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Ils sont jeunes, pleins d’idées et entreprenants, engagés dans le développement et les projets sociaux. Ces "jeunes leaders", âgés de 21 à 26 ans, sont seize - de la Colombie au Maroc, du Botswana à la Mongolie - à avoir été invités à Bruxelles, au mois de juin, pour partager leur expérience lors des Journées européennes du développement.

Face à un problème qu’ils ont identifié dans leur pays, chacun a imaginé et mis en place une solution. Parmi eux, le Népalais Suman Kumar participe à la reconstruction des écoles détruites par le tremblement de terre.


Suman Kumar, 25 ans, est un jeune homme entreprenant. Il l’était déjà avant que le tremblement de terre du 25 avril 2015 et sa terrible réplique du 12 mai n’ensevelissent près de neuf mille personnes au Népal. Mais il a pris toute sa dimension sociale dans la foulée de la catastrophe, lui qui garde le souvenir des milliers de sans-abris et de ce couple âgé, désorienté, obligé de passer la nuit sous la pluie. « J’ai ramassé des bambous et des déchets pour lui fabriquer de quoi se protéger. » Mais il fallait voir plus grand.

Issu d’une famille pauvre installée à Lalipur dans la vallée de Katmandou, Suman était devenu soudeur et machiniste à la sortie de l’école secondaire, comme son papa. Le jeune homme construisait des équipements techniques et autres engins pour des sociétés et organisations non gouvernementales travaillant au Népal. Il s’était bâti un petit réseau international, de l’Union européenne à l’Onu.

Lorsque le séisme a frappé, un entrepreneur américain, avec lequel il travaillait déjà, lui a proposé de construire des abris portables. « J’ai tout de suite accepté, c’était vraiment crucial parce que la mousson approchait et la situation aurait été terrible pour les victimes. »

Ils conçoivent et construisent des machines permettant de bâtir ces abris. Leur première tentative « a été un échec total » ! Mais « on en a tiré les leçons ». L’équipe, qui gagne rapidement en crédibilité, scelle alors des partenariats. « Plus de cent trente organisations et individuels nous ont donné des financements et, ensemble, on a été capables de construire 5.365 abris pour plus 26.000 victimes. »

Tout cela sans aucun appui de l’Etat. Il faut dire que l’autorité nationale de reconstruction n’a été mise en place que huit mois après le tremblement de terre. Et « les hommes politiques qui nous ont approchés avaient un agenda… » De toute façon, ajoute-t-il, « le problème quand une entreprise privée travaille avec le gouvernement, c’est qu’elle perd beaucoup de temps ». Et là, il y avait urgence.

Des études et des écoles

Suman Kumar a alors envie de se former davantage. « J’étais capable de communiquer avec des machinistes et avec des businessmen, mais pas avec des ingénieurs. » Pendant que son partenaire américain continue à développer des structures résistantes aux séismes, lui part étudier l’ingénierie aux Etats-Unis, à l’université de Rochester, « parce qu’elle m’a donné une bourse permettant de couvrir mes frais ».

Le jeune entrepreneur social n’abandonne pas le Népal pour autant et conceptualise un modèle permettant de reconstruire durablement des écoles. « Je voulais vraiment travailler sur le secteur de l’éducation, qui m’a beaucoup donné. » Mais il manque de fonds. C’est l’assemblée des Nations unies pour la jeunesse, dont il remporte le concours de projet social avec un compatriote, qui offrira la mise de départ de 3.000 dollars. L’université de Rochester et la levée de fonds organisée sur WeChat par une amie chinoise lui permettront d’y ajouter près de 17.000 dollars, « largement assez pour reconstruire une école » à Nuwakot. Mais « je ne peux pas moi-même réussir à lever des fonds à chaque fois ». Alors l’objectif est que son école serve de modèle réplicable par d’autres organisations, qui ont de l’argent à consacrer à la reconstruction du Népal.