins destructrice et en tirer des bénéfices (économiques, sociaux et environnementaux)­ qui profitent à la société dans son ensemble. Les initiatives qui embrassent cette nouvelle manière d'entreprendre se multiplient mais se heurtent souvent aux mêmes obstacles. Pour ceux qui les portent, il n'est pas simple en effet d'accéder aux financements qui permettraient de concrétiser ces idées nouvelles et de les rendre pérennes.

Partant de constat, sept entrepreneurs bruxellois(1) ont décidé de mettre sur pied un nouvel outil de financement complémentaire, que l'on pourrait situer quelque part entre ce que fait une banque comme Triodos et une plate-forme de crowdfunding comme LITA.

Baptisée Citizenfund, cette « coopérative citoyenne d'investissement » se veut en quelque sorte une « coopérative des coopératives », expliquent Thibaut Martens et Alain Boribon, deux de ses cofondateurs. « L'objectif est de collecter auprès de personnes physiques ou morales des montants allant de 250 à 5000 euros et d'utiliser cet argent pour investir sous forme de prêt ou en capital dans des entreprises qui ont des projets de transition, c'est-à-dire dans le domaine de l'économie circulaire, de l'économie de la fonctionnalité (la vente de l'usage d'un produit plutôt que du produit lui-même) ou de l'économie collaborative dans le vrai sens du terme», explique Thibaut Martens. Des projets, idéalement réplicables, qui devront démontrer leur capacité à être « au minimum autoportants financièrement, ambitieux et avec un impact sociétal ».

Une mise à disposition de son épargne

Il ne s'agit pas d'un investissement spéculatif, insiste-t-il, mais plutôt « d'une mise à disposition de son épargne ». « Nous le présentons ainsi car il n'y a pas de rendement financier garanti comme une coopérative énergétique peut en proposer, par exemple.» Mais à l'inverse de celle-ci, l'argent confié au Citizenfund sera utilisé de manière beaucoup plus diversifiée, ce qui permet de diminuer les risques encourus. « Dans le Citizenfund, les coopérateurs n'investissent pas dans un projet à proprement parler mais d’abord dans une vision qui se traduira en projets », résument nos deux interlocuteurs.

Forts de leur propre expérience dans l'accompagnement des PME, tous deux ont vu passer de nombreux acteurs porteurs de cette dynamique de transition. « Malheureusement, on en a vu bon nombre qui n'ont jamais pu concrétiser leur projet faute de financement, ou pire qui l'ont commencé puis qui ont dû abandonner leurs idéaux » car ils sont inévitablement rattrapés par les exigences de « return financier » qu'ont les « investisseurs capitalistes traditionnels ».

De leur côté, les fondateurs du Citizenfund sont convaincus qu'il est possible de penser le développement économique sur d'autres bases. « Nous pensons qu'il y a moyen de bien gagner de l'argent en répondant à des défis environnementaux et sociétaux, tout simplement.» Tout en visant une répartition plus équitable de la valeur produite. « Tout le monde gagne même si l'on gagne peut-être un peu moins que si l'on était en train de tuer l'autre pour gagner toujours plus », argumente Thibaut Mertens.

La volonté est de créer un véritable maillage entre ces acteurs et de « contaminer » avec cette philosophie ceux qui ne le sont pas encore, enchaîne Alain Boribon. D'amener ces entrepreneurs qui sont « dans le même état d'esprit à mieux se connaître et à travailler ensemble». « Le Graal, par exemple, serait d'avoir un concurrent de Deliveroo avec des livreurs à vélo et des restaurateurs qui sont coopérateurs d'une structure où la tension salariale ne serait pas supérieure à six et où la valeur créée est équitablement répartie », illustre-t-il.

Soutenir des projets qui tiennent la route

Avant de se lancer, les promoteurs du Citizenfund ont procédé à un large tour des acteurs du monde coopératif et au-delà. Des échanges qui ont renforcé leurs convictions que leur projet faisait sens. L'ambition affichée est de collecter 1,5 million d'euros par an, qui serviront à soutenir un éventail de projets tant à Bruxelles qu'en Wallonie, en trouvant un équilibre dans le rendement global potentiel de ceux-ci. « Et en fin d'année, les coopérateurs décideront ensemble en assemblée générale, quels dividendes ils choisissent de redistribuer sur base des bénéfices dégagés.»

Le processus de sélection reposera sur des critères rigoureux. «Transparence et absence de conflit d'intérêts » en seront les valeurs cardinales. Outre un représentant de l'équipe de fondateurs, il fera appel à deux experts dont l'avis sera prépondérant et à deux coopérateurs élus par leurs pairs. Dans tous les cas, c'est l'ensemble des coopérateurs qui seront appelés à donner leur feu vert ou non au projet proposé. Il leur reviendra également de désigner dans leurs rangs un observateur chargé de s'assurer que le projet soutenu reste bien dans les lignes qui ont été tracées.

« Le but des fondateurs n'est pas de gagner de l'argent avec ce projet», soulignent encore nos deux interlocuteurs, précisant qu'une contribution unique de 10€ par part prélevée à la souscription permettra simplement de couvrir les frais de gestion de la structure . « Ce qui nous motive fondamentalement, c'est de contribuer à faire bouger les choses de façon positive et d'encourager les gens qui se sentent concernés à passer à l'action.»

(1) Thibaut Martens et Alain Boribon de Subsiconseils-Boostreia (une structure privée qui accompagne les PME sur les aspects financement, gestion du personnel et développement commercial) ; Bastien Van Wylick, Alexandre Philippe et Anthony Naralingom de l'ASBL Sharify (active dans l’économie circulaire et collaborative) Axel Kuborn et Alexandre Ponchon, fondateurs et gérants des espaces de co-working et d’open innovation Silversquare.