Planète

Mars fascine pas mal de monde et donc aussi les scientifiques. Nous avons demandé à six d'entre eux s'ils seraient prêts à marcher dans les pas de Mark Watney, l'astronaute héros du film Seul sur Mars.

Question: Iriez-vous sur Mars ? Et pour quoi faire ?

Yaël Nazé, astrophysicienne à l'ULG : Oui !

Les premières équipes sont rarement scientifiques, et puis il faudrait avoir l'entraînement. Ce n'est pas sûr qu'on passe les tests physiques! Mais c'est sûr que voyager dans l'espace est un rêve qu'on caresse toujours,le cosmos est si fascinant ! Sur place, il y a tant de choses a voir : les volcans énormes (Olympus Mons, notamment), le canyon geant (Valles Marineris), les zones où de l'eau - sous quelque forme que ce soit - a été ou est présente...

Vinciane Debaille, spécialiste des météorites et géologue à l'ULB : Oui !

Personnellement, je répondrais "oui" des deux mains. Comme géologue, il est très clair pour moi que l’échantillonnage humain est bien plus
performant que l’échantillonnage effectué par un robot, car il y a beaucoup d'observations qui peuvent être faite directement par une personne mais qui reste inaccessible via un robot. Il suffit aussi de constater la quantité d'échantillons lunaires ramenés par les missions humaines du programme américain (~380 kg) en comparaison au programme russe et ses missions robotisées (~300 g). Deuxièmement, ma curiosité scientifique l'emporterait certainement sur la peur d'une telle mission !

Arnaud Stiepen, chercheur en sciences spatiales à l'Université de Liège : Oui et non

Je pense que ce serait une occasion que peu de gens seraient capable de refuser. Comme disait un des pères de l'astronautique moderne (Constantin Tsiolkovski): "La Terre est le berceau de l'humanité, mais on ne passe pas sa vie entière dans un berceau". Personnellement, j'accepterai, mais dans un cadre scientifique et pas pour une mission suicide. Cependant, on peut déjà -à moindre coût/risque comparé à l'envoi d'une sonde habitée- avoir de très nombreuses informations en utilisant des robots; soit au sol (rover), soit en orbite autour de la planète (spacecraft).

Pierre-Emmanuel Paulis, de l' Euro Space Center à Transinne : Oui !

Oui sans hésiter, je suis partant pour Mars (alors que je ne suis pas d'accord avec le philosophie de Mars One) ; la vision du film "Seul sur Mars" m'a encore plus donné l'envie d'y aller En tant que membre déjà de deux missions de simulation martienne à bord de la MDRS, j'aimerais mettre en pratique les procédures que j'ai mises au point lors de ces missions : à savoir l'étude du sous sol à l'aide d'un radar puis l'exploration des pentes de cayons à l'aide d'un robot télécommandé depuis la surface.

J'aimerais aussi partir loin en exploration à bord d'un véhicule motorisé en exploration, à la découverte des plus beaux paysages. Je rêverais aussi de dessiner une BD complète sur Mars ... Sur deux ans à sa surface, c'est faisable ... La première BD sur Mars !

Francis Rocard, astrophysicien français, responsable du programme d'exploration du système solaire au Cnes, l'agence spatiale française : Non !

Le première mission habitée sur Mars ne restera qu'un mois maximum sur la planète ( comme on le voit dans le scénario du film Seul sur Mars). Par contre la durée de la mission avoisinera les 400-500 jours. (C'est le scénario de la simulation MARS500 réalisée par les russes et l'ESA). La croisière aller-retour sera longue et monotone, même pas la Terre à regarder pour se distraire. Donc pour moi, le jeu n'en vaut pas la chandelle.

Par contre, un petit séjour sur la Lune comme Apollo, soit une semaine de vacances, je signe tout de suite !

Vladimir Pletser, ingénieur à l'Agence spatiale européenne et candidat astronaute : Oui, bien sûr !

Je voudrais faire partie d'un premier équipage scientifique dont le but serait de chercher (et trouver) des traces de vie sur la planète Mars et d'installer un poste avancé d'une première colonie humaine sur Mars. Après l'atterrissage, et tout en suivant le protocole qui aura été décidé, je voudrais pouvoir faire quelques pas dehors, pouvoir toucher le sol martien et faire couler la poussière martienne entre mes doigts de gant de scaphandre, avant de commencer les investigations scientifiques.