Planète Dans le cadre des Grandes conférences catholiques, où il a véritablement conquis le public du palais des Beaux-Arts, l'astronaute français Thomas Pesquet était de passage à Bruxelles ce lundi 22 octobre. Nous l'avons rencontré, pour évoquer la mission de 6 mois qui l'a mené dans la station spatiale internationale (ISS), ce laboratoire en orbite autour de la Terre à 400 km d’altitude, mais aussi pour parler de son futur et celui de l'exploration spatiale.

Tout d'abord, revenons sur un événement marquant de ces dernières semaines dans le monde du spatial : le départ avorté vers l'ISS de plusieurs astronautes. Un problème de moteur sur la fusée Soyouz a contraint les astronautes à un atterrissage d'urgence, deux minutes après le décollage. Quelle a été votre réaction ? On se dit que vous avez dû avoir un frisson d'angoisse rétrospective, puisque vous aussi vous avez emprunté cette fusée...

D'abord, je suis content qu'ils aillent bien ! Oui, ils ont dû avoir peur parce que c'est un moment qui est déjà impressionnant. Cette grosse lumière rouge qui s'allume, c'est la dernière chose qu'on a envie de voir ! La fusée a bien fonctionné - enfin le système de sécurité a bien fonctionné - ils sont revenus sur Terre, même si c'était un peu rock n'roll. Cela fait depuis 1975 qu'on n'a plus eu de soucis avec le lanceur Soyouz. C'est la loi des grands nombres : si on fait autant de lancements, même si on fait tout ce qu'on peut pour que cela se passe bien, un jour, il y a des chances pour que ça se passe un peu moins bien, et c'était eux.


© BAUWERAERTS DIDIER


Mais il y a eu un précédent, avec cette fuite dans la paroi de l'ISS récemment... Est-ce qu'on peut encore avoir confiance dans cette vieille ISS et les vaisseaux spatiaux qui y sont reliés ?

Oui, je pense qu'on peut s'y fier. L'ISS en elle-même elle va bien. La fuite était elle aussi dans un vaisseau Soyouz, malheureusement, mais qui était attaché à l'ISS. Il y a des modules qui ont été lancés fin 2011-2010 - c'est vraiment la date de la fin (de l'assemblage) de la station -  et il y a des modules qui ont été lancés il y a un peu plus longtemps, mais tout cela va bien. Le lanceur Soyouz, c'est de la technologie plus ancienne, mais en même temps, on l'aime bien à cause de sa fiabilité justement. Tout ce qui est ancien est fiable dans le spatial. On n'intègre pas les dernières technologies tout de suite avec des grands écrans plats, des touchscreens etc. Nous, on est un petit step en arrière, parce qu'on veut que les choses soient prouvées et fonctionnent dans un environnement extrême. Je ne pense pas que cela remet en question la fiabilité de l'ISS. De toute façon, on étudie de manière technique la possibilité de la prolonger. Et si la réponse est non, on ne la prolongera pas.

Et vous, justement, c'est votre ambition de retourner là-haut ?


Oui, moi, j'aimerais bien. Là-haut, la vie est belle - enfin je ne sais pas si on peut dire belle, car ce sont des conditions de vie de camping un peu difficile ! -  mais on a un sens de la mission. On se lève tous les matins et a un emploi du temps rempli, mais on bosse, on a une chose dont on se préoccupe et tout le reste est secondaire. Ici sur Terre, - du moins depuis mon retour - je trouve que ma vie est davantage variée, avec davantage de choses à faire à droite à gauche. J'ai moins ce sens de la mission. Quand on est dans la station spatiale, c'est comme avoir des superpouvoirs : on flotte, on vole, on peut porter des charges immenses... Et puis quand on revient sur Terre, oh, tout de suite, c'est comme avoir perdu ses pouvoirs. On a envie de les retrouver !

© BAUWERAERTS DIDIER


Vous avez dit que c'est comme une drogue...

Oui, on s'habitue en fait. On s'adapte, c'est ça qui est fantastique ! Le corps humain qui est fait pour vivre sur Terre - on est des animaux phénoménalement terriens ! - s'adapte à ce nouveau milieu qui n'est pas fait pour cela. Il y a des choses qui changent, vraiment, de manière assez profonde. Et puis on se retrouve à évoluer de manière complètement harmonieuse dans ce truc qui n'est pas pour nous, c'est quand même fort !


Qu'est-ce qu'il faut pour être un bon astronaute ?
Il faut de la patience, je pense. Il faut de la chance pour la sélection ; il faut être au bon endroit au bon moment. En Europe, il y a une sélection à peu près tous les 15 ans. Malheureusement, il y a sans doute des gens très brillants qui n'ont pas l'occasion de s'inscrire sur la ligne de départ, donc on ne saura jamais s'ils auraient été sur la ligne d'arrivée. Moi, je pense qu'il faut surtout être un bon joueur d'équipe. Il ne faut pas être Rambo ou Top Gun. Il faut plutôt savoir fonctionner en groupe. Les vols du présent, c'est 200 jours dans la station spatiale, les vols du futur, ce sera 900 jours aller et retour pour les missions vers Mars. Là, il faut quand même être capable de communiquer... Parfois d'être un leader, mais parfois aussi savoir suivre sans que ça pose problème... Il y a tout ce côté dynamique de groupe, ce côté plus psychologique, c'est ça qui est important dans ce métier aujourd'hui.

Retrouvez l'intégralité de cet interview dans La Libre du mercredi 24 octobre