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Thomas Fernémont et sa compagne Aurélie ont participé à l'édition 2016 du Déclic Tour. Une expérience qui leur a permis de mûrir leur projet de reconversion autour de la location de jeux en bois.

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Reportage

Le soleil tape dur en ce début d'après-midi. C'est jour de fête des pères et l'ambiance est à la sieste dans le splendide parc du château de Modave. Les participants au pique-nique organisé dans le cadre de l'opération « Wallonie gourmande » sont éparpillés ici et là, à la recherche du moindre voile d'ombre.

Au milieu de la vaste pelouse, une tonnelle entourée d'une dizaine de jeux en bois attire néanmoins quelques curieux. « Celui-ci s'appelle le 'bamboléo'. Vous connaissez le principe? », demande Thomas Fernémont à un jeune couple qui hésite à se lancer. « C'est un jeu d'équilibre. On va retirer une pièce chacun à notre tour en essayant de ne pas faire basculer le plateau ». La partie peut débuter…

Pourquoi courir sans cesse ?

Ce rôle de « Monsieur Loyal » des jeux en bois est tout nouveau pour Thomas lui-même. Avec sa compagne Aurélie, il a tout plaqué pour créer « Le Siroteur » il y a quelques mois. Ce projet, né de l'envie de « deux grands rêveurs qui souhaitent faire ralentir le monde », propose la location et l’animation de jeux en bois pour tous types d’événements.

Lui était gestionnaire d'un espace de coworking à Namur ; elle chargée de com' dans un accélérateur de start-up. « Deux boulots super passionnants qui nous plaisaient bien, mais qui dévorent beaucoup de temps.»

Comme pas mal de gens aujourd'hui, « on se disait, on a un super boulot. Que demander de plus ? Et malgré cela on n'était pas bien», explique-t-il. « A un moment donné, je me suis dit que je ne pouvais pas continuer comme ça. Il faut lâcher prise. Ralentir, se poser et réfléchir au but que l'on veut se donner dans la vie. Courir après toujours plus d'heures de boulot ? Pour justifier quoi ?...»

Durant ce break, ils effectuent un voyage en Hongrie où ils découvrent un énorme village composé de jeux en bois. « Il y avait des cabanes perchées à trois mètres de haut, avec un animateur dans chacune d'elle », se remémore Thomas avec enthousiasme. Leur nouveau rêve commence à prendre forme. « On s'est dit que c'était génial et que ça n'existait pas en Belgique.»

Mais à leur retour, ils sont rattrapés par la dure réalité : on ne s'improvise pas menuisier.

Le cocon de la couveuse d'entreprises

Leur participation à l'édition 2016 du Déclic Tour va leur permettre de faire le tri dans leurs envies et leurs idées. « On s'est dit : 'OK, on n'a pas les capacités de construire des cabanes, mais on est capables de lancer une entreprise, de trouver un réseau et des partenaires' », poursuit Thomas. « Ce n'était pas un truc réservé aux autres. Les ateliers lors de la phase d'émergence, les rencontres avec des entrepreneurs sociaux, etc. C'est une richesse de discussion incroyable.»

L'intérêt manifeste suscité par quelques animations tests réalisées avec des jeux prototypes finit de les convaincre qu'ils sont sur la bonne piste. « Nous sommes allés voir des professionnels de l'événementiel que nous connaissions pour tâter le terrain. Et là, coup de chance, l'un d'entre eux disposait de tout un stock de jeux en bois qu'il n'utilisait plus. Il nous les a proposés et on les a rafistolés, ce qui nous a permis de nous lancer beaucoup plus vite. On est en plein dedans depuis deux mois, après avoir suivi des modules de formation en marketing, gestion et autres pour maîtriser les outils nécessaires.»

Pour l'instant, « Le Siroteur » est toujours en phase de pré-création d'entreprise sous l'aile bienveillante de la coopérative Azimut.

« Ce système de couveuse te permet de rester au chômage, tout en étant en formation-création d'entreprise le temps du démarrage. C'est une formule qui est chouette en Belgique, mais on ne passe pas notre temps à regarder Derrick à la télévision », sourit-il. Le but est évidemment que leur activité soit rentable et résiliente. « D'ici un an, nous espérons avoir au moins l'équivalent d'un salaire à temps plein, qu'un de nous deux complétera avec un mi-temps ailleurs.»

Une dimension sociale

Le démarrage les rend plutôt optimistes et « Le Siroteur » semble sur de bons rails grâce au bouche-à-oreille. Outre certains festivals estivaux et d'autres événements comme les Apéros namurois, le jeune couple propose ses services pour des fêtes privées et compte aussi explorer la voie du « team building » à destination des entreprises et des collectivités. « On vise davantage un public d'adultes, même si les enfants sont bienvenus », précise encore Thomas.

Avec « Le Siroteur », celui-ci espère faire passer un message simple : « Il faut savoir se poser pour réfléchir. Jouer, prendre le temps de profiter des bons moments et de découvrir les petits plaisirs de la vie. Après, on peut être plus disponible pour reprendre son boulot et le voir différemment. Ou envisager de le changer.»

Une approche résolument « slow life » à laquelle s'ajoutent certaines aspirations sociales et environnementales. « On essaie plutôt de travailler avec du matériel de récup' qu'avec du neuf. Et on espère que l'on parviendra à dégager suffisamment de moyens pour arriver à organiser des animations dans des quartiers défavorisés pour une somme symbolique, afin que ces activités ne soient pas réservées à une élite qui a les moyens de se les payer ».