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A travers différents rendez-vous et une plateforme Internet, le collectif BrusselsTogether réunit et encourage les initiatives qui visent à faire bouger la capitale. Selon ses fondateurs, c'est maintenant qu'il faut agir. Il n'est plus question d'attendre que les politiques enclenchent le mouvement. Reportage.


La Gare centrale de Bruxelles est à l’image de la ville: élégante, biscornue et pleine de surprises. Ce 3 mai, dans son hall prestigieux, les navetteurs tracent leur chemin solitaire, tandis qu’à l’étage, le collectif BrusselsTogether prend ses quartiers, le temps d’une soirée, dans un espace prochainement dédié à la formation et aux métiers numériques.

Des bières passent de mains en mains. Plus de quarante personnes sont présentes, et s’installent sur des chaises de bureau disposées en rang d’oignons. Vers 19h30, Xavier Damman introduit cette quatrième réunion du collectif BrusselsTogether. Le jeune Belge, à l’origine de la start-up à succès Storify, s’exprime en anglais, of course.

"Il y a 163 nationalité différentes dans cette ville. C’est la capitale de l’Europe. 33 % de la population est allophone, ce qui signifie que beaucoup de gens ne parlent ni le français, ni le néerlandais comme première langue. Il y a beaucoup de potentiel. Nous nous sommes demandé ce que nous pouvions faire. A la place de lancer encore une nouvelle initiative, nous nous sommes dit: ‘Essayons plutôt de mettre en lumière celles qui existent déjà’. C’est pourquoi, tous les premiers mercredis du mois, nous organisons une réunion dans un endroit différent - ce qui permet aussi de découvrir de nouveaux lieux -, et nous donnons la parole à trois groupes qui viennent présenter leur propre projet. Le but, c’est aussi d’inspirer les autres, de vous encourager à lancer votre propre projet ou de vous donner envie de contribuer à un projet existant."


Echange de bons plans

Véronique Bockstal, responsable de BeCentral, poursuit avec une brève présentation des lieux. A l’automne, c’est un véritable laboratoire numérique qui occupera ces quelque 2.000 mètres carré au-dessus des guichets de la gare, avec entre autres une école de programmation gratuite, des salles de lectures et des espaces de co-working.

Viennent ensuite les présentations de différents projets: Share Food, Communa ASBL et Veganizer BXL. Des présentations toujours en anglais, parfois à l’aide de supports graphiques. C’est dynamique, frais et inspirant.

Sébastien Van Hof détaille l’action de Share Food. Il s’agit de lutter contre le gaspillage alimentaire, en opérant la liaison entre les commerces qui disposent d’invendus ainsi que les organisations et les particuliers à la recherche de dons de nourriture, notamment les groupes de réfugiés.

"Connaissez-vous FruitCollect, un collectif qui, lui, récolte des fruits non-consommés des jardins pour les redistribuer à des personnes dans le besoin? Vous pourriez collaborer avec eux..." interrompt un participant.

"Voilà exactement le genre d’échanges que nous cherchons à provoquer", commente Xavier Damman, qui se réjouit de voir les horizons de chacun s’élargir aussi vite que s’échangent les adresses mails, les bons plans et les contacts Facebook.

D’ailleurs, une fois les exposés achevés, les discussions se prolongent de façon informelle. On décapsule de nouvelles bières, des Delta ou des Babylone brassées par Brussels Beer Project. On se félicite des initiatives en cours, on s’encourage en vue des projets futurs. On se promet de se revoir très vite, de se filer un coup de main et, pourquoi pas, de changer le monde.


Dégustation de burgers vegan

Un mois plus tard, le mercredi 7 juin, c’est au Elzenhof, la maison communautaire flamande d’Ixelles, que se réunit le collectif BrusselsTogether. Le déroulement de la soirée suit son cours habituel, avec la présentation des lieux et de trois nouveaux projets : Make Sense, Our House project et Zero Waste.

On retrouve les deux jeunes filles qui avaient dressé, lors de la réunion précédente, les grandes lignes leur projet, Veganizer BXL. Elles veulent faire de notre capitale un haut lieu de la gastronomie vegan. Ce soir, elles passent en quelque sorte de la théorie à la pratique, en proposant de déguster un de leur burger 100% végétalien. Pour cinq euros, on a un petit pain fendu, de la salade, une tranche de tomate, de la sauce et un hamburger de soja. Le tout fait presque parfaitement illusion. Les huiles et les épices rendent même le goût du sang, si propre à l’alimentation carnée.

"Nous avons beaucoup de retours positifs", se réjouit Leonoor Leus, qui profite de chaque discussion pour ouvrir un débat sur le véganisme. "Par ailleurs", poursuit-elle, "ce soir, c’est aussi l’occasion d’à nouveau discuter avec d’autres entrepreneurs et de réfléchir aux moyens d’atteindre nos objectifs. Lors du dernier ‘meet-up’, nous avions déjà pu nouer le contact avec une autre association en vue de l’organisation de divers événements."

Leonoor et Louise participent non seulement aux réunions organisée par BrusselsTogether, mais elles profitent aussi de facilités administratives proposées par le collectif via la plateforme Internet Opencollective, une plate-forme lancée il y a un peu plus d’un an par Xavier Damman (lire ci-dessous).

"Il nous a suffit de remplir un questionnaire pour ouvrir une page sur cette plateforme”, expliquent-elles. "Via cette page, les gens peuvent désormais nous soutenir, organiser des événements, commander des produits en ligne, etc." Sur la page en question, il est aussi possible de suivre précisément la comptabilité de Veganizer BXL. "Il y a une totale transparence", insiste Louise. "C’est une manière d’instaurer une certaine confiance vis-à-vis de nos clients."


“On peut se passer de la politique”

Aux yeux des fondateurs de BrusselsTogether, les réunions mensuelles et le système mis en place via la plateforme OpenCollective participent à un même mouvement. "Au niveau politique, les choses évoluent lentement et de façon partisane", constate Jean-François De Hertogh, le cousin de Xavier Damman. "C’est pourquoi, nous voulons contribuer à la création d’un mouvement alternatif basé sur des valeurs actuelles, comme l’écologie et la transparence. Et pour ce faire, nous rassemblons un maximum d'initiatives citoyennes lors de nos ‘meet-up’, mais aussi sur une même plateforme, afin de nouer des connexions et de faire collaborer les différents projets de manière étroite."

Après un séjour de plusieurs années dans l'emblématique Silicon Valley, Xavier Damman vit désormais à New-York. Il y développe justement son projet “fintech”, la plateforme OpenCollective, qui permet à des associations, s.p.r.l., incubateurs et d'autres communautés de collecter de l'argent de manière simple et transparente, sans devoir pour autant disposer d'un statut légal ou d'un compte en banque.

Le jeune entrepreneur revient aussi une semaine par mois à Bruxelles, entre autres pour se consacrer à BrusselsTogether - sorte de cas pratique des possibilités offertes par sa nouvelle plateforme. Xavier Damman partage une vision bien précise de l’évolution de nos sociétés: "Auparavant, on végétait, on attendait que le politique résolvent les problèmes pour nous et, du coup, rien ne bougeait vraiment. Mais aujourd’hui, avec les outils disponibles grâce au Web, on a tout ce dont on a besoin pour réaliser les projets qui nous tiennent à cœur. Avec le crowdfunding, on peut lever un budget, avec les réseaux sociaux, on peut véhiculer des idées et communiquer des directives. Il y a aussi plein d'endroits pour se réunir. Et de ce fait, on a plus besoin de subsides ou de demander quoique ce soit aux politiques. Tout ce qu'il faut, c'est de la coordination et savoir où se trouvent les ressources dont on a besoin. C'est exactement ce à que nous travaillons avec le collectif BrusselsTogether."

"Vous savez Internet a vraiment changé la donne", renchérit le jeune entrepreneur inspiré par la logique californienne. "Je pense qu’avant, les politiques existaient parce qu'alors quoique tu veuilles faire, cela te demandait beaucoup de ressources. Il fallait choisir entre tel et tel projet, il fallait décider. Et les politiques tranchaient. Mais, aujourd'hui, grâce aux nouvelles technologie, si tu as envie de créer une nouvelle école, de faire de la méditation, d'aider les réfugiés, d'améliorer la mobilité, 'just do it'! Le coût d’un nouveau projet ne peut plus être un frein. Au lieu d'en débattre, mieux vaut en faire l'expérience, tenter l'aventure, et voir si la sauce prend. C'est ça qu'on veut vraiment encourager à travers le mouvement Brusselstogether. Quoique tu aies envie de faire, fais le, on va t'aider. Nous ne sommes plus dans un jeu où certains gagnent et d’autres perdent! A nous de créer un système où tout le monde est gagnant."