Inspire

La Journée Emergences 2017 a eu lieu samedi à Bruxelles, sur la thématique du temps.

Une journée inspirante et salutaire, pour se ressourcer et partager, loin de nos quotidiens trop pressés.


Depuis 2009, les Journées Emergences rassemblent une fois par an des scientifiques, philosophes, psychologues ou journalistes pour partager des connaissances autour d'un thème. De ces journées qui rassemblent désormais près de 2000 personnes, chacun ressort ressourcé et inspiré. L'association Emergences, basée à Bruxelles, a été fondée par Ilios Kotsou et Caroline Lesire, sous le parrainage bienveillant du moine bouddhiste Matthieu Ricard et du psychiatre Christophe André, avec le beau projet de « se changer, changer le monde ». Ils organisent régulièrement des cycles de méditation pleine conscience, des rencontres et conférences dont les bénéfices sont reversés à des projets solidaires qu'ils soutiennent.

Après la transmission, le thème de la Journée du 14 octobre était le temps, les cycles, les rythmes, les passages. Comment se libérer de ce temps après lequel on court sans cesse ? Parfois il est trop bref, parfois il semble s'étirer sans fin, l'injonction de gestion du temps est omniprésente dans notre société. Comment vivre au présent et profiter de l'instant ? Florence Aubenas, journaliste, David Le Breton, sociologue et anthrologue, José Le Roy, philosophe, Christophe Fauré, psychiatre et pshychothérapeuthe, Marc Lachièze Rey, physicien, Eric Jullien, géographe et Matthieu Ricard ont répondu à ces questions en fonction de leurs spécialités en ouvrant un éventail de solutions. Entre chaque intervention, des exercices de méditation et des « respirations musicales » du violoncelliste Jean-Paul Dessy étaient proposées, le temps d'assimiler les précieuses idées partagées par ces brillants intervenants. « La précipitation ne sert à rien, expliquait Matthieu Ricard. Les moments les plus heureux sont ceux où l'on profite de l'instant présent, sans distraction. »

Résister au temps qui nous échappe

Parmi eux, David Le Breton, sociologue et enseignant à l'université de Strasbourg, auteur d'une trentaine d'ouvrages sur le silence, le corps ou la lenteur, a fait un éloge de la marche, une pratique en plein essor dans la veine du « Slow » qui invite à ralentir le rythme. La marche, dit-il, est « une échappée belle », une « forme de résistance au temps qui s'accélère et nous échappe ». Marcher à pas d'homme, « c'est retourner à notre condition humaine, celle d'un être bipède, avoir les pieds sur terre, au sens moral et physique ». Pour le sociologue, auteur de « Marcher. Eloge des chemins et de la lenteur » (Métailié), avancer pas à pas permet de jouir pleinement de son existence et de disparaître pour un temps d'un monde pressé et oppressant qui nous traque via nos téléphones portables, nous vole notre temps, afin « d'échapper à la tyrannie de la communication et de la nécessité d'être toujours disponible, sur le qui-vive ». Pas à pas, au rythme de son souffle, dans la forêt, en montagne, à travers champs ou au bord d'un lac, il s'agit de se retrouver soi-même, de s'alléger de ses soucis et converser avec les compagnons qui cheminent à nos côtés sans écran intermédiaire, pour se « confronter à la beauté du monde ».

Quand chacune de nos actions quotidiennes a une visée utilitariste, « marcher ne sert à rien » explique David Le Breton. Cette échappée belle de quelques heures ou plusieurs jours est un retour à la simplicité, sans logique de rendement, une reconnexion avec le moment présent quand on a parfois l'impression que l'on passe à côté de sa vie ou que le temps nous file entre les doigts.

Loin des « villes de plus en plus aseptisées où il n'y a rien à toucher ni à sentir et où il faut veiller au trafic, tous les sens sont en action quand on marche. Sentir l'odeur du bois, cueillir un champignon, ramasser une pierre, regarder la nature qui nous entoure, sentir l'odeur de la terre, des arbres et des fleurs, on peut saisir le monde avec tous nos sens. »

Marcher, c'est aussi « s'insurger contre l'humanité assise », ajoute le sociologue, se réveiller pour s'asseoir dans sa voiture, s'installer devant l'écran de son ordinateur, s'asseoir de nouveau dans sa voiture pour finalement s'asseoir devant la télévision...

Marcher, c'est enfin et surtout un refuge intérieur, « une disparition de soi », du rôle que chacun doit jouer, « on est anonyme sur les sentiers. » Et de citer Jean Grenier : « Certains paysages portent un don de renaissance. »

Infos : www.emergences.org