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Ils sont jeunes, pleins d’idées et entreprenants, engagés dans le développement et les projets sociaux. Ces "jeunes leaders", âgés de 21 à 26 ans, sont seize - de la Colombie au Maroc, du Botswana à la Mongolie - à avoir été invités à Bruxelles, au mois de juin, pour partager leur expérience lors des Journées européennes du développement.

Face à un problème qu’ils ont identifié dans leur pays, chacun a imaginé et mis en place une solution. Originaire de République tchèque mais vétitable "citoyenne du monde", Odessa Primus veut corriger les fausses images véhiculées par les médias sur les réfugiés.

C'est une photo qui a fait le tour du monde. Celle du corps d'un garçonnet, Aylan Kurdi, échoué sur une plage turque après que sa famille a tenté de rejoindre la Grèce. Une image qui a ouvert les yeux d'une partie de l'opinion publique et de la classe politique sur les drames qui se déroulaient pourtant quotidiennement depuis des mois dans cette partie de la Méditerranée. Une image qui a secoué, qui a choqué aussi.

« Je l'ai postée sur Facebook et j'ai été surprise par les réactions », explique Odessa Primus. Bon nombre de ses amis la trouvent en effet « dérangeante », et lui suggèrent qu'elle « devrait peut-être la retirer ». Il est vrai que sur les réseaux sociaux, on est davantage habitué aux images de concert ou de mise en scène de chats, ironise-t-elle. La jeune femme, aujourd'hui âgée de 24 ans, ne l'enlèvera pas.

Au contraire, cette image l'incite à s'engager. « Je me suis inscrite sur un groupe Facebook rassemblant des volontaires » de l'aide aux réfugiés. Deux mois plus tard, elle s'achète un billet pour Lesbos et se lance dans l'improvisation la plus totale. « Je ne savais même pas à quoi ressemblait cette île.» Sur place, elle monte un projet de collecte de fonds via un site Internet où elle explique et décrit ce qui se passe sur le terrain. « C'étaient des infos que les gens ne recevaient pas via les médias.» Le nombre de « followers » grandit. Après la Grèce, elle se rend au Liban où elle poursuit son travail, en collaboration avec des ONG actives dans les camps de réfugiés.

Se forger une opinion sur la base de faits

A son retour à Londres, où elle étudie, puis à Prague, où elle vit, Odessa est effarée par la manière dont la crise des réfugiés est rapportée dans les médias, tant britanniques que tchèques : « Il y avait beaucoup d'interprétations erronées et de désinformation».

« Ils parlent de migrants et n'utilisent pas le mot réfugiés », déplore-t-elle. « Ils se servent très souvent l'expression 'migrants économiques' en avançant que ces personnes viennent d'Afrique du Nord, alors qu'il y avait une incroyable majorité de Syriens et d'Afghans. Ils filment également souvent de jeunes hommes alors qu'il s'agissait dans un grand nombre de cas de femmes et d'enfants. A Prague, on pouvait même entendre qu'ils menaçaient notre culture alors que la République tchèque a à peine accueilli quelques familles.»

Autant de biais à ses yeux, qui amènent « forcément les gens qui reçoivent ces informations à redouter une invasion de migrants qui viennent en Europe pour prendre leur job ». Par contre, cette même presse faisait largement l'impasse sur les noyés en mer. Malgré les démarches qu'elle effectue auprès de plusieurs médias pour faire part de sa propre expérience, « personne ne voulait parler de ça ».

Ecoeurée par ce traitement de l'actualité, la jeune diplômée en relations internationales a donc décidé de créer une plate-forme baptisée « Go Think Initiative ». Un projet qui propose l'organisation de débats et d'ateliers de travail dans les écoles, des voyages d'étude ou encore des conférences destinées au grand public.

« Notre but est de donner les faits et les clefs pour interpréter l'actualité afin que les gens puissent faire la différence entre opinion et information. Le souhait est aussi d'amener les jeunes à prendre conscience de ce qui se passe, à s'intéresser aux médias et à la politique, mais aussi à s'impliquer dans la société», explique-t-elle, soulignant l'importance de l'ouverture aux autres cultures et religions pour montrer que celles-ci « ont plus de choses en commun que nous le pensons ».

Les médias font partie de nos vies, conclut-elle. « Ils sont dans les maisons, dans les salons en permanence. Cela affecte la façon dont les gens se sentent et pensent. Je pense qu'en étant correctement informés, ils peuvent changer d'avis. Il y a des choses qu'on ne peut pas ignorer. Après ils peuvent choisir d'en penser ce qu'ils veulent, mais sur base des faits réels.»

https://gothinkinitiative.org/