Planète

L’industrialisation soutenue de ces trente dernières années a mené “naturellement” le pays à la place peu enviable de premier pollueur de la planète. Avec forcément des conséquences mondiales, mais également nationales : d’après la Banque mondiale, cette pollution pourrait provoquer à terme chaque année 750 000 morts et une perte de 160 milliards de dollars pour l’Etat chinois. D’où l’intérêt de l’état des lieux environnemental dévoilé récemment.

La Chine a en effet réalisé son premier recensement national sur la pollution, qui lui a permis de répertorier près de six millions de sources de nuisance agricole, industrielle et résidentielle. Le recensement aura duré deux ans et mobilisé plus de 570 000 employés. Ce tableau assez détaillé de qui pollue et où donne à la Chine une tête d’avance en la matière sur les autres pays en développement. L’étude relève notamment que le monde agricole, avec ses 800 millions de ruraux, a sa part de responsabilité. “Nous devons faire de la prévention et du contrôle de la pollution d’origine agricole une de nos priorités en matière de protection de l’environnement afin de résoudre à la racine le problème de la pollution de l’eau en Chine”, a déclaré Zhang Lijun, vice-ministre de l’Environnement. Selon le recensement, basé sur des données recueillies en 2007, près de la moitié (43,7 %) de la quantité de DCO (demande chimique en oxygène) – utilisée pour mesurer le degré de pollution des eaux usées – provient de l’agriculture. La Chine a investi des milliards de dollars pour dépolluer ses fleuves, rivières et lacs. Selon des données officielles, plus de 200 millions de Chinois n’ont pas accès à une eau potable saine. Pour Greenpeace Chine, le recensement montre que la pollution agricole constitue l’“une des crises environnementales les plus graves”. “La Chine doit renforcer sa lutte contre l’utilisation massive d’engrais et de pesticides et promouvoir l’agriculture biologique”, a déclaré un de ses membres Sze Pang Cheung. Wang Yanliang, responsable du ministère de l’Agriculture, a expliqué que les autorités avaient déjà pris des mesures, par exemple l’utilisation des déchets organiques pour produire du biogaz, une énergie renouvelable. “Fin 2008, nous avions construit 30,5 millions de digesteurs familiaux”, a dit Wang, ajoutant que les autorités devraient soutenir ce genre de projets dans les zones rurales et inciter financièrement les paysans à utiliser les énergies renouvelables.

Le gouvernement central dispose désormais d’un an pour exploiter ces résultats afin de préparer son prochain plan quinquennal sur l’environnement, qui devrait traduire le souci récent de la Chine d’équilibrer considérations économiques et environnementales. Différents ministères étudient également la possibilité de créer une taxe environnementale, a déclaré le vice-ministre chinois à la Protection de l’environnement, Zhang Lijun, lors d’une conférence de presse mardi. La Chine s’attend à connaître des niveaux de pollution record plus tôt que prévu. “Etant donné que le modèle de développement économique de la Chine a été différent de celui des pays développés, la Chine devrait battre les records de pollution et voir une nette amélioration lorsque le revenu par habitant avoisinera les 3 000 dollars”, a estimé M. Lijun.

© La Libre Belgique 2010