Inspire

Un parc agro-écologique est né sur l'ancien lit de la Petite Senne, à Molenbeek. Le "ZinTo" y réhabilite l'horticulture d'avant la période industrielle.

Cette partie de la ville qui s'étend depuis la Porte de Ninove jusqu'à la Porte de Flandre le long du canal a connu quelques mues et réhabilitations récentes. Alors que des grues sur lesquelles ont été suspendues des chaises colorées donne aux quais des allures de musée en plein air, sur le site des anciennes brasseries Belle-vue, les futs de bières ont laissé place à la literie du Meininger Hotel et aux tables de restaurant du Bel Mundo et du Bel'O, non sans conserver des traces visibles de ce qu'habriaient jadis ces briques rouges.

"Ici, avec l'urbanisation galopante, il ne reste plus beaucoup d'espaces verts", soulève Xavier Guilmin. Alors, à la faveur d'une visite à l'Atelier Groot Eiland hébérgé sur le site, lorsque le coordinateur du service Développement durable de Molenbeek aperçoit cet espace laissé en friche, il y décèle un potentiel unique. L'occasion est bien trop belle pour la laisser passer : celle de revaloriser le lieu par l'horticulture. Le terrain appartient à la Région bruxelloise mais une convention d'occupation est rapidement signée avec la commune qui en rétribue la gestion partielle à l'association Atelier Groot Eiland. En 2014, celle-ci y plante ses premiers légumes. Le ZinTo, projet d'horticulture à vocation socio-économique, était né. Trois ans plus tard, la surface a doublé pour atteindre 2000 m² et l'ambition est d'en faire "un lieu structurant de la commune... et de tourisme", ajoute Xavier Guilmin.

© D.R.


Dans les serres, les tomates, bien qu'ayant une taille impressionnante, sont encore vertes. "Ce matin, on en a récolté 15 kilos", justifie tout sourire Aline Morocutti, responsable du potager. Au total, la surface dévolue à la culture de plantes, fruits et légumes recouvre 1500 m² (dont 10% de serres), engoncés tout en longueur entre le Meininger Hotel et des logements sociaux. On prévoit d'y récolter entre 60 et 100 kilos de fruits et légumes par semaine. Ils seront ensuite utilisés dans les cuisines des deux restaurants et du magasin présents sur le site. A l'extrémité opposée, une citerne d’une capacité de 15.000 litres récupère l’eau de pluie qui irrigue les cultures.

"Nous ne sommes pas autonomes car nous manquons et d'espace et des conditions nécessaires pour faire pousser tout ce dont nous aurions besoin : nous manquons de soleil à cause de l'ombre portée des batiments alentours. Par contre, ils nous protègent des vents, des pluies violentes et du gel. C'est une petite oasis !", s'escame Aline Morocutti sur le ton de la boutade. Mais les habitants des logements qui jouxtent le site ne pourraient sérieusement la contredire. Désormais, la vue depuis leurs étroits balcons ne donne plus sur une friche enherbée mais sur un espace potager soigné, dont les produits sont en voie d'être certifiés bio. "On a reintroduit de la biodiversité. Mais le grand atout du lieu est son aspect paysager", explique Xavier Guilmin.

Petit batard a fière allure

L'enjeu est par ailleurs social. "On a envie de faire descendre les gens de leur balcon !" Le ZinTo se veut en effet un lieu d'échange et de lien entre les habitants de la commune. Un espace entretenu actuellement par la ville a été aménagé à cet effet : un petit sentier serpente entre des bacs garnis de plantes, aromatiques pour certaines, et traverse un pré fleuri. L'association "Kiosque à graines" a quant à elle été chargée de développer le volet pédagogique et ludique de ZinTo et proposera prochainement des animations sur le thème de la culture en ville. "Ce jardin, privatif, par son côté attractif et exemplaire, est un lieu de promotion et de conseils", ajoute Xavier Guilmin. Bientôt, des panneaux didactiques viendront servir la vocation pédagogique du site. Déjà, une table en fer forgé qui rappelle son héritage industriel, attend les Molenbeekois. Enfin, Atelier Groot Eiland ambitionne d'y mettre en place des ateliers culinaires.

© D.R.


Le ZinTo, par le biais de l'Atelier Groot Eiland, est aussi un lieu d'insertion socio-professionnelle. L'association qui exploite le potager travaille ainsi avec une quinzaine de bénévoles "issus d'un public compliqué" (notamment schizophrènes, handicapés, personnes en burn-out) aux compétences variées. "C'est en quelque sorte le pendant flamand d'un atelier protégé. Nous assurons le suivi des volontaires et analysons leurs possibilités d'évolution mais on reste dans l'occupationnel", explique Aline Morocutti, cagots dans les bras. "Ils viennent de leur propre initiative et s'impliquent donc avec enthousiasme", poursuit-elle avant d'aller leur donner quelques directives. "Le travail au potager les relance dans l'activité : leur donne un rythme, des tâches,...", complète Xavier Guilmin.

Celui-ci voit dans ce "clin d'oeil à l'histoire" un "retour aux sources" : au XVIe siècle, un bras artificiel de la Senne couvrait les terre de l'actuel ZinTo. Des champs, des cultures horticoles et des vergers entouraient "La Petite Senne" aussi appelée le "Zinneke". Le cour d'eau qui traversait la commune verra son utilité diminuée et s'assèchera progressivement pour se transformer, en 1940, en friche que les riverains s'approprient : on y pend son linge, on y joue... Aujourd'hui, le ZinTo se veut lieu de promotion de l’alimentation saine et durable, de l’horticulture urbaine et du redéploiement innovant de la nature en ville. Un lieu qui a traversé le temps en s'enrichissant de chacune de ses transformations. Un "zinneke", comme Bruxelles aime en produire.