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Les élèves de l'école Georges Primo, à Bruxelles, suivent des cours de yoga. Tout bénéfice pour leur bien-être, leur concentration et la dynamique de classe. À essayer mercredi au parc Josaphat.

"Ça sent le yoga !" Les élèves de sixième pénètrent, pieds nus, dans la salle de détente joliment boisée de l’école primaire Georges Primo, à Schaerbeek. "Installez-vous sur les tapis." Le calme est vite fait. "Etirez la colonne, les mains jointes, les yeux fermés." Stéphane Bourhis, short et t-shirt, enseigne le yoga iyengar depuis cinq ans dans cette école. "Sentez que vous dessinez des lignes avec le corps. Allongez les doigts de la main droite vers le ciel."

Annick Le Boulangé, la directrice de l'école n°6 voulait faire découvrir cette activité méconnue à ses élèves. "Je pratiquais le yoga et cela avait des bienfaits sur moi. Je pensais que cela pouvait amener une approche différente de l’enseignement", explique-t-elle. Schola ULB a d'ailleurs récompensé son projet lors du Forum des innovations en éducation en 2013. "Il faut pouvoir bien appréhender son corps, se sentir bien ancré, cela fait partie aussi d’un apprentissage. Le développement mêle le corps et l’esprit, cela favorise la concentration, l’image de soi. Il y avait plein de compétences que je trouvais intéressantes à développer par le biais du yoga. Une de mes enseignantes me dit qu’elle voit vraiment la différence au niveau de la concentration et de la dynamique de classe."

Du yoga dans le parc

"Ils sont souvent peu sportifs et passent beaucoup de temps devant les écrans. Ils connaissent très mal leur corps. Là, ils apprennent à se recentrer sur eux-mêmes", souffle Jessica Gross dans le fond de la salle de détente pendant que ses élèves entament une série dynamique de salutations au soleil. "Ils sont réceptifs." Et si l’un ou l’autre laisse filer le cours sans y prêter attention, elle laisse couler. "On n’a pas envie de les forcer. C’est pour eux."

Le yoga, ces élèves n'en avaient très souvent jamais entendu parler. "Au début, c’est la découverte puis, au fur et à mesure, des sensations se développent chez l’enfant, une certaine confiance, un certain bien-être s’installent. L’enfant a un instinct, il ressent cela, il observe cette manière de mieux grandir", veut croire le professeur. Ibrahim, 13 ans, a "aimé dès le début", "cela m’apporte de la tranquillité et beaucoup de confort".

Ibrahim, Walid et les autres, la petite centaine d’enfants à laquelle Stéphane Bourhis donne cours, se retrouveront au parc Josaphat le 21 juin prochain dans le cadre de la journée internationale du yoga. L’ambassade d’Inde, qui se montre très active depuis quelques années à promouvoir cette discipline, avait contacté les écoles de yoga pour les inviter à participer à cette journée. L’association Biyab, dont Stéphane Bourhis est administrateur, "a demandé à ses professeurs de proposer des ateliers dans les écoles, une manière de lancer notre projet qui vise à développer le yoga en milieu scolaire", explique sa présidente, Nicole Rouaux. "Nous sommes persuadés du bienfait que cette pratique leur apportera et, par extension, qu’elle apportera à l'école et donc à la société."

© Sabine Verhest
"Un beau miroir"

"Tadasana", "Utkatasana" puis, moins évident, "Prasarita Padottanasana" ou "Ardha Chandrasana" : le professeur donne les noms des postures en sanscrit. "Il est très important que les enfants connaissent ces noms qui vont traduire chez eux un sens : une montagne représente la stabilité, quelque chose va se passer au niveau de la colonne vertébrale, de la concentration." Ce matin, il leur parle de l’arbre, de la montagne, de la demi-lune. Un exercice d’équilibriste, cette demi-lune. "Il y a du vent !" Mais les enfants ne laissent pas tomber, ils s’accrochent et recommencent.

"On croit parfois qu’on n’est pas capables de faire une posture, mais on peut y arriver avec de la concentration", témoigne Aybars, 11 ans. Et "si aujourd’hui ça ne vient pas, ça viendra la prochaine fois", encourage Stéphane Bourhis. Ils sont grands déjà dans cette classe. Tout le monde ne sait pas quoi faire de son corps, mais le professeur reste positif : "Je suis sûr que tu peux y arriver !", "Voilà, c’est le début de quelque chose". Pour Annick Le Boulangé, "c'est aussi un beau miroir de se dire que, même si l'obstacle semble difficile, avec le travail, l'opiniâtreté, chacun peut y arriver".

Là-dessus, Stéphane Bourhis éteint les lumières, pendant que les enfants se couchent sur le dos, les paumes vers le ciel. "Cet instant de silence est pour vous. Si vous sentez que les yeux veulent se fermer, laissez-les. Observez la respiration." Le cours se termine. "Redressez-vous, joignez les mains devant vous." Tête relâchée vers le bas. "Une salutation envers vous-même, comme un remerciement."

--> Rendez-vous le 21 juin à 10h au parc Josaphat au lieu-dit du "tir à l’arc". L'activité est ouverte.