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L'initiative Duoday permet à des personnes atteintes d'un handicap d'effectuer un stage en entreprise sous la houlette d'un parrain ou d'une marraine. Avec la perspective de s'insérer plus facilement dans le monde du travail. 

Dans les interviews d’embauche, je précise tout de suite que je suis atypique. Je suis un personnage”, nous raconte Martin Bolle. Déterminé HP à 13 ans et diagnostiqué récemment comme souffrant du syndrome d’autisme Asperger, le jeune homme a un master en Philosophie et accomplit actuellement un doctorat en Philosophie dans le domaine de la sécurité militaire.

Déterminé HP à 13 ans et diagnostiqué récemment comme souffrant du syndrome d’autisme Asperger, Martin Bolle (à gauche sur ce cliché) a effectué un stage chez BNP Paribas Fortis.
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Comme plusieurs milliers d’autres Européens souffrant d’un handicap, il participe à l’action Duoday, qui a lieu ce printemps. Le concept : un stage dans une entreprise, avec un parrain, d’où la notion de duo. Cet événement poursuit deux grands objectifs : sensibiliser les entreprises à l’emploi et aux compétences des personnes handicapées et permettre à des stagiaires handicapés de découvrir un métier correspondant à leurs qualifications.

Une opportunité d'embauche

L’initiative a vu le jour en Flandre en 2010 sous le nom de Duodag. Depuis, elle est devenue nationale et a pris même une dimension internationale. Cette année, onze pays européens y participent. En Belgique quelque 500 entreprises accueillent un ou plusieurs stagiaires. “Pour les personnes avec un handicap, ce stage est précieux. On en voit bien l’impact. Chaque année, nombreux sont ceux qui se font engager après le stage ou qui sont stimulés pour reprendre une formation”, explique Marie-Laure Jonet, fondatrice de l’asbl DiversiCom, qui a facilité 33 stages pour ses chercheurs d’emploi handicapés dans dix-neuf entreprises partenaires. Organisée un jour fixe à l’origine, l’opération a évolué. Aujourd’hui, les stages peuvent s’échelonner sur plusieurs dates et peuvent durer entre un et 20 jours. “Cela offre plus de flexibilité aux entreprises et aux stagiaires.” Il est même possible d’effectuer plusieurs stages la même année.

C’est ce qu’a fait notamment Martin Bolle. Après une semaine chez Innoviris, il a passé une journée au sein du département de sécurité bancaire de BNP Parisbas Fortis. “Cela fait plaisir de voir que je suis le bienvenu en dehors du monde académique”, souligne ce philosophe. “J’ai déjà postulé pour des emplois dans la sécurité, chez Securitas et à la Police entre autres. Mais je ne correspondais pas, avec mon profil très analytique, pour les postes de cadre. J’ai aussi besoin de grands moments de solitude. Travailler dans la recherche ou quelque chose qui y ressemble et mettre en avant mes capacités d’analyse et d’abstraction me plairait.”

“Ce profil analytique de Martin nous intéresse très fort. Il voit les choses avec un autre regard qu’un cyber analyst classique”, note Jan Populaire, son parrain dans la banque. “Nous avons, au sein de l’entreprise, de plus en plus d’initiatives en faveur de la diversité. Cela nous donne l’opportunité de voir comment d’autres personnes pensent. C’est le cas de Martin qui est invité à faire un stage plus approfondi chez nous.

Des personnes respectueuses

Une opportunité de formation complémentaire se dessine aussi pour Quentin Gaspard. Souffrant d’une paralysie partielle de son bras droit, le jeune homme est en stage depuis le 12 avril chez Blue Pepper, une entreprise spécialisée dans l’importation et la distribution de “petites marques” de prêt-à-manger.

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Située à Woluwe-Saint-Etienne, la PME, qui compte 13 collaborateurs, accueille déjà Jean-Pierre, qui souffre d’une maladie de peau et qui a décroché un CDI, et Pascal, sourd à plus de 50 %, dont le contrat Phare (service de la Cocof qui vient en aide aux personnes handicapées) se termine en septembre. “On verra par après”, note Annette Eckhardt, marraine de Quentin Gaspard et COO de Blue Pepper.

“Après les attentats de Charlie Hebdo, nous avons voulu faire quelque chose pour que des jeunes retrouvent le bon chemin. Nous avons embauché des jeunes de milieux défavorisés, mais ils n’étaient pas fiables. Suite à une rencontre avec des responbles de Phare, nous avons décidé de faire un essai avec des personnes avec un handicap. Ces contrats, avec subsides, nous permettent de faire tout d’abord connaissance. Nous regardons les profils disponibles et qui pourraient travailler chez nous sans pour autant qu’il y ait un poste à pourvoir. Mais la volonté de continuer à collaborer par après est là. Et cela se passe très bien. Mes attentes ne sont pas les mêmes que vis-à-vis d’autres collaborateurs que j’engagerais directement. Il n’y a pas de pression. De plus, ces personnes sont conscientes des difficultés pour elles de trouver un emploi et sont dès lors très respectueuses. C’est plus un partenariat.

Pour Quentin, ce stage de 20 jours est une opportunité de découvrir une entreprise et ses différentes facettes. “J’ai une formation d’électricien. J’ai postulé chez plusieurs patrons mais engager quelqu’un a un coût et je ne suis pas opérationnel à 100 %. Je ne peux par faire les installations dans les plafonds par exemple. J’ai compris aussi que faire un travail manuel sollicitait trop mon dos.”

Pourtant, c’est dans l'entrepôt qu’il a commencé chez Blue Pepper. “Mais très vite nous avons vu qu’il avait d'autres compétences”, indique Annette Eckhardt. Il achève son stage désormais dans les bureaux de la PME. “J’ai décidé aussi de changer d’orientation et ai repris des cours d’informatique”, raconte le jeune homme qui espère sous peu signer un contrat d’apprentissage chez Blue Pepper.