Planète

“Ils sont sympas, à Stockholm!” Lancée d’un air débonnaire, avec cet inimitable accent vaudois, la première réaction de Jacques Dubochet, après la réception de son prix Nobel de chimie ce mercredi, fait déjà rire son public. Et elle peut donner à elle seule la mesure du bonhomme : c’est sûr, il ne se prend pas au sérieux. Dans la même veine, barbe blanche et visage hilare, il décrit son invention à l’origine du prix scientifique le plus prestigieux en une phrase : “nous avons inventé l’eau froide !”

Modeste révolutionnaire

Pas grand-chose, alors ? En fait, Jacques Dubauchet, dans les années 80, n’a rien fait de moins que révolutionner la biochimie et la capacité à observer les molécules du vivant, en congelant leur eau. Pourtant, si l’on en croit ce professeur émérite à l’Université de Lausanne (Unil), tout avait très mal commencé pour lui : “J’étais mauvais. C’est quasi par accident que je suis entré au collège classique, mais c’était trop difficile, alors après un an, j’ai été au collège scientifique, mais ça n’a pas été non plus.” Un directeur détecte alors chez lui une dyslexie. “Et j’ai été le premier dyslexique reconnu du canton. Ce qui m’a valu de faire tout le collège en étant de plus en plus mauvais et en étant de plus en plus misérable dans tous les domaines !” Finalement, moyennant une exclusion, des systèmes de compensation adaptés aux dyslexiques, il arrive à terminer son école secondaire. “Après, ça s’est bien passé. Voilà mon CV”, termine-t-il en riant.


Son Curriculum vitae publié sur le site de l’Unil - et qui a fait le bonheur des internautes le découvrant mercredi - , comprend d’ailleurs très officiellement, à l’année 1955, cet état de premier dyslexique vaudois et précise “qu’il permet d’être mauvaise en tout, mais aussi de comprendre les personnes en difficulté”.


Sauvé grâce à Copernic

En guise de jalon majeur de son parcours, en compagnie de ses prestigieux diplômes, il mentionne aussi dans son CV 1946, lorsqu’il “n’a plus peur du noir” car il a compris, grâce à Copernic, “que le soleil revient toujours”. Sa première expérience ? Entre 1948 et 1955, “ à l’aide d’aiguilles, d’allumettes, de ficelles et de couteaux”. Jacques Dubauchet? Une personnalité agréable, mais pas comme tout le monde, résument ceux qui ont travaillé avec lui. Le genre à proposer de vous reconduire à l’hôtel, mais en vélo, et alors que vous portez une valise...

Le biophysicien de 75 ans lui, admet, qu’il fut plus jeune non pas asocial "parce que je ne suis pas 'retenu'", mais “qu’il avait beaucoup de peine avec les monde.Mais chaque dix ans, je trouve que ça va mieux... Et maintenant, ça va pas mal..."