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La chasse à la baleine dans l'Antarctique est depuis quelques jours au centre de vifs débats à la Cour internationale de Justice (CIJ). Dans cette affaire, le Japon, défenseur de cette pratique, est opposé à l'Australie. La Nouvelle-Zélande est également présente comme intervenante. Retour sur le fond d'un problème vieux de plusieurs années.

Pratiquée depuis quelques siècles, la chasse à la baleine a connu un essor important au 19ème grâce au perfectionnement des techniques de chasse, notamment du harpon. Très appréciées entre autre pour leur viande, les baleines ont vu leur nombre diminuer de manière exponentielle. Face à ce constat, la Commission baleinière internationale (CBI) est créée en 1948. Les espèces les plus menacées sont alors protégées par des conventions. Des quotas par pays sont aussi introduits.

En 1986, un moratoire interdit toute chasse à la baleine dans un but commercial. Le Japon qui avait décidé de ne pas signer ce document change d'avis et le paraphe en 1987. Il reçoit peu de temps après un permis spécial l'autorisant à capturer des baleines au nom de la « recherche scientifique ».


Chasse commerciale déguisée versus recherche scientifique avérée

L'Australie et la Nouvelle-Zélande (ainsi que d'autres pays) s'opposent formellement à ce « cadeau » consenti au Japon. Après plusieurs menaces proférées à l'encontre des autorités nippones, l'Australie passe à l'acte et porte plainte devant la CIJ en 2010. Le procès démarre alors officiellement le 26 juin dernier. 

Lors de la première audience, Bill Campbell, avocat au bureau du procureur général australien, déclare que "le Japon cherche à dissimuler sa chasse à la baleine à but commercial sous la blouse blanche de la science". Le but de l'Australie est clair : le Japon doit mettre un terme à son programme de recherche nommé Jarpa II car "ce n'est pas de la science" continue Bill Campbell. 

La réponse du berger à la bergère ne se fait pas attendre. "Les affirmations de l'Australie sont invalides", déclare Koji Tsuruoka, le vice-ministre japonais des Affaires étrangères. "La chasse à la baleine du Japon est menée pour des raisons scientifiques en concordance avec la loi internationale". L'objectif affirmé de Tokyo est de prouver de manière scientifique que les baleines peuvent être chassées sans que leur survie ne soit menacée.

Mais les détracteurs du programme reprochent au Japon les viandes de baleine retrouvées fréquemment sur les marchés. Encore une fois, leur défense est toute trouvée puisque "la viande doit être utilisée autant que possible".


Les écologistes voient rouge

Plusieurs organisations non gouvernementales (ONG) suivent activement ce débat Le représentant de Greenpeace John Frizell a ainsi assuré à l'AFP que "l'affaire concernait la légalité du programme, la quantité de baleines qu'ils chassent n'a donc pas d'importance". 

Le directeur de Sea Shepherd Pays-Bas, Geert Vons, ajoute que l'affaire est cruciale pour l'avenir des baleines: "si rien ne se passe maintenant, je ne sais pas ce qui va arriver". "L'Antarctique est le dernier continent vraiment sauvage, il doit être protégé". Les militants de Sea Shepherd s'opposent régulièrement aux flottes nipponnes pour les empêcher d'atteindre les eaux de l'Antarctique. 

Et le combat des organisations pro-environnementales ne s'arrête pas là. Elles veulent également sensibiliser d'autres pays comme l'Islande et la Norvège qui revendiquent haut et fort la chasse commerciale à la baleine. Ces deux pays n'ont toutefois pas été inquiétés par Canberra.

La Haye clôturera les audiences publiques le 16 juillet 2013 mais a déjà annoncé que le jugement ne sera pas rendu avant plusieurs mois.