Planète

Et voilà, il ne reste plus qu’à claquer la porte derrière soi. Après un séjour de 340 jours loin de chez lui, Scott Kelly peut rentrer à la maison. Mais il retrouvera d’abord le plancher des vaches au Kazakhstan, ce mercredi matin (5 h 45, heure de Bruxelles). Car cet Américain de 52 ans vient de passer près d’un an dans l’espace, dans la Station spatiale internationale, qu’il quittera ce mardi soir, vers 22 heures 15.

Sur cette plate-forme de 110 mètres de long et 74 mètres de large, faite de divers modules pressurisés et située en orbite à 400 km de la terre, les astronautes restent en général 6 mois. Scott Kelly, avec son collègue russe Mikhail Kornienko, ont donc doublé la dose. L’objectif : jouer les cobayes humains, en prévision des voyages spatiaux vers la planète Mars. Ce seront en effet des missions de longue durée. "Ces voyages pourraient durer 500 jours, voire plus", précise la Nasa, l’agence spatiale américaine. Une mission complète pourrait prendre trois ans. Il est donc capital de savoir comment le corps humain s’adapte et réagit aux vols de longue durée dans l’espace. Une longue exposition à un environnement "zéro-gravité" peut affecter le corps humain à de multiples niveaux : os, muscles, yeux.... Sans parler de l’aspect psychologique, car "les effets d’une vie dans un espace confiné et isolé est aussi à prendre en compte en vue des voyages vers Mars", indique la Nasa.

"Sauter dans ma piscine"

Depuis la station spatiale(ISS), le 25 février, Scott Kelly a déjà livré aux journalistes un premier bilan de son état de santé. "Physiquement, je me sens plutôt en forme. Je souffre seulement de petits problèmes de vue liés à l’apesanteur comme lors de mon précédent séjour dans l’ISS." La microgravité augmente en effet le fluide céphalo-rachidien autour du nerf optique, affectant la vision. L’absence de gravité réduit aussi la masse musculaire et la densité osseuse, ce qui contraint les astronautes à faire régulièrement de l’exercice. Malgré ces problèmes, il assure adorer vivre et travailler dans l’espace.

Mais il admet : "même après un an, ce n’est pas normal d’être ici, il y a toujours une peur qui plane. C’est un environnement hostile. Même si ce n’est pas forcément inconfortable." Il poursuit : "Psychologiquement, je me sens bien, mais j’attends avec impatience de rentrer chez moi. Une des premières choses que je veux faire, c’est sauter dans ma piscine! Ici, il n’y a pas d’eau courante. C’est un peu comme camper dans les bois pendant un an ! Et la moitié de mon temps (dormir et travailler à l’ordinateur), je l’ai passée dans une sorte de boîte de la taille d’une cabine téléphonique ! Mais le plus dur , c’est d’être isolé - au sens physique - des personnes restées au sol et qui sont importantes pour vous."

Flore intestinale et besoin d’énergie

L’astronaute aurait pu "rester un an de plus s’il avait dû". Mais il retrouvera bientôt sa famille, et en particulier son jumeau Mark, un ancien astronaute, resté sur Terre. Les paramètres physiques des deux frères sont soigneusement monitorés. Et la Nasa va à présent comparer les changements produits sur le corps de Scott et celui de Mark, durant un an. Chez Scott, les études débutées sur l’ISS ( qui vont de l’état de sa flore intestinale à ses capacités motrices, en passant par ses besoins d’énergie) dureront encore de 3 à 6 mois. "On serait heureux de ne pas voir de différence entre une mission de 6 mois et une d’un an, mais on s’attend à des modifications, a averti John Charles, responsable scientifique des missions habitées à la Nasa. Au plus un humain reste dans l’espace, au plus il est exposé à des risques comme les radiations ou la zéro-gravité. Nos chercheurs travaillent à créer des stratégies qui en contrent les effets, pour rendre possible à l’avenir des voyages spatiaux plus poussés."