Planète

En quête d’énergie pour offrir l’électricité à tous ses habitants et soutenir son développement, le Népal mise tout sur l’hydroélectricité. Mais la construction de barrages se fait souvent au mépris des activités touristiques, des populations locales et de l’environnement. Le Bhoutan mise sur l’hydroélectricité depuis longtemps, non sans critiques. Reportage.

Nichée au creux d’une gorge verdoyante, la sauvage Bhote Koshi, littéralement "rivière du Tibet", connaît une agitation inhabituelle en cette fin octobre : une trentaine de pagayeurs originaires du monde entier sont venus affronter ses eaux tumultueuses lors d’une compétition de kayak extrême, la Bhote Koshi Express. Malgré l’ambiance joviale, l’inquiétude règne : d’ici trois ans, la rivière aura disparu. Depuis 2013, la construction d’un nouveau barrage a commencé en amont, au niveau du village de Chaku. La centrale de production hydroélectrique, elle, se trouvera bien plus bas, à Jambu : sur sept kilomètres, l’eau de la rivière sera entièrement déviée, forcée de passer au travers d’une longue conduite qui permettra d’accélérer l’eau - et d’accroître la production d’énergie.

Pour les amoureux de la Bhote Koshi, c’est une catastrophe. "Le lit de la rivière va être entièrement asséché. Ce que vous voyez là aujourd’hui, ces vagues, cet écosystème, tout aura disparu", regrette Megh Ale, président du Nepal River Conservation Trust. L’homme est d’autant plus amer qu’il a construit là l’œuvre de sa vie : le Borderlands Resort, un havre de paix pour touristes en quête de nature, auquel il devra bientôt dire adieu. "Qui voudra séjourner ici si nous ne pouvons plus offrir l’environnement et les activités qui ont jusque là fait l’attrait de ce lieu ?", déplore-t-il. A terme, cinq barrages ponctueront le cours de la Bhote Koshi - dont deux déjà en service. La rivière sera alors entièrement hors d’usage. Pour la trentaine d’entreprises touristiques qui proposaient jusque là des descentes en rafts sur le mythique cours d’eau, le compte à rebours a commencé.