La Belgique en orbite d’ici à 2017

Dominique Simonet Publié le - Mis à jour le

Planète

Il y a de plus en plus de monde dans l’espace, et ça ne va pas s’arranger. Les initiatives d’engins suborbitaux récupérables se multiplient, et la Belgique pourrait bien être partie prenante de l’une d’elle. En 2017, la société Swiss Space Systems (S3) projette un premier vol test d’une navette spatiale, et trois entreprises belges ont été invitées à y participer.

Aucune communication officielle n’a été faite, et comme les contrats sont en négociation, impossible de citer les intervenants. L’on peut cependant dire que notre pays devrait mettre à profit ses domaines traditionnels d’excellence dans l’industrie aérospatiale. Les secteurs concernés sont la conception et la construction d’aérostructures, les études aérodynamiques en soufflerie et les systèmes numériques d’assistance au pilotage. Pour faire bonne mesure, à la belge, les trois régions du pays sont concernées (Wallonie, Bruxelles et Flandre). Outre ces partenariats industriels, des collaborations universitaires ne sont pas exclues.

L’annonce officielle de cet ambitieux projet doit être faite ce mercredi 13 mars, à 13h13 (allez savoir pourquoi), depuis la ville suisse de Payerne. Là, le passionné d’aéronautique se met en mode "alerte". Payerne, dans le canton de Vaud ? Effectivement, là où nichait Solar Impulse avant son immigration aux Etats-Unis. C’est là que se trouve la base aérienne 11 des Forces aériennes suisses, avec cinq escadrilles dont certaines alignant des avions de combat Boeing (McDonnell Douglas) F/A 18-Hornet.

Dans un premier temps, le projet de la société S3 consiste à faire voler une navette baptisée Soar vers une altitude entre 80 et 100 kilomètres, pour la placer en orbite basse. D’où l’étrange acronyme Soar, pour Suborbital airplane. Cent kilomètres d’altitude, c’est la limite entre la Terre et l’Espace, frontière convenue internationalement qui s’appelle aussi la ligne de Kármán, du nom du physicien Theodore von Kármán.

Comment la navette l’atteindra-t-elle ? Après avoir décollé sur le dos d’un avion et être montée jusqu’à 33 000 pieds (10 kilomètres), Soar sera largué, non sans avoir enclenché son moteur fusée pour grimper jusqu’à l’orbite voulue. L’avion prévu serait un Airbus A300. La première génération d’Airbus, entrée en service en 1974, dont plus guère d’exemplaires ne volent sauf en version cargo, et encore, pour des compagnies bananières ? Oui, sauf quelques machines spécialisées, comme le Zero-G du Centre national d’études spatiales (Cnes), en France, qui réalise des vols paraboliques au sommet desquels sont créées une vingtaine de secondes d’apesanteur (lire p. 27).

La navette ne va pas plus haut que la centaine de kilomètre au-dessus de la Terre, d’où elle redescendra en vol plané. Mais, de sa soute va se détacher un troisième étage dont le moteur s’allumera pour monter à une altitude de 800 kilomètres cette fois, et y larguer un satellite. C’est la première mission de la navette suisse : la mise en orbite de satellites de petites tailles, jusqu’à 250 kg. Ou deux de 125 kg maximum.

Cela n’a l’air de rien, mais il y a un juteux marché derrière : tous les pays émergents, ou ne disposant que de peu de moyens, mais qui veulent participer à la conquête spatiale, pourraient ainsi se lancer dans des programmes de recherche ou augmenter leurs capacités militaires.

Dans ce secteur, une croissance annuelle de 20 % est attendue jusqu’en 2020, à tel point que Skywin, le pôle d’excellence aérospatial wallon, en a fait l’un de ses nouveaux axes de développement.

Ça tombe bien

Et Swiss Space Systems annonce des tarifs quatre fois moins chers que la concurrence des fusées à usage unique, puisque sa navette Soar est récupérable.

Et des vols habités ? L’on sait qu’il y a toute une clientèle fortunée prête à ouvrir grand les cordons de la bourse pour s’offrir le grand frisson. La ligne de Kármán, c’est aussi celle au-delà de laquelle l’on reçoit ses ailes d’astronaute

Mais pour S3, ce n’est pas la priorité. Si tout va bien, le premier vol test aura lieu en 2017, le premier vol commercial en 2018. "On va faire les certifications aux normes suisses qui sont compatibles avec les standards internationaux" , dit-on chez S3. Certifications tant AESA (Agence européenne de la sécurité aérienne) qu’ASE (Agence spatiale européenne), pour toutes les altitudes, dans l’atmosphère terrestre comme au-delà. Techniquement, dans la soute de la navette, le module de lancement de satellites serait remplacé par un habitacle pressurisé. "La navette aurait la possibilité d’être habitée, affirme-t-on du côté de S3, mais il y aura encore beaucoup d’études à faire pour attaquer ce marché très concurrentiel. C’est une vision."

A bien y regarder, la conquête du ciel n’est qu’une affaire de visionnaires. Et si l’on commence à avoir des visions en Belgique maintenant, où va-t-on ? Dans l’espace en 2017.

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