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Le changement climatique a d'ores et déjà doublé la probabilité de la survenue d'une vague de chaleur telle que celle observée en Europe entre mai et juillet de cette année, par rapport à l'ère pré-industrielle. C'est en tout cas la conclusion principale qui ressort d'une étude réalisée par des scientifiques du réseau World Weather Attribution (WWA), dont les résultats ont été publiés vendredi 27 juillet 2018.

Depuis le début de cette vague de chaleur qui touche tout l'hémisphère nord depuis quelques semaines - et comme pour tout événenement météo en particulier -, les scientifiques sont réticents à attribuer au seul dérèglement climatique la survenue de ces conditions climatiques extrêmes. À l'heure actuelle, de plus en plus de recherches, comme celle du WWA, sont conduites pour déterminer à posteriori si ces évènements météorologiques auraient pu ne pas se produire sans le changement climatique causé par les activités humaines.

Les chercheurs du réseau World Weather Attribution (WWA) ont décidé d'aller plus vite et de ne pas attendre la fin de cette canicule pour lancer leurs calculs, soulignant d'ailleurs le caractère "préliminaire" de leurs résultats.

Une méthode "probabiliste"

Méthodiquement, les chercheurs du WWA ont cherché à établir un rapport "probabiliste" entre ces évènements extrêmes et les grandes tendances liées au réchauffement. Ils ont pu ainsi déterminer dans quelle mesure ce changement climatique actuel et futur modifie la probabilité (et donc la fréquence) de survenance d'un évènement météorologique d'une telle intensité. Le lien établi n'est donc pas de nature causal mais probabiliste, entre les événements extrêmes et les grandes tendances liées au changement climatique.

Les chercheurs du "World Weather Attribution" ont sélectionné sept stations météorologiques en Europe du nord - deux en Finlande et une au Danemark, en Irlande, aux Pays-Bas, en Norvège et en Suède. Ces lieux ont été choisis du fait que les données météorologiques y sont accessibles en temps réel et qu'elles possédaient des rapports digitaux chiffrés sur les années précédentes, remontant tôt jusque dans les années 1900. Les météorologues ont ainsi relevé la température la plus forte des trois jours consécutifs les plus chauds, sur la période du 1er mai au 24 juillet 2018. Ils ont comparé les résultats avec les trois jours consécutifs les plus chauds enregistrés lors des années précédentes. Le constat a été sans appel : la période de 2018 était, de manière saisissante, la plus chaude.

Les données enregistrées dans les stations situées plus au nord (Suède, Norvège, Finlande) permettent de conclure que le changement climatique a augmenté les probabilités de la chaleur actuelle, sans toutefois la quantifier. En revanche, les observations des stations irlandaise, néerlandaise et danoise dévoilent des chiffres plus précis. Elles démontrent, de manière générale, que le changement climatique multiplie les chances de survenues de vagues de chaleur par plus de deux - 2 à Dublin (Irlande), 3,3 à De Bild (Pays-Bas), 5 à Copenhague (Danemark).

Un signe "sans ambiguïté" du changement climatique

Pour les chercheurs du WWA, ce travail ne constitue qu'un résultat "préliminaire", basé en partie sur des prévisions de chaleur pour les prochains jours. Une étude plus complète ne pourra être réalisée qu'après l'été. Néanmoins, selon ces scientifiques, le bilan repose sur un constat essentiel : les effets du changement climatique causé par l'activité humaine sont à cette heure précise sans ambiguité aucune.

Outre que la vague de chaleur actuelle était "plus probable" en raison du réchauffement, les chercheurs concluent que "le signe du changement climatique est sans ambiguïté".

" Le monde devient plus chaud et des canicules comme celle que nous vivons actuellement vont devenir plus courantes avec les années", explique leDr Friederike Otto, de l'"Environmental Change Institute" à l' Université d' Oxford. "C'est une réalité à laquelle notre société doit se préparer. Il n'y a cependant aucun doute sur le fait que nous pouvons (et que nous devons) contrecarrer les probabilités d'évènements météorologiques extrêmes en contribuant de toutes nos forces à réduire les émissions de gaz à effets de serres" poursuit-il sur une note plus combative.