Planète

Le WWF s'est penché sur le contenu des sacs de charbon à barbecue vendus en Belgique. Une large partie de ceux-ci proviennent de l'exploitation de forêts tropicales qui contribue à la déforestation.


L’été bat son plein et les barbecues tournent à plein régime. Pour ce rituel estival, rien ne vaut, aux yeux des Belges, le petit goût fumé apporté par le charbon. Si ce mode de cuisson est régulièrement sujet à débat en raison de ses potentiels effets sur la santé, c’est sur un autre impact moins connu que le WWF a choisi d’attirer l’attention : la déforestation.

Pour ce faire, l’ONG environnementale a effectué un coup de sonde dans une série de grandes surfaces et de magasins de bricolage du pays. Dix-huit sacs de charbon pour barbecue ont été soumis à un travail d’analyse qui a livré des résultats interpellants : 11 de ces sacs ne comportaient en effet aucune mention sur l’origine du charbon qui s’y trouvait; et la moitié d’entre eux (9 sacs) contenaient entièrement ou partiellement du bois tropical dont on ignore s’il provient d’un circuit d’exploitation légal.

Les sept autres sacs étaient pour leur part issus de fournisseurs répondant au label FSC, par lequel ceux-ci s’engagent à ce que leur produit soit issu de forêts gérées durablement, tant sur le plan environnemental que social. Le charbon qu’ils contenaient provenait de forêts européennes, à l’exception d’un seul sac présentant des anomalies mineures.

Le Nigeria principal fournisseur du marché belge

L’histoire serait anecdotique si l’exploitation du charbon de bois n’était pas un facteur important dans le phénomène de déforestation avancée que connaissent certains pays d’Afrique et d’Amérique latine.

Sur les 71 000 tonnes de charbon importées annuellement en Belgique entre 2012 et 2015, “plus de la moitié provenait du Nigeria”, explique Béatrice Wedeux, chargée de politiques forestières au WWF. “Or, selon la FAO (l’organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture), la production de charbon est à l’origine d’un quart de la déforestation dans ce pays”.

Pays qui, avec un taux annuel de 5 % de destruction de ses forêts naturelles, détient un triste record mondial en la matière.

Même si la production de charbon n’est pas la seule cause à l’origine de cette dégradation des forêts nigérianes, elle joue donc un rôle qui n’est pas marginal.

La fabrication via les circuits illégaux se faisant généralement de manière artisanale, elle est également une source importante de gaspillage en raison de son manque d’efficacité. Jusqu’à 12 tonnes de bois brut peuvent ainsi être nécessaires pour obtenir une seule tonne de produit fini…

Avec quelque 11 000 tonnes par an, l’Ukraine est le deuxième pays fournisseur de la Belgique. Le charbon provient cette fois de forêts tempérées, mais qui sont là encore soumises à de fortes pressions, pointe le WWF.

D’étonnantes failles réglementaires

Ces résultats ont été obtenus en croisant des analyses réalisées en laboratoire et des données commerciales publiquement accessibles, poursuit notre interlocutrice qui explique ce mauvais bilan global par d’étranges “trous” dans la réglementation européenne.

En vertu du “Règlement bois” entré en vigueur en 2013, les opérateurs qui importent du bois et des produits dérivés sur le marché européen doivent en effet apporter la démonstration que ceux-ci respectent les prescrits légaux, résume Béatrice Wedeux. “Ils doivent pouvoir tracer le produit, s’assurer que l’exploitant forestier est bien en ordre avec les lois nationales…” Bref, que toute la chaîne de transformation est dans les clous, de la forêt aux rayons du magasin.

Mais pour une raison inexpliquée, le charbon de bois fait partie des produits exclus, “on ne sait trop pourquoi”, du champ d’application de cette législation, observe-t-elle. C’est également le cas pour le papier imprimé (livres, magazines, cartes postales…) en grande partie importé de Chine, mais aussi les chaises en bois (et curieusement pas les tables) ou encore les jouets et les outils de bricolage en bois.

Cela accroît le risque d’illégalité, insiste Mme Wedeux, soulignant que le WWF plaide pour un élargissement du champ d’application de ce règlement, alors qu’un processus de révision de ce dernier a débuté en 2015. “En Belgique, les industriels s’y montrent favorables, c’est un signe positif”, note-t-elle.

Informés des résultats de cette étude, certains supermarchés et magasins de bricolage d’où provenaient les sacs de charbon analysés ont, de leur côté, fait savoir qu’ils avaient entamé un “phase out” et que ces produits ne seraient plus proposés à la vente à partir de l’année prochaine.

En attendant, l’alternative la plus simple et facilement accessible pour les amateurs belges de brochettes et autres saucisses grillées est d’opter pour du charbon certifié FSC. Ou, pourquoi pas, de découvrir les atouts du barbecue ou gaz et de la plancha électrique.