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En Angleterre, la campagne « refill » remet le concept millénaire des points d'eau publics au goût du jour. En limitant l'usage de bouteilles en plastique, l'initiative vise à diminuer leur impact sur l'environnement.

C'est en l'an 3000 avant Jésus-Christ que l'on trouve la trace des premiers points d'eau, des fontaines installées en Mésopotamie. Ce concept d'utilisation de l'eau de source aurait lui-même été inspiré des Grecs et des Romains. Leur usage traversa les époques et les frontières, s'installant en Grande-Bretagne à l'époque victorienne. Alors, il s'agissait de poursuivre des objectifs de santé publique. Puis, celui d'accès pour les plus pauvres à l'eau potable. Aujourd'hui, avec des visées différentes, la campagne « Refill » tend à remettre ces fontaines au goût du jour.

Encourager la "recharge"

En septembre 2015, la ville anglaise de Bristol lançait sa « Refill revolution », ou la « révolution de la recharge ». Le principe est assez simple : il s'agit de pouvoir remplir gratuitement sa bouteille d'eau dans les cafés, restaurants, musées et magasins. Une paire d'années plus tard, 13 villes ont emboîté le pas de cette cité du sud-ouest de l'Angleterre. Désormais, le réseau atteint plus de 1600 points d'eau à travers le pays. Le maire de Londres, Sadiq Khan, a d'ailleurs annoncé la mise en place de 20 fontaines d'eau suplémentaires dans la capitale.

Avec le soutien récent des 15 acteurs de l'industrie de l'eau actives sur le sol britannique, l'objectif est de faire entrer dans la danse des dizaine de milliers d'acteurs supplémentaires afin que le système soit accessible dans toutes les grandes villes du pays d'ici 2021.

Mais davantage que de mettre à disposition de l'eau en tout lieu, la campagne est motivée par la réduction de l'usage -surtout unique- des bouteilles en plastique. On estime que 38 millions de bouteilles sont ainsi utilisées quotidiennement en Angleterre. Seule la moitié est recyclée et 16 millions d'entre elles finissent enfouies, incinérées ou abandonnées dans la nature, en ce compris les océans, ce que peuvent constater les 432 000 habitants de la cité côtière de Bristol. « Les points d'eau pourraient réduire la consommation de dizaines de millions de bouteilles par an », s'enthousiasme le CEO de Water UK, conscient de la responsabilité du secteur industriel dans la lutte pour la préservation de l'environnement. L'effort n'est pas gigantesque : à titre d'exemple, « si chaque habitant de Bristol remplissait sa bouteille une fois par semaine plutôt que d'en acheter une, on réduirait notre consommation de 22,3 millions de bouteilles par an ! », poursuit l'industriel.

Si les magasins et cafés britanniques sont déjà légalement tenus de donner de l'eau du robinet, peu de citoyens osent en faire la demande (11%), ressort-il d'une enquête menée par « City of the Sea », l'ONG porteuse du projet. Par ailleurs, 65 % des personnes interrogées rempliraient leur bouteille plutôt que d'en acheter une si l'eau potable était davantage accessible et sa demande moins stigmatisée. En plus de l’application mobile et interactive reprenant l’ensemble des points d’eau, un auto-collant indique désormais les lieux faisant partie du réseau et agit comme un incitant à l’usage d’eau courante. Un usage qui, de plus, ne coûte pas une livre à celui qui la demande.

En Belgique, fontaines et incitants

Avec un taux de recyclage de plus de 87 %, la Belgique figure parmi les bons élèves de la classe européenne en termes de recyclage de ses emballages, cartons, canettes, bouteilles en verre ou en plastique. Par contre, il n'existe pas d'initiative comparable à celle prise Outre-Manche.

A Bruxelles, 29 fontaines ont été installées par les pouvoirs publics, principalement dans les parcs, et sont répertoriées sur un plan disponible en ligne . Cette initiative « répond à un besoin d'adapter ces lieux publics aux fortes chaleurs et à ceux des personnes sans abri », explique Nathalie Guilemin, porte-parole de Bruxelles-Environnement. Le souci n'est donc pas environnemental. « Le nombre restreint de points d'eau ne permettrait pas une diminution drastique de l'impact environnemental de l'usage des bouteilles en plastique.»

En Région wallonne, il n'existe pas de cadastre des points d'eau. D'autres initiatives existent pour limiter l'usage des bouteilles en plastique : des subsides sont régulièrement octroyés aux intercommunales et aux communes pour l’achat de gourdes, de carafes, de gobelets réutilisables, de fontaines à eau et d'activités de sensibilisation.