La peur des requins s’empare de La Réunion

G.T. (avec AFP) Publié le - Mis à jour le

Planète

Les dents de la mer, le retour. Secouées par une augmentation des attaques de requins ces deux dernières années, les autorités de l’île de La Réunion s’interrogent sur la réaction à adopter. Huit attaques dont trois mortelles ont en effet été enregistrées depuis le mois de janvier 2011. Deux accidents récents ont fait monter la tension d’un cran : après qu’un jeune surfeur a perdu la vie le 23 juillet dernier, un autre a été grièvement blessé à un pied et une main ce dimanche. Les surfeurs et certains pêcheurs accusent la réserve maritime d’être responsable de la prolifération des squales à qui elle offrirait un garde-manger. Ils réclament donc que la chasse aux requins y soit autorisée. Créée il y a cinq ans pour protéger les récifs coralliens, la réserve en question s’étend sur tout le littoral ouest, là où se trouvent les plages et les principaux spots prisés des planchistes.

L’an dernier, les autorités de ce département français d’outre-mer ont demandé à des scientifiques d’organiser une opération de marquage de squales afin d’essayer de mieux comprendre les mœurs de ces animaux et les raisons qui pourraient expliquer ces attaques. Jusqu’à présent, elles s’étaient opposées aux demandes de captures, mais elles ont fini par céder sous la pression, autorisant la pêche d’une vingtaine d’individus (lire "Repères"). Une décision qui ne semble pas avoir complètement calmé les esprits puisque des échauffourées se sont produites ce mardi entre les forces de l’ordre et un groupe de manifestants qui tentait de pénétrer de force dans l’immeuble abritant les bureaux des gestionnaires de la réserve maritime.

Spectaculaire, le phénomène doit pourtant être relativisé et ramené à sa juste proportion. Statistiquement, le requin tue dix fois moins que les méduses, rappellent les spécialistes. Selon l’International Shark Attack File (Musée d’histoire naturelle de Floride), entre 50 et 90 attaques ont été recensées annuellement à l’échelle mondiale au cours des douze dernières années, causant environ cinq décès en moyenne. Sur son site Internet, la préfecture de La Réunion rappelle de son côté que la première décennie des années 2 000 avait été marquée par une longue accalmie et que le nombre hors normes d’attaques enregistré en 2011 est assez similaire aux statistiques de 1992

Parmi les facteurs expliquant l’augmentation des agressions constatées dans certaines régions, certains experts pointent la hausse croissante des amateurs de sports nautiques. Un point de vue que ne partage pas Stéphane Henard, responsable de l’aquariologie au Centre national de la mer Nausicaa de Boulogne-sur-mer. "Le requin n’est pas un mangeur d’homme. Ce n’est pas parce qu’on met plus de personnes dans l’eau que cela se traduit automatiquement par plus d’attaques", explique-t-il. "C’est un animal d’un naturel méfiant. Si l’on entretient cette méfiance, on est couvert."

Et c’est sur ce point que le bât blesse, selon lui. "Dans la grande majorité des cas, ces accidents sont provoqués par des erreurs humaines. Aller faire du surf à la tombée de la nuit dans des eaux où de gros requins sont présents, par exemple. Ou encore les nourrir à la main lors de séances de plongée jusqu’à les mettre en état de frénésie. Puis revenir plonger au même endroit le lendemain. Ce genre d’attitude leur fait perdre leur méfiance envers l’homme." Certains squales étant aussi éboueurs, la présence de décharges sauvages en mer ou le long des côtes peut également les attirer et les fixer dans une zone.

Soulignant ne pas saisir le sens de l’autorisation de pêche délivrée par les autorités de l’île, M. Henard estime que la solution passe par la compréhension des motifs qui ont poussé les squales à se regrouper dans un endroit ou l’autre et à changer de comportement vis-à-vis des baigneurs. "C’est là qu’il faut agir et adopter notre mode de vie en fonction de ces situations. Les mesures de capture qui ont été menées dans le monde ne se sont jamais avérées efficaces. A l’inverse, dans des zones où les requins sont très présents - en Australie, en Floride, aux Bahamas ou en Afrique du Sud -, des modes de fonctionnement permettant la cohabitation avec les activités humaines ont été mis en place." Une fois que l’on a adopté les comportements adéquats, des dispositifs supplémentaires comme la pose de filets anti-requins peuvent encore renforcer le niveau de sécurité.

Pour Stéphane Henard, la réserve marine n’est pas davantage en cause dans les événements récents. "Les chiffres montrent que les quantités de poissons y sont tout à fait normales, il n’y a pas de surabondance qui influencerait la présence des requins. Au contraire, celle-ci permet aux pêcheurs de conserver leurs activités en préservant le potentiel de production de la mer."

En outre, rappelle-t-il, les requins sont des auxiliaires indispensables des hommes. En s’attaquant aux animaux faibles et malades, ils permettent de prévenir la propagation d’épidémies dans les populations de poissons. D’autre part, en régulant les populations de certaines espèces de poissons, ils jouent un rôle fondamental dans l’équilibre des écosystèmes coralliens. Des coraux qui contribuent fortement à l’économie des îles en offrant des décors sous-marins somptueux appréciés des touristes et un habitat aux populations de poissons dont dépendent les pêcheurs.

Publicité clickBoxBanner