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Avec ses stations solaires connectées, la start-up belge Solarly entend contribuer à l’électrification et au développement des zones rurales africaines.

Aujourd’hui, 634 millions de personne n’ont pas accès à l’électricité en Afrique Subsaharienne ; 83% de la population rurale n’as pas d’accès au réseau électrique. Et alors que le téléphone portable est devenu un outil aux multiples usages que possèdent 8 personnes sur 10, il en coûte 150 fois plus cher qu’en Europe pour le recharger. Dans le même temps, 600 000 personnes décèdent chaque année en raison de l’utilisation de combustible fossile comme alternative à l’électricité.

Ces chiffres appuient, si besoin en était, la pertinence du projet lancé par quatre jeunes Belges : celui d’apporter l’énergie - solaire - dans les zones rurales d’Afrique. Ambitieux, certes. Mais possible, à en croire les fondateurs du projet Solarly. Pour illustrer l’étendue du marché et ses débouchés, Jean-Grégoire Orban met en avant un argument de poids : « La population africaine devrait doubler dans les trente années à venir. Elle grandit plus vite que le raccord au réseau. La demande est donc gigantesque! », explique le responsable financier de la jeune Start-up belge.

Quatre cerveaux dans un garage

Tout a commencé dans la tête de David… et dans le garage de son ami Maxime. Le premier a choisi de réaliser son mémoire de fin d’études en commerce international sur l’exportation d’énergie solaire vers le Cameroun. Quant au second, il a offert ses services pour le développement d’un prototype basique de station solaire. Julien et Jean-Grégoire les rejoindront par la suite. La fine équipe de ce qui deviendra Solarly se forme ainsi autour de l’amitié qui les lie, mais aussi de leur intérêt commun pour les énergies renouvelables et l'envie de relever ce défi. Ce qui n’était qu’une étude de faisabilité va ainsi prendre de l’ampleur.

En dix-huit mois, l'équipe de Solarly a développé un produit novateur : une batterie raccordée à un petit panneau solaire permettant de brancher simultanément plusieurs appareils (téléphones portables et ampoules, en priorité). Le tout est connecté au réseau GSM. Cet élément est primordial. D’abord parce qu'il « permet de récolter des données élémentaires, à distance, sur les habitudes d’utilisation, sur l’état des batteries, de communiquer et de conseiller les utilisateurs », explique Julien Riat. Ensuite parce que, dans une région où les télécoms prennent la place des banques, le portable permet de réaliser notamment des transferts d’argent.

Sortie du nid de l’accélérateur de start-up « Nest’up » après 3 mois de coaching intensif, l’équipe s’est envolée en décembre 2016 pour une phase test dans le Royaume de Bafout, zone rurale du Cameroun, avec 40 stations solaires connectées, autonomes. Celles-ci offrent un accès facile à l’électricité et une indépendance énergétique aux ménages bénéficaires. Le village est alors hors réseaux et ses habitants utilisent des lampes à pétrole ou de poche pour s’éclairer. Ils doivent se déplacer jusque dans les villages voisins pour recharger leurs téléphones portables. Une perte tant de temps que d'argent.

Si les premières installations ont été offertes ou troquées contre le gîte et le couvert, les suivantes seront vendues (450€), la durée du paiement pouvant s'étaler sur une période allant jusqu'à 3 ans.

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Un outil de développement

Ces stations solaires apportent donc l’énergie, facilitent les transferts d’argent, mais pas seulement. Elles se veulent aussi être un « concept », s’inscrivant dans un objectif de développement. Solarly se définit dès lors comme une « entreprise commerciale dont l’objectif premier n’est pas le profit, mais le développement social. L’un et l’autre ne sont pas incompatibles », précisent Julien Riat et Jean-Grégoire Orban.

« Nous ne sommes pas des vendeurs d’électricité, mais des vendeurs de solutions pour plus d’autonomie énergétique et de décentralisation », détaille le premier. Plus largement, cette énergie devrait permettre aux propriétaires des stations solaires de « mener des activités génératrices de revenus qui, sans elles, n’auraient pas été possibles » : ouvrir un salon de coiffure, un cyber café,… « L’accès à l’énergie ouvre les possibles ! », souligne avec enthousiasme le second.

En plus des ménages et des petits commerces, Solarly se concentre sur l’électrification d’écoles, principalement de classes qui permettent l’accès aux technologies de l’information et de la communication (TIC). L'équipe travaille en partenariat avec « Ingénieurs sans frontières ». Les perspectives de développement sont nombreuses. « En fonction de la capacité des batteries, on pourrait utiliser le produit pour la transformation de matières premières ou pour alimenter des pompes à eau », envisage Julien Riat après avoir discuté avec des agriculteurs locaux.

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L’électricité solaire dans ces zones est, en outre, un outil puissant de lutte contre l’exode rural. Il n'est dès lors guère surprenant que le projet ait suscité l’intérêt des autorités camerounaises qui font face à un afflux incontrôlable de personnes qui rejoignent les villes, ces dernières étant prioritaires en termes d’infrastructures et d’alimentation électrique, au détriment du secteur agricole pourtant vital pour le pays.

La finalité est donc aussi, sociale. « L’installation de chaque station s’accompagne d’une sensibilisation et d’une formation aux membres du ménage. En plus de cela, nous formons un réseau de micro-entrepreneurs qui se charge du service après-vente, de la maintenance » et renforce de la sorte les capacités des populations locales. Dans le même ordre d’idées, les membres de Solarly souhaitent que l’assemblage se fasse au Cameroun. « Cela créerait de l’emploi, favoriserait le transfert de compétences, inciterait à l’appropriation du projet localement », argumente Julien Riat. Des contacts ont déjà été noués avec de nombreux acteurs locaux : incubateurs, acteurs de la société civile, autorités locales traditionnelles et politiques.

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Gare à l'ascension d'Icare

Après être sortis de ce dédale d'acteurs à gérer, de réseaux à créer, de stratégies à valider... les membres de Solarly, accompagnés par les incubateurs CEI et WSL, préparent une nouvelle levée de fonds publics et privés dans le but de repartir sur le terrain. Ils emmèneront dans leurs bagages une centaine de stations afin de lancer la phase de commercialisation à petite échelle.

Ils ne s’en cachent pas : s'ils parviennent à relever ce défi-là, ils souhaitent aller plus haut encore et développer leur concept dans la sous-région. Et pour cause, « l’Afrique est le laboratoire de la transition énergétique ». D'ailleurs, « la vision du gouvernement camerounais donne une place importante à l’énergie renouvelable. L’avenir de l’énergie est décentralisé. Il viendra un moment où ils seront en avance sur l’Europe, freinée par ses réseaux et son utilisation de l’énergie nucléaire », prédit Julien Riat.

Solarly compte bien conquérir le soleil… Ils semblent suffisamment armés et bien entourés pour, dans cette ascension progressive, ne pas se brûler les ailes.


Le projet de la start up a fait l'objet d'un film documentaire qui sera diffusé sur La Trois début 2018 : https://vimeo.com/231185123