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Les baleiniers nippons ont repris la route vers l’Antarctique ce vendredi pour leur chasse annuelle et controversée. Trois navires japonais rejoindront le navire-usine Nisshin Maru prochainement. La date exacte est gardée secrète par l’Agence de la pêche japonaise pour des raisons de sécurité. Ils trouveront sur leur chemin 4 navires, un hélicoptère, trois drones et une centaine de personnes sous les ordres de Paul Watson, grand patron de l’organisation écologiste Sea Shepherd (Le Berger de la mer), qui a promis de perturber ces opérations de chasse malgré la décision d’une cour de justice américaine l’enjoignant de ne pas s’approcher, à moins de 500 mètres, des navires japonais quand ils naviguent en pleine mer.

"Les baleiniers Japonais ne seront pas dans le sanctuaire avant le 21 janvier. Quand ils arriveront, nos navires seront prêts à les intercepter", prévient Lamya Essemlali de Sea Sheperd France. C’est la 9e fois que les militants écologistes envoient des bateaux dans cette zone et le nom de l’opération est clair : "Tolérance zéro". Objectif annoncé : empêcher les Japonais de pêcher les quelque 1 000 petits rorquals et 50 rorquals communs qu’ils espèrent amasser d’ici au mois de mars. Les pays opposés à la pêche à la baleine ont appelé jeudi les militants écologistes à s’en tenir à des manifestations pacifiques et sans danger tandis que Watson affirme sur son site Internet : "Nous sommes toujours là pour garder le sanctuaire des baleines dans les mers du Sud, avec nos bateaux et nos vies."

Les impatients veulent passer à l’action

Vice-président de la Commission baleinière internationale (CBI), le Belge Frédéric Chemay explique : "Les Japonais disposent d’un régime particulier. Ils sont autorisés à chasser la baleine sous couvert d’un permis scientifique à des fins de recherches." S’il reconnaît que la situation n’est pas parfaite, il défend la position des Etats anti-chasse, dont la Belgique, qui se refusent à soutenir officiellement les actions menées par Sea Shepherd : "On ne peut pas cautionner une action illégale qui pose de sérieux problèmes de sécurité en mer et qui est une forme de piraterie. Mais les pays anti-chasse sont pris entre le marteau et l’enclume car ils comprennent, malgré tout, la motivation des militants de Sea Shepherd. Ce sont des impatients qui veulent passer à l’action tandis qu’au sein de la CBI, on tente plutôt de faire pression sur les Japonais à coup de moratoire ou autre sanctuaire marin. La Belgique prône le multilatéralisme pour tenter de trouver une solution internationale à ce problème complexe. C’est un processus qui sera très long A titre personnel, je comprends qu’ils soient impatients !" Si le moratoire imposé en 1986, proscrivant la pêche à des fins commerciales, a permis de réduire significativement la chasse à la baleine, les sanctuaires restent purement symboliques. Les baleiniers japonais ne se privent pas de les violer. "Ce n’est pas juridiquement interdit", explique Frédéric Chemay qui reconnaît : "Sans aucun jugement de valeur, il faut bien admettre que les actions de Sea Shepherd ont le mérite d’avoir fait en sorte que les Japonais ne parviennent pas à pêcher ce que leur permis scientifique les autorise à attraper." Lors de la campagne 2011-2012, les navires nippons auraient tué un peu moins de 250 baleines, soit un quart de leur stock habituel. Le Japon avait, l’année précédente, ramené sa flotte au port avec seulement 172 cétacés pêchés, du fait du harcèlement des écologistes. "Ces pays se satisfont de grandes déclarations mais s’ils prenaient vraiment au sérieux la survie des baleines, ils enverraient un navire pour faire protéger ce sanctuaire qu’ils ont eux même ratifié", s’indigne Lamya Essemlali. "Nous en serons encore à signer des pétitions et à arborer des banderoles quand ils auront tué la dernière baleine. A Sea Shepherd, nous avons choisi un autre mode d’action."

Une baleine vivante vaut plus qu’une baleine morte

Le futur président de la CBI - il en prendra la tête à l’horizon 2016, après deux années en tant que vice-président - voit, dans les considérations socio-économiques, une porte de sortie potentielle : "De plus en plus de pays se rendent compte qu’une baleine vivante rapporte plus qu’une baleine morte. Cela leur permet de développer l’éco-tourisme, etc." Mais les Japonais, eux, pour des raisons culturelles et sociétales, restent très attachés à la chasse à la baleine même si la demande pour la viande est très faible. D’après un sondage réalisé fin octobre et relayé par le "Guardian", 88,8 % des personnes interrogées indiquent ne pas avoir acheté de viande de baleine pendant l’année écoulée. L’Institut de recherche sur les cétacés estime pour sa part que les recettes provenant de la vente de viande de baleine sont tombées de 5,47 milliards en 2010 à 1,77 milliard de yens en 2011, tandis que la valeur des stocks n’a cessé d’augmenter.

Paul Watson, 61 ans, figure de proue de Sea Shepherd est actuellement visé par un mandat d’arrêt du Costa Rica et recherché par Interpol pour "entrave et bris de bateau" et "mise en danger de la vie d’autrui" lors d’une opération contre la chasse aux requins en 2002. Les autorités japonaises ont indiqué que des garde-côtes seraient à bord des baleiniers nippons pour assurer la sécurité des Japonais face au harcèlement de l’association écologiste. L’Australie, la Nouvelle-Zélande, les Pays-Bas et les Etats-Unis ont, de leur côté, déclaré qu’ils n’hésiteraient pas à faire respecter la loi en cas "d’activité illégale".