Planète Greenpeace s’alarme du respect des accords de Paris.

Il nous reste dix ans pour changer les modes de production et de consommation des véhicules automobiles, effectuer la transition vers une mobilité à faibles émissions de carbone et miser sur les véhicules électriques, les transports publics, le vélo et la marche. Dix ans. Autrement dit : demain. C’est l’alarmante conclusion d’une étude commandée par Greenpeace au Centre allemand pour l’aéronautique et l’astronautique (DLR), consultée en primeur par La Libre. Pour respecter les accords de Paris sur le changement climatique et maintenir la hausse des températures sous la barre de 1,5 degré, la production des véhicules avec un moteur à combustion doit être arrêtée avant 2028. "Les constructeurs automobiles continuent de s’accrocher au moteur à combustion interne et essaient de réaliser autant de profits que possible en se basant sur les modèles actuels. Cette approche doit changer, car ils conçoivent en ce moment les véhicules qui seront commercialisés vers 2025 et dont la production prendra fin vers 2035. Si l’Europe veut honorer ses engagements en matière de changement climatique, le nombre de voitures vendues doit être réduit à court terme, et elles ne peuvent plus être équipées de moteurs à combustion interne", lit-on dans cette étude.

L’ONG appelle aussi à une interdiction générale des nouvelles ventes de voitures diesel - plus nocives pour la santé - le plus vite possible, avant 2028. Enfin, Greenpeace recommande aux constructeurs automobiles de se pencher sur les nouveaux modèles de véhicules électriques. Cela sera-t-il suffisant ? Visiblement, non. "Même si nous abandonnons les voitures à carburant fossile d’ici 2028, ce qui est ambitieux, il nous faudra encore économiser 300 millions de tonnes de CO2 supplémentaires pour avoir 66 % de chances de maintenir le réchauffement climatique en deçà de 1,5 degré."

Appel à tous les gouvernements

Face à l’urgence climatique, l’ONG lance donc un appel aux différents niveaux de pouvoirs en Europe : chaque gouvernement, local et fédéral, doit mettre la main à la pâte pour établir un plan de sortie du moteur à combustion mais aussi prendre des mesures contraignantes, sans lesquelles le paquebot ne risque pas de changer de cap.

Greenpeace ne s’arrête toutefois pas là et estime que la mobilité doit être repensée pour réduire drastiquement le parc automobile : pas question de remplacer chaque véhicule à carburant par un véhicule électrique. Désormais, il faudra penser en termes de mobilité douce et partagée. "Nos gouvernements ont un rôle majeur à jouer. Stimuler le partage de véhicules, investir dans des pistes cyclables et pédestres et renforcer le fonctionnement des transports en commun diminuera la demande pour des voitures particulières, observe Joeri Thijs. Les villes et communes belges peuvent montrer la voie au niveau local, en suivant les exemples de villes comme Paris qui, au cours de la prochaine décennie, bannira les voitures diesel puis essence de ses rues. Des zones à ultra-basses émissions peuvent aider à cette transition."

Tout bénéf’ pour la santé publique

La disparition progressive de tels véhicules ne profitera pas qu’au climat mais aussi à la qualité de l’air, qui a, elle, un impact important sur la santé publique. Le rapport de Greenpeace est conforté par un autre, publié par la Cour des comptes de l’Union européenne la semaine dernière et selon lequel la pollution de l’air représente aujourd’hui "le plus grand risque environnemental" pour la santé publique.

Ce rapport tombe au lendemain d’inquiétantes révélations sur BusinessEurope, un des plus grands groupes de pression auprès des institutions de l’Union européenne, qui s’apprête à saboter les ambitions européennes de lutte contre le réchauffement climatique. Une note interne révélée dans la presse suggère notamment à ses membres "de faire passer des messages positifs sur l’action pour le climat, tant que ceux-ci ne restent que des déclarations, sans incidence sur les législations". Difficile de croire que ce puissant lobby ne déploiera pas ses forces pour contrer les recommandations émises par Greenpeace.