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Des chefs réfugiés prennent possession des fourneaux de sept cuisines bruxelloises lors du « Refugee Food festival ».

L'art culinaire fait partie de la culture d'un pays. Et de l'identité de ses ressortissants. Quoi de plus normal, dès lors, que d'aiguiser ses papilles pour ouvrir ses horizons ? Que de se rassembler autour d'une table, lieu d'échange par excellence ? C'est le défi que s'est lancé le « Refugee Food festival », combinant gastronomie et lien social. Ce faisant, il entend battre en brèche certaines idées reçues autour de la question migratoire.

Un instrument d'insertion

L'initiative a vu le jour en 2016. Food Sweet Food, dont la raison d'être est de créer des liens aux quatre coins du monde par le biais de la nourriture, étend son champ d'activité. Il ne s'agit plus seulement de cuisiner et de manger chez l’habitant pour comprendre le monde. Avec le soutien du HCR (Haut Commissariat pour les Réfugiés), la jeune association lance le « Refugee Food festival » : Un festival visant à confier les cuisines de restaurants à des chefs réfugiés.

D'abord mis sur pied en France, le festival s'est étendu au-delà des frontières de l'Hexagone, grâce à la mise à disposition d'un « kit » permettant aux citoyens de s'approprier le projet. Pour sa 3e édition, il se tiendra, du 17 au 21 juin, dans 14 villes : de Amsterdam à Cape Town en passant par Madrid, de Sans Francisco à Athènes en passant par... Bruxelles. C'est ainsi que plus de 100 restaurants ont accepté de jouer le jeu, dont 7 à Bruxelles, et soit de mettre leurs fourneaux à disposition soit de préparer des mets à quatre mains avec ces chefs venus d'ailleurs qui reconstruisent leur vie ici.

Chez nous, il y aura Omar et Shahla. En Syrie, ils possédaient leur propre boutique de desserts et de produits alimentaires. Munir, Syrien, a roulé sa bosse dans les grands restaurants de Dubaï avant d'atterrir en Belgique. Elias, diplômé d’une université de gestion hôtelière à Alep, a fait des cocktails un art. Cyrille tente de suivre l'exemple de la cuisine familiale de sa mère, à laquelle ce jeune togolais apporte sa touche personnelle : celle du zéro déchet et des produits de saison. 

Après avoir participé à l'édition 2016, Abdellbaset remet le couvert. Dans l'espoir pour cet autodidacte que ces quelques jours « Chez Franz » lui ouvriront les portes d'autres cuisines. « La collaboration avec plus de 90 chefs peut servir de tremplin professionnel », motivent les organisateurs du Festival. A Bruxelles, cela s'est vérifié puisque, l'année dernière, 90 % des chefs y ayant participé ont trouvé du travail dans le milieu de la restauration.

«En dépit de leurs compétences et de leur talent, les réfugiés éprouvent de grandes difficultés à trouver un hébergement, un emploi, à avoir accès à la formation », soulève Vanessa Saenen porte-parole du HCR à Bruxelles. Or, ce sont autant d'éléments « essentiels tant pour l'intégration que pour le respect de soi, l'indépendance, la confiance et la fierté », à fortiori après des parcours migratoires compliqués.

Des formes complémentaires de solidarité

Si la cuisine est considérée comme un outil d'insertion, la démarche ne s'y limite pas. Éveiller les papilles est aussi un moyen de réveiller les consciences. C'est ainsi que cette initiative citoyenne entend « participer à montrer que la société civile a un rôle essentiel à jouer pour l’accueil des réfugiés », explique Louis Martin, Président de Food Sweet Food. En « mobilisant tout un écosystème local -restaurants, associations, citoyens », les organisateurs espèrent « contribuer à faire changer le regard sur l'accueil et le statut de réfugiés », ajoute Julie, membre de l'équipe bruxelloise.

Selon la porte parole du HCR, ces derniers sont ainsi valorisés pour leurs compétences et sont vus comme « des acteurs à part entière de leur société d'accueil »

L'agence onusienne voit d'ailleurs plus loin : « Le but est d'inspirer des initiatives citoyennes telles que celle-ci : dans d'autres villes voire dans d'autres professions, espère Vanessa Saenen. Face au nombre croissant de réfugiés dans le monde, la solution se trouve en partie dans cette collaboration entre les acteurs traditionnels et la société civile, pour faire émerger une nouvelle forme de solidarité entre réfugiés et citoyens locaux. A travers la rencontre, on suscite la responsabilité et le respect des uns vis à vis des des autres ».


A Bruxelles, le festival se tiendra du 17 au 21 juin. Pour en connaître le programme, les chefs et les restaurants, rendez-vous sur si site du Refugee Food Festival.